La Suisse désarmée face à une menace terroriste inédite

La lutte antiterroriste ne peut se faire au moyen de chars et de canons: telle est l'équation qui se pose aux armées traditionnelles. Keystone Archive

En toute logique, le Conseil national devrait renvoyer mardi le Programme d'armement 2001 au Conseil fédéral. Les partis le jugent inadapté à la réalité d'une menace comme celle qui vient de frapper les Etats-Unis. Qui aurait pu prendre la décision de contrer rapidement ce type d'attaque terroriste? Pour l'instant, la question est sans réponse.

Ce contenu a été publié le 18 septembre 2001 - 20:25

Mardi 11 septembre, 17 heures. Un peu plus de deux heures après le crash du premier avion-suicide contre le World Trade Center, l'Organe de décision pour la sécurité tenait sa première séance de crise à Berne.

Ce groupe d'experts, présidé à tour de rôle par les chefs de l'Etat-major général, de l'Office fédéral de la police et par le Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, est chargé de faire les recommandations nécessaires au gouvernement.

En fait de gouvernement, il s'agit dans ces cas d'une délégation, composée des ministres de la Défense, de Justice et Police et des Affaires étrangères. A 18 heures ce mardi noir, Madame Ruth Metzler et Messieurs Joseph Deiss et Samuel Schmid étaient donc réunis pour leur première réunion de crise.

Des généraux désemparés

Et s'il avait fallu, à ce moment, décider d'abattre un éventuel avion pirate menaçant la Suisse? Qui en aurait eu le pouvoir? La question est sans réponse. La loi n'a pas prévu un tel cas et, pas plus en Suisse qu'aux Etats-Unis, l'armée n'est responsable de la sécurité du trafic aérien civil.

Cet exemple par l'absurde illustre assez bien le désarroi de nombre de généraux, préparés depuis toujours à une guerre qui n'aura plus lieu, mais désarmés face à une nouvelle forme d'agression, qui vient de prendre une ampleur jusqu'ici inconnue.

Et pour lutter contre des terroristes armés de simples couteaux, à quoi peuvent bien servir les chars et les canons, même chargés d'obus «intelligents»? A ces questions, le Conseil fédéral va devoir répondre mercredi, à l'heure du très probable renvoi de son Programme d'armement 2001.

Dès sa publication, le document avait suscité nombre de critiques. Certes, la somme demandée (980 millions de francs) est relativement modique en regard des 1,5 à 2 milliards que les généraux demandaient encore régulièrement dans les années 80, mais c'est leur affectation qui fait problème.

La logique du réduit

«Il faudra que l'on se décide un jour à sortir du réduit national», fait remarquer l'écologiste Fernand Cuche, qui se demande par exemple pourquoi acheter des chars de dépannage pour des blindés Léopard qui passent déjà le plus clair de leur temps sur des plots.

Autre poste très contesté: les fameux obus «intelligents», que l'armée suisse ne pourra même pas tester sur son propre territoire et qui - à part quelques essais en Allemagne - accompliront toute leur carrière militaire dans des entrepôts.

«On observe une sorte de schizophrénie à la tête du Département de la défense, souligne le Radical Yves Guisan. La direction politique semble avoir bien intégré le Rapport Brunner et le Rapport Sécurité 2000, qui insistent sur la prise en compte de la menace terroriste, alors que les généraux et le Groupement de l'armement continuent à ne se soucier que du renouvellement du matériel».

C'est fort de ce constat qu'Yves Guisan a déposé une proposition de renvoi au Conseil fédéral et tout indique qu'il sera suivi. La gauche en profitera pour insister sur la nécessité d'intensifier l'aide au développement afin de lutter contre les terreaux favorables à l'éclosion du terrorisme.

Quant à l'UDC, elle va carrément demander la remise en question de la réforme Armée 21, en insistant sur la neutralité de la Suisse. La formation de Christophe Blocher rompt ainsi la trêve décidée au lendemain des attentats, qui avait vu les partis gouvernementaux s'engager à ne pas prendre de décisions sous la pression de l'actualité.

Marc-André Miserez

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