Le «oui, mais...» des ONG suisses à la Banque mondiale

James Wolfensohn lors de son allocution vendredi à Berne. Keystone

Les ONG suisses apprécient le travail de James Wolfensohn à la Banque mondiale. Mais elles en espèrent plus. Et elles le lui ont dit.

Ce contenu a été publié le 10 mai 2002 - 16:35

James D. Wolfensohn, cet Australien d'origine naturalisé américain qui préside la Banque mondiale depuis 1995, se veut à l'écoute non seulement des gouvernements et des grands financiers, mais aussi de la société civile.

Lors de son passage à Berne, il a pris le temps de rencontrer une délégation de la Communauté de travail des ONG pour le développement.

Cette coalition des cinq grandes œuvres d'entraide s'est intéressée aux institutions de Bretton Woods bien avant que la Suisse n'y adhère. Et pour cause: les décisions de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international ont des répercussions souvent décisives sur le développement économique et social des pays où travaillent ces organisations helvétiques.

Des répercussions sur le développement

La Communauté de travail est en contact permanent avec d'autres ONG du Nord et du Sud et avec l'administration fédérale, mais aussi avec diverses instances directement liées aux institutions financières internationales.

Comme l'explique Bruno Gurtner, l'un de ses collaborateurs, «la Banque mondiale étant un forum global, nous avons tout intérêt à y participer».

Quand, il y a dix ans, la question s'est posée de savoir si la Suisse devait adhérer à la Banque mondiale et au FMI, les avis divergeaient au sein de la Communauté de travail. La politique de ces institutions à l'égard des pays en développement faisait problème.

L'opinion qui l'emporta fut qu'il fallait «être dedans pour changer les choses de l'intérieur». Argument que l'on aura également entendu cette année dans le débat sur l'adhésion à l'ONU. Une décennie plus tard, tout le monde s'accorde à dire que la Banque mondiale a fait du chemin et que la Suisse a sans doute joué un rôle dans cette évolution jugée positive.

Une influence qui reste limitée

Serait-elle cependant marginalisée, comme le laisse entendre Daniel Kaeser, ancien directeur exécutif suisse au FMI? Bruno Gurtner, en tout cas, regrette que la Suisse ne participe pas au même groupe de vote que les pays nordiques dont elle partage pourtant et souvent les points de vue.

Membre d'un groupe qui réunit la Pologne, la Serbie, le Monténégro et des États du Caucase et d'Asie centrale, la Suisse ne pèse pas lourd dans la balance et son influence reste limitée. Pour cela, il faudrait, dit-il, avancer des propositions davantage novatrices et progressistes.

L'idée que l'Union européenne pourrait un jour disposer d'un vote plus fort pour contrer l'influence prépondérante des Etats-Unis fait également dire à Bruno Gurtner que la Suisse, pour cause de non intégration communautaire, risque à l'avenir d'être «encore plus marginalisée».

Plus de transparence et plus de démocratie

Si elle reconnaît les mérites de James Wolfensohn, la Communauté de travail suisse n'en formule pas moins plusieurs critiques à l'égard de la Banque mondiale. Lors de sa discussion avec son président vendredi à Berne, elle a principalement mis l'accent sur la nécessité d'une plus grande transparence.

«On ne connaît jamais à l'avance l'ordre du jour des réunions de la Banque mondiale qui ne sont d'ailleurs pas publiques, se plaint Bruno Gurtner. Et l'on ne reçoit ensuite qu'un résumé succinct de ses décisions.»

De plus, «les pays du Sud n'ont qu'un rôle minoritaire dans les débats sur les questions économiques et sociales qui les concernent». Il faut donc, selon lui, revoir de fond en comble le système de vote de la Banque mondiale. Sa pratique actuelle contredit tout simplement le principe de bonne gouvernance qu'elle exige de ses partenaires.

Eau, pétrole et droits de l'homme

La rencontre entre James D. Wolfensohn et les ONG suisses ne s'est pas limitée à un échange de considérations générales. Des sujets concrets ont été mis sur la table, notamment l'accès à l'eau potable et le projet d'oléoduc Tchad-Cameroun.

La Communauté de travail fait actuellement campagne pour que tout être humain dispose de l'eau dont il a besoin pour vivre. Mais elle craint que la Banque mondiale finance les projets des grands distributeurs privés. Ce serait, selon les ONG, le meilleur moyen de priver les populations les plus pauvres de cet élément essentiel.

Elles ont dit également leurs inquiétudes quant au projet de pipe-line qui devrait acheminer le produit des futurs champs de pétrole du sud du Tchad jusqu'à l'Océan atlantique, après une traversée d'un millier de kilomètres du nord au sud du Cameroun.

Des ONG suisses comme Helvetas et Swissaid sont depuis fort longtemps très actives dans cette région. Avec d'autres organisations présentes sur le terrain, elles tirent la sonnette d'alarme: les destructions de l'environnement vont s'accélérer, la situation des paysans en pâtira, les revenus du pétrole ne serviront pas à financer le développement.

Les ONG attendent de la Banque mondiale qu'elle exerce pour le mieux son devoir de surveillance à l'égard de ce gigantesque projet. Il y va de l'avenir de deux pays et des droits fondamentaux de leurs populations.

La Communauté de travail ne voulait pas rater cette unique occasion de passer le message à James Wolfensohn. C'est chose faite.

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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