La visite discrète d'un dignitaire chinois en Suisse

Zeng Qinghong incognito en Suisse. Keystone Archive

Le bras droit de Jiang Zemin vient à Berne signer un accord pour la formation des cadres de l'administration et du parti communiste chinois.

Ce contenu a été publié le 01 juillet 2002 - 19:09

Ce n'est pas exactement un second couteau qui a atterri dimanche soir en Suisse pour une visite officielle de quatre jours. Il s'agit même de la plus haute personnalité politique chinoise de passage à Berne depuis la mémorable colère du président chinois sous la Coupole fédérale en 1999.

Arrivé à Berne sous les sifflets de militants de la cause tibétaine, le président chinois avait alors critiqué, en termes très sévères, le Conseil fédéral et la présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss, pour avoir mal organisé sa réception.

Une rencontre avec Joseph Deiss

Cette fois, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Et à défaut d'un homologue suisse, Zeng Qinghong rencontre, ce mardi, le chef de la diplomatie suisse Joseph Deiss pour la signature du renouvellement d'un programme qui lui tient particulièrement à cœur.

Il s'agit de la formation de cadres de l'administration et du parti aux méthodes de gestion occidentales. Financée par la DDC (un peu moins de deux millions par année), cette coopération existe depuis 1994.

Quelques centaines de participants en ont déjà bénéficié et le programme est actuellement piloté par la fondation genevoise «Europe-China management improvement», dirigée par le professeur Paolo Urio.

Les Chinois en sont particulièrement satisfaits et viseraient désormais plus loin. «Pékin pourrait choisir la Suisse comme niche pour former des cadres de hauts niveaux», avance un diplomate suisse à Berne.

Contrairement à d'autres pays comme la France, l'Allemagne ou l'Union européenne, également sur les rangs, le programme suisse a l'avantage d'être discret.

Cette vertu est aussi bien partagée par Berne que Pékin: «On peut imaginer qu'il est agréable pour la Chine de bénéficier d'une formation valable dans un pays sans remous», note encore le diplomate.

Un «Machiavel chinois»

En Chine, on dit de Zeng Qinghong qu'il est tout à la fois «la main, l'oreille et le cerveau» de Jiang Zemin, son mentor politique. Et lors du prochain congrès du parti communiste chinois, cet automne, il pourrait devenir l'un des trois hommes forts du régime.

Mais au-delà de cet aspect lié à la coopération que vient faire Zeng Qinghong en Suisse alors que se joue en ce moment même une difficile lutte de succession à Pékin?

Cet ancien ingénieur en fusée de 62 ans est actuellement le chef du Département de l'organisation. Un poste clé qui lui permet d'avoir la haute main sur le choix du personnel politique.

Au point que cela lui vaut le surnom de «Machiavel chinois» tant ses intrigues pour assurer à la fois son propre avenir et celui de Jiang Zemin irritent ses ennemis - qu'il aurait nombreux.

Zeng Qinghong voyage peu. Ainsi la Suisse - et l'Autriche où il poursuivra son périple durant trois jours - fait des envieux dans les chancelleries occidentales.

Car Zeng Qinghong, c'est également l'idéologue de la «démocratisation» du parti lancée par Jiang Zemin il y a un an.

D'éventuelles réformes politiques

Il s'agit d'un premier pas. Joseph Deiss - dont la Chine n'a pas été le principal souci jusqu'ici - devrait avoir l'occasion de s'entretenir avec son hôte sur d'éventuelles réformes politiques et l'avenir du régime chinois.

La venue de Zeng Qinghong peut avoir une seconde raison, avance un autre diplomate. Il permet au bras droit de Jiang Zemin de se profiler sur la scène internationale sans risque.

La Chine est en effet l'un des derniers pays où la neutralité suisse n'a rien perdu de son aura.

«Une neutralité active, précise-t-on toutefois à Berne en rappelant le dialogue sur les droits de l'homme mené avec la Chine depuis le début des années 90. Nous avons établi une relation de confiance et notre franc parler plaît aux Chinois.»

Plus prosaïquement, il est possible que Zeng Qinghong ressente simplement le besoin de faire un peu de tourisme avant un été qui s'annonce chaud.

Hormis une autre rencontre de courtoisie, lundi, avec Pascal Couchepin et les milieux économiques, son programme demeure en effet un mystère.

Eviter toute étincelle

Le ministère chinois des affaires étrangères se contente d'invoquer une «visite normale» dans le cadre des relations bilatérales. Les délégations officielles chinoises passent souvent - incognito - par la Suisse pour voir les montagnes à la fin de leur programme dans les pays voisins.

«Il va voir son banquier», ironise pour sa part un diplomate européen à Pékin.

C'est qui est sûr, par contre, c'est que Berne a fait en sorte que ce déplacement reste le plus discret possible pour éviter tout problème de sécurité.

En Suisse, Zeng Qinghong n'est pas un inconnu pour tout le monde. Traumatisé par le dérapage de la visite de Jiang Zemin, le DFAE craint par-dessus tout la présence de manifestants anti-Pékin aux abords de la place fédérale. Pour Zeng Qinghong, on veut éviter toute étincelle.

tsr.ch/Frédéric Koller à Pékin

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