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Le «modèle suisse» a fait son temps

Fini le temps des assemblées générales qui ronronnent en attendant les petits fours. On a déjà pu s'en rendre compte le mois dernier chez Swissair.

(Keystone Archive)

Révélations fracassantes sur la rémunération des dirigeants, lutte de pouvoir au sein de l'entreprise, remise en question du rôle de certains actionnaires. L'affaire Kuoni met en lumière un monde économique suisse en pleine transformation.

La Suisse SA est-elle devenue folle? Après l'énorme trou financier creusé par Swissair, la lutte pour le contrôle de Sulzer, les remous à la tête de la banque Vontobel, c'est au tour de Kuoni, l'un des plus importants voyagistes européens, et le numéro un en Suisse, de se donner tristement en spectacle.

Une affaire qui surprend tout de même Daniel Biedermann, directeur de la Fondation Ethos, qui gère les fonds de quelques 90 caisses de pension, par ailleurs actionnaire de Kuoni: «On constate qu'il y avait un grand manque de transparence, envers les actionnaires, en ce qui concerne la gestion de l'entreprise.»

Et si ces craquements se font entendre, c'est parce que les entreprises suisses sont en train de changer, dans la manière de se gérer. «On passe d'un ancien modèle à un nouveau, plus proche de celui qui a cours dans les pays anglo-saxons. Et cette mutation, ma foi, c'est un peu douloureux», explique Jean-Christian Lambelet, professeur d'économie à l'Université de Lausanne.

C'est tout l'enjeu de la «corporate governance», comme on l'appelle en anglais - le gouvernement d'entreprise. «Le fonctionnement des entreprises suisses n'est peut-être pas encore tout à fait optimal à cet égard», remarque Daniel Biedermann. L'héritage, en fait, d'un système qui visait essentiellement à protéger les gestionnaires des entreprises, des pressions des actionnaires. «On l'avait baptisé le verrou suisse», rappelle Jean-Christian Lambelet.

Première priorité, sur le front de la «corporate governance», pour Dominique Biedermann: la position du conseil d'administration, élu par les actionnaires et qui doit lui-même nommer une direction générale. «Or ce conseil d'administration manque très souvent d'indépendance, pour assumer ses tâches de haute surveillance de la direction générale.»

Autre survivance: les limitations ou les inégalités quant au droit de vote des actionnaires. Ainsi, chez Kuoni, la fondation établie par le fils du créateur de l'entreprise détient 6,25% du capital, mais 25% des voix. «Cela va à l'encontre du principe: une action, une voix, relève Dominique Biedermann. Ces situations devraient être corrigées à l'avenir, pour assurer la crédibilité de la place financière suisse, notamment pour les investisseurs étrangers.»

Pour le directeur d'Ethos, d'ailleurs, une entreprise a tout à gagner à se conformer aux règles d'un bon gouvernement d'entreprise. «cela lui permet de se profiler comme une société qui va ajouter de la valeur à long terme pour ses actionnaires». Un gain, en fait, pour l'ensemble de l'économie. Jean-Christian Lambelet: «on y gagne du dynamisme, cela va dans le sens d'une économie de marché plus ouverte.»

Pierre Gobet, Zurich


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