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La Suisse cherche un remède face à l'inflation de médecins

En Suisse aujourd'hui, un médecin sur trois est une femme.

(Keystone)

A la fin 2000, on recensait 25 216 praticiens dans le pays, soit 5% de plus qu'en 1999, et ce n'est pas fini. Paradoxalement, plus il y a de médecins et plus les prix de la santé explosent. Ceux-ci reconnaissent qu'ils sont trop nombreux, mais il reste à trouver la recette miracle.

Ils étaient 4000 en 1950, ils sont aujourd'hui 25 216. Selon les chiffres publiés, vendredi, par la Fédération des médecins suisses (FMH), le nombre de praticiens a augmenté de 5%, soit 2,3% dans le secteur privé et 8,4% dans le public.

Par contre, le nombre d'habitants par médecin a reculé de 1,6% l'an dernier. Une paille, puisqu'on recense un médecin pour 517 habitants, contre 526 en 1999. Mais la densité varie fortement: Bâle et Genève sont au sommet avec respectivement 350 et 330, tandis que la Suisse centrale compte un praticien pour 1000 habitants.

L'entrée en vigueur de la LaMal, en 1996, n'a pas permis de maîtriser les coûts de la santé. En juin 2000, l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) constatait encore que «là où le nombre de médecins est en hausse, les primes ont également augmenté».

Voilà qui contredit la règle économique de l'offre et de la demande. Pour le Docteur Yves Guisan, conseiller national vaudois et vice-président de la FMH, «cela s'explique parce que nous n'avons pas encore réussi à supprimer les 'doublons', c'est-à-dire à empêcher qu'un même patient consulte plusieurs médecins pour le même problème et que ceux-ci répètent les mêmes examens».

Dans une étude publiée récemment par le journal Le Temps, Pierre Gilliand, spécialiste des systèmes de santé, explique que «ces disparités sont le reflet de la situation socioculturelle», soit du degré d'urbanisation, des ressources économiques des cantons, de la présence ou non de facultés et d'équipements universitaires, etc.

Quoi qu'il en soit, il n'existe pas de chiffres précis sur l'ampleur du «gaspillage», pas plus que de recette-miracle pour y pallier. Yves Guisan reconnaît que «l'unification des tarifs médicaux - le TarMed en discussion depuis près de quinze ans... - est peut-être une solution, comme la création d'un carnet de santé du patient que le Conseil fédéral est en train d'examiner sérieusement».

Curieusement, les médecins ont été épargnés par les mesures de réduction des coûts de la santé. Jusqu'à l'année dernière, lorsque le parlement a décidé d'interdire jusqu'en 2004 l'ouverture d'un cabinet à des praticiens âgés de 30 à 40 ans, à moins que ceux-ci ne prouvent un besoin élevé.

Reste que l'application de cette «clause du besoin» - décidée notamment pour éviter un afflux de médecins européens à la suite des accords bilatéraux - est difficile et les conditions n'ont toujours pas pu en être établies avec précision.

On parle aussi de fixer une limite d'âge à l'exercice de la médecine. Yves Guisan rejette les deux solutions: «Elles sont trop pénalisantes car le médecin entre tardivement dans la profession, en raison de ses longues études. D'autre part il n'a en général pas de prévoyance professionnelle autre qu'individuelle.»

Reste la limitation du nombre d'étudiants en médecine. Selon Pierre Gilliand, ce nombre a peu augmenté depuis 1970, en raison de l'instauration d'un «numerus fixus»: «Le nombre de diplômes délivrés, de 500 en 1970, est stable depuis 1980, de l'ordre de 800 en moyenne annuelle.»

C'est trop. Mais, si le numerus clausus existe déjà plus ou moins sous forme de tests d'aptitude à l'entrée en faculté, l'augmentation du nombre de praticiens libres est certaine d'ici 2015-2020.

Alors? La FMH prépare un redimensionnement du secteur hospitalier. «Il s'agit de définir plus clairement quelles sont les places de formation et celles de services. Quand on sait que les hôpitaux emploient actuellement 2600 médecins étrangers, une réduction du nombre de médecins en formation on sera encore plus dépendant de l'étranger. C'est une opération complexe qui doit être harmonisée avec le fonctionnement hospitalier.»

Les jeux ne sont pas encore faits, mais le compteur tourne.

Isabelle Eichenberger


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