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Le «117 Police Secours» de Sibilla

L'appointé Stéphane Dumoulin (à gauche), lors d'une intervention pour une bagarre au couteau dans les rues de Lausanne. (Raphaël Sibilla)

Jeune cinéaste suisse, Raphaël Sibilla a suivi, de nuit, la police dans ses interventions d'urgence à Lausanne. Il en a fait un film qui peut être visionné, cette semaine, au Festival international du cinéma documentaire à Nyon.

Une dame âgée est tombée. Elle n'arrive plus à se relever. Sa porte d'entrée est fermée. Police secours fait alors sauter la serrure. Puis, l'un des policiers prend soin de la vieille dame et l'aide à se remettre au lit.

Il est tard le soir. Des voisins ont appelé la police. Un homme est en train de battre sa femme. Police secours fait irruption dans leur appartement, les sépare et tente de les calmer.

Durant une année, Raphaël Sibilla, caméra au poing, a en effet suivi dans la ville les forces de l'ordre. Dans son film, le policier ne va pas humilier la personne prise en flagrant délit. Au contraire, il la soulagera et trouvera dans l'urgence une solution à la situation qui pose problème.

Raphaël Sibilla a promené sa caméra des nuits entières dans la capitale vaudoise. Dans des filatures de dealers qui n'aboutissent pas forcément. Ou pour croiser des toxicomanes en train de se droguer, dans un parking, au petit matin.

C'est que Raphaël Sibilla a toujours été fasciné par ces voitures qui traversaient Lausanne et dont il ne connaissait ni le motif ni la direction pour lesquels elles filaient à si vive allure. Cet univers urbain qui, pour lui, demeurait dans l'ombre, l'intriguait.

Mais ce Lausannois de 28 ans n'est pas qu'un doux rêveur. Il est allé suivre à Paris le Conservatoire du cinéma français durant six ans. Puis, il a collaboré avec la Télévision suisse alémanique.

Son film? Il a commencé par le financer avec 5000 francs en poche. Il lui fallait une caméra (modèle semi-professionnel). Puis, il a loué du matériel pour le son. Et ce n'est que pour le montage et le mixage que Raphaël Sibilla a reçu le soutien de la Fondation vaudoise pour le cinéma.

Comme son titre l'indique, «117 Police Secours» est un film sur les interventions policières dans les rues et les habitats de Lausanne. Mais c'est aussi un documentaire sur ce qui passionne ou afflige le policier dans son métier.

A ce propos, «j'ai ressenti une grande méfiance au départ de ma collaboration avec les patrouilles de police. Mais à force de me pointer tous les soirs, à la même heure, ils ont fini par m'adopter. A tel point qu'une amitié s'est tissée avec l'appointé Dumoulin, qui est devenu l'un des personnages principaux de mon film».

En fait, la pellicule dévoile des humains derrière leur uniforme qui ont certes la responsabilité de faire respecter la loi. Mais qui sont surtout exposés et confrontés à des situations d'une rare violence.

«Aujourd'hui, après avoir tourné ce documentaire, poursuit Raphaël Sibilla, je me surprends à toujours entrevoir ce qui se trame de plus sombre dans ma cité. A croire que la déformation professionnelle du policier a trop déteint sur moi».

«117 Police Secours»? Un film à découvrir dans le cadre du Festival du cinéma documentaire «Visions du réel», à Nyon, samedi 28 avril.

«J'aimerais que le plus grand nombre de gens voient mon film. Si possible, les Lausannois! Et pour cela, rien de telle que la télévision...», sourit Raphaël Sibilla. En outre, «117 Police Secours» devrait être prochainement programmé dans une salle de cinéma à Lausanne.

Emmanuel Manzi


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