Le CICR se dit humilié par l'armée israélienne

Le droit humanitaire doit être appliqué partout, a rappelé le directeur du CICR. Keystone

A Genève, le directeur du CICR, Paul Grossrieder, dénonce les «humiliations inutiles» infligées aux humanitaires par les soldats israéliens.

Ce contenu a été publié le 12 avril 2002 - 17:08

«Quand on pense que pendant 35 ans nous avons travaillé dans les territoires occupés sans aucun incident quant à une utilisation du CICR ou par le CICR de sa mission humanitaire à d'autres fins, c'est une base de confiance qui compte dans les relations avec les autorités israéliennes.»

On sent beaucoup de consternation, d'inquiétude, d'amertume peut-être aussi dans ce commentaire lâché par Paul Grossrieder, vendredi matin en conférence de presse, à son retour de voyage en Israël et dans les territoires palestiniens.

Mais son premier message est de rappeler que le droit humanitaire doit être appliqué en Israël et dans les territoires occupés comme partout ailleurs.

Le directeur du CICR s'en fait le porte-parole, accompagné par Didier Cherpitel, secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Forcés de se coucher par terre dans la boue

Paul Grossrieder sait bien que cette région est en état de guerre, que les conditions de travail des humanitaires en sont forcément affectées et qu'il est somme toute régulier que les ambulances soient contrôlées. Mais il n'est pas normal, dit-il en citant l'un de ses délégués, «que lorsque vous parlez à un soldat israélien la seule réponse soit un coup de fusil».

Didier Cherpitel dresse la liste des travailleurs du Croissant-Rouge palestinien victimes d'actions militaires israéliennes en deux semaines: deux paramédicaux tués, huit chauffeurs pris pour cibles, 17 infirmiers blessés, 28 arrêtés et maltraités avant d'être relâchés.

«Des délégués du CICR, raconte Paul Grossrieder, ont été forcés de se coucher par terre dans la boue, les mains derrière la tête. Hier deux d'entre eux ont été 'mis à poil'. Les tanks israéliens abîment délibérément nos véhicules et des ambulances du Croissant-Rouge. A quoi ça sert? Ces humiliations inutiles sont absolument inacceptables.»

L'un des gros problèmes des humanitaires, précise-t-il, c'est la distance entre les promesses faites en haut lieu par l'administration israélienne et le comportement des militaires sur le terrain: «Il faut que les ordres donnés arrivent jusqu'au dernier soldat des check-points».

Le droit humanitaire bafoué

Il y a plus grave encore, à savoir les violations du droit humanitaire international et en particulier de la quatrième Convention de Genève applicable à des territoires sous occupation. Ce que Paul Grossrieder a vu et entendu sur place lui paraît intolérable.

A commencer par les attentats-suicides commis par des Palestiniens qui sont absolument contraires au droit humanitaire, à l'instar de toute attaque sans discrimination contre des civils et des non-combattants.

Mais cela ne peut en aucune manière servir d'explication ni d'excuse à la longue liste des violations subies par les Palestiniens, comme l'impossibilité pour la population des territoires occupés d'accéder à des soins de santé ordinaires.

Ou comme l'immense difficulté qu'ont des centaines de personnes de se ravitailler normalement, des blessés qui restent sans secours, d'innombrables destructions d'habitations et d'infrastructures sanitaires, l'accumulation d'ordures avec les risques d'épidémies faciles à deviner.

De plus, quand cessent les combats, c'est pour faire place au couvre-feu. Les cités sont mortes. Toute la vie est bloquée. Didier Cherpitel constate qu'ici et là, en 14 jours, la population n'a été autorisée à se déplacer que pendant neuf heures pour trouver de la nourriture dans des magasins vides.

Questions sans réponses à Jenine

Le directeur du CICR n'est pas en mesure de confirmer ni d'infirmer les allégations et rumeurs de toutes sortes sur ce qui s'est réellement passé dans le camp de Jenine. Pour la simple et bonne raison que ses délégués, vendredi matin, n'y avaient toujours pas accès.

Ce qu'il sait par contre, c'est que le personnel en poste dans la ville de Jenine n'a vu qu'un très petit nombre de blessés ou de corps amenés à l'hôpital malgré la férocité des combats qui avaient eu lieu juste à côté.

S'agissant des personnes arrêtées par l'armée israélienne depuis quinze jours, Paul Grossrieder cite le chiffre de quelque 1200 prisonniers. Le CICR a reçu l'autorisation de leur rendre visite dans des camps spécialement aménagés.

Mais le directeur du CICR cite aussi le cas de Palestiniens libérés «dans des conditions non conformes au droit humanitaire et à la décence humaine», à savoir de nuit, dans des zones sous couvre-feu, où nul n'a le droit de se déplacer sous peine d'être à nouveau arrêté.

Qui donc écoutera les dénonciations du CICR? «Les Israéliens ne peuvent pas ne pas nous entendre», répond Paul Grossrieder qui compte aussi sur l'appui de Washington où il s'est rendu avant de rentrer à Genève.

Le président du CICR, Jakob Kellenberger, pendant ce temps, écrivait au Premier ministre israélien Ariel Sharon. Pour lui dire les faits dénoncés par l'organisation. Et pour lui demander de prendre sans tarder toutes les mesures qui permettront aux humanitaires de faire enfin leur travail.

swissinfo/Bernard Weissbrodt, Genève

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