Le casse-tête des coûts de la santé

Une jeune femme calcule une prime...un exercice à forte dose émotionnelle Keystone

Avec son initiative proposant une caisse maladie unique, la gauche vise maîtriser la hausse des primes de l'assurance maladie. Ce n'est ni le premier... ni le dernier projet du genre.

Ce contenu a été publié le 12 février 2007 - 11:02

Mais force est de constater que, jusqu'à présent, personne n'a trouvé le «remède miracle» pour enrayer l'augmentation constante des coûts de la santé.

La scène est désormais devenue traditionnelle. Chaque automne, le ministre en charge de la Santé vient annoncer quelle sera l'augmentation des primes de l'assurance maladie pour l'année suivante.

Depuis 1996, date de l'entrée en vigueur de la Loi fédérale sur l'assurance maladie (LAMal), cette hausse a en effet été constante et surtout massive: les assurés payent aujourd'hui en moyenne 70% de plus qu'il y a dix ans.

Cette évolution pèse de plus en plus sur le budget des ménages, d'autant que les primes d'assurance sont payées par tête et non en fonction du revenu. Du coup, le moyen de diminuer ces primes – ou pour le moins d'enrayer la hausse – est devenu une vraie question politique en Suisse.

Pas de primes selon le revenu

L'une des solutions serait de fixer les primes d'assurance non par tête mais proportionnellement à la capacité économique des assurés. C'est en tout cas le moyen le plus souvent préconisé par la gauche.

Mais plusieurs projets dans ce sens ont déjà été refusés par le peuple. En 1994, l'initiative «pour une saine assurance-maladie» avait été rejetée par 76,6% des citoyens. La dernière tentative en date (mai 2003) avait connu le même sort avec un refus de 72,9%.

Fixer des primes selon la capacité de chacun semble logique. Mais le problème, c'est qu'il est très difficile de dire qui seraient les gagnants et qui seraient les perdants d'un tel système.

L'initiative «pour une caisse maladie unique et sociale» - qui propose aussi une prime en fonction de la capacité économique – illustre bien cette difficulté. Les opposants martèlent qu'un tel système provoquerait une forte augmentation des primes pour la classe moyenne, ce que les auteurs du texte réfutent.

Les restrictions pas plus populaires

Une autre solution tout aussi logique pour baisser les primes serait de tailler dans les prestations ou de diminuer l'offre de l'assurance de base. Il s'agit généralement des recettes préconisées par la droite. Mais là non plus, il est très difficile de rassembler une majorité.

En 2000, l'initiative «pour des coûts hospitaliers moins élevés», qui proposait de rendre l'assurance maladie obligatoire uniquement pour la couverture de l'hospitalisation, avait été sèchement refusée par 82,1%.

En 2001, le même sort avait été réservé à l'initiative «pour des médicaments à moindre prix». Celle-ci préconisait la remise systématique de médicaments génériques, sauf si le patient était prêt à payer pour la proposition originale. Cette idée, vue comme une limitation de l'accès aux médicaments, avait été balayée par 76,8% de non.

En 2005, l'actuel ministre de la Santé Pascal Couchepin avait annoncé pour l'année suivante une série de mesures pour limiter les coûts de la santé. Parmi ces mesures figurait le retrait de cinq médecines naturelles du catalogue des prestations de l'assurance de base.

Cette dernière mesure a suscité une véritable levée de boucliers, ce qui a donné lieu au dépôt d'une initiative («Oui aux médecines complémentaires») sur laquelle le peuple est prochainement invité à se prononcer. Or les chances de l'initiative sont bonnes, puisqu'un sondage a révélé que 79% de la population souhaitait la réintégration de ces médecines dans l'assurance de base.

Un véritable casse-tête

Les différents votes des dernières années montrent deux désirs contradictoires des Suisses: d'une part, ils n'entendent pas payer davantage pour leur système de santé et, d'autre part, ils ne sont pas prêts non plus à assister sans réagir au démantèlement des prestations.

Dans une telle situation, trouver des solutions pour enrayer la hausse de coûts de la santé constitue un véritable casse-tête pour le monde politique. Et ce d'autant plus que cette hausse semble inéluctable en raison de la technicité croissante de la médecine et du vieillissement de la population.

Finalement, peu importe que l'initiative qui sera soumise au peuple le 11 mars prochain soit ou non acceptée. Il est clair qu'elle ne peut à elle seule apporter une solution à un problème aussi complexe que celui de l'augmentation des coûts de la santé. Nul doute que le peuple sera encore souvent appelé à se prononcer sur ce thème au cours des prochaines années.

swissinfo, Olivier Pauchard

En bref

En 2004, la Suisse a dépensé 51,67 milliards de francs pour son système de santé (chiffre de l'Office fédéral de la statistique).

Cette somme représente 6929 francs par habitant ou 11,6% du produit intérieur brut (PIB).

Les coûts de la santé n'ont cessé d'augmenter au fil des ans. Ils ne représentaient encore que 9,7% du PIB en 1995 et 4,9% en 1960.

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L'initiative en bref

Lancée par le Mouvement populaire des familles, l'initiative «pour une caisse maladie unique et sociale» sera soumise au peuple le 11 mars.

Elle propose de remplacer les 87 caisses maladie actuelles par une caisse unique. Selon les auteurs du texte, cette mesure apporterait plus de transparence dans le domaine de la santé et permettrait d'enrayer la hausse des primes.

Le texte préconise aussi de fixer les primes «selon la capacité économique des assurés», sans toutefois donner davantage de détails.

L'initiative est soutenue par la gauche, mais combattue par la droite et le gouvernement.

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