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Le chef de l'armée Roland Nef s'en va

Keystone

Suspendu lundi, Roland Nef a proposé vendredi au ministre de la Défense Samuel Schmid de mettre fin à ses rapports de travail d'un accord commun, reconnaissant avoir commis une erreur avec son ex-amie, ont indiqué ses avocats. Le gouvernement réglera l'affaire lors d'une prochaine séance.

Ce contenu a été publié le 25 juillet 2008 - 10:54

Pour le président de la Confédération Pascal Couchepin, l'affaire Nef est «un incident» tel qu'il s'en produit dans l'économie privée. «C'est vraiment une vision un peu idyllique de penser que ça ne peut pas arriver à l'Etat», a-t-il déclaré à la Radio Suisse Romande.

Reste que le règne du deuxième chef de l'armée suisse n'aura duré que quelques mois. Inconnu du grand public jusqu'au 8 juin 2007, jour de sa nomination à la succession de Christophe Keckeis, Roland Nef, 49 ans, a défrayé la chronique ces dernières semaines.

Des premières discussions ont déjà eu lieu en vue du départ du chef de l'armée, indique le communiqué de ses avocats. Selon ce texte, les vérités et contre-vérités qui ont circulés à l'encontre de Roland Nef ont rendu impossible l'exercice de ses fonctions militaires.

Délai au 20 août

Ce dernier s'était vu fixer un délai au 20 août prochain, date de la prochaine réunion du gouvernement, pour se justifier à propos d'une plainte pour harcèlement sexuel déposée par son ex-amie, puis retirée à la suite d'un accord financier à l'automne 2007, peu avant son entrée en fonction, le 1er janvier.

Au courant des faits, Samuel Schmid s'est vu reprocher de n'en avoir rien dit à l'époque à ses collègues du gouvernement. Roland Nef lui avait assuré que l'affaire serait réglée avant son entrée en fonctions. Le ministre de la Défense a admis «avoir peut-être fait trop confiance» au chef de l'armée.

Ce matin, les avocats de Roland Nef ont donc fait savoir que leur client proposait de jeter l'éponge avant le délai imparti. Celui-ci n'a pas intérêt à renoncer de lui-même à son poste. Un renvoi aura des conséquences financières et il appartient au gouvernement dans son ensemble de fixer une indemnité de départ.

Pression sur Samuel Schmid

L'annonce de la proposition du chef de l'armée calme le jeu et fait baisser d'un cran la pression sur Samuel Schmid, dont l'Union démocratique du centre (UDC, droite nationaliste) et les Verts réclament la démission.

L'UDC a répété ce matin qu'«il n'y a pas d'affaire Nef sans affaire Schmid». Le porte-parole Alain Hauert a ajouté que le chef du DDPS porte la responsabilité de cette crise. Rien ne serait arrivé s'il avait fait son devoir.

Le Parti démocrate-chrétien (PDC) ne va pas jusque là mais demande que toute la lumière soit faite sur l'affaire. Le secret de fonction a été violé à diverses reprises, a estimé Reto Nause, secrétaire général. On ignore comment l'histoire a pu être rendue publique et comment des protocoles de police ont pu être publiés.

Revoir le processus de sélection

Le Parti socialiste (PS) salue la réaction de Roland Nef, lequel a tiré les conséquences de son comportement erroné, a déclaré Thomas Christen, secrétaire général du PS.

Le conseiller fédéral Samuel Schmid doit faire toute la transparence sur le processus de sélection et le déroulement des faits lors des dernières semaines. Des leçons doivent être tirées avant la nomination du nouveau chef de l'armée.

La démission de Roland Nef s'inscrit dans la suite logique dans l'affaire déclenchée par les révélations sur la vie privée du chef de l'armée, estime aussi le Parti radical (PRD, droite). «Si ce que les médias lui reprochent est vrai, Roland Nef n'avait d'autre choix que de partir», a déclaré Christian Weber, porte-parole du PRD. Les radicaux veulent un chef «qui assure la crédibilité de l'armée».

Samuel Schmid a promis de passer au crible les modalités de contrôle de ses hauts cadres. Reste à déterminer si la faille est réglementaire ou humaine. Pour l'instant, le chef suppléant de l'armée, le divisionnaire André Blattmann, assume ad intérim la conduite de l'armée et du domaine Défense.

swissinfo et les agences

Roland Nef

Entré en fonction le 1er janvier 2008, le commandant de la Formation d'application des blindés et de l'artillerie Roland Nef a remplacé le commandant de corps Christophe Keckeis, premier chef de l'armée suisse et artisan de la réforme de l'armée Armée XXI.

En juin, le brigadier demandait la démission du commandant des Forces aériennes, Walter Knutti, l'enquête sur la noyade de cinq soldats ayant montré des lacunes dans la sélection des cadres des Forces aériennes.

Au début de la pause d'été, des révélations sur sa vie privée le mettent à mal. Sa tentative et celle de son chef Samuel Schmid de sauver la situation la semaine dernière échouent.

Le ministre de la Défense suspend Roland Nef le 21 juillet et lui enjoint de faire toute la lumière sous peine de licenciement le 20 août.

En tant que chef de l'armée, Roland Nef est responsable du développement et de la conduite de l'armée. Il conduit les Forces terrestres, les Forces aériennes, la formation supérieure des cadres de l'armée, la Base logistique, la Base d'aide au commandement, l'Etat-major de planification et l'Etat-major de conduite.

Jusqu'à la décision du Conseil fédéral, le divisionnaire André Blattmann assume l'intérim.

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Indemnités

Le chef de l'armée est soumis à la loi sur le personnel de la Confédération. Si une faute est démontrée, l'Etat ne débourse rien. S'il y a un commun accord de départ, le gouvernement définit alors l'indemnité.

C'est le cas si l'employé exerce une profession très spécialisée, travaille depuis au moins 20 ans dans l'administration fédérale ou a plus de 50 ans. Une clause autorise le Conseil fédéral à prévoir des indemnités s'il résilie le contrat d'un officier général, ce qui est le cas de Roland Nef.

Les sommes vont d'un mois de salaire à un an, selon divers critères. Le poste de chef de l'armée appartient à la classe de salaire 38 (env. 300'000 francs par an).

Des indemnités plus hautes peuvent être versées, si approuvées par le gouvernement et par la délégation parlementaire des finances.

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