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Le citoyen suisse, plus Prométhée que Guillaume Tell

15 mai 2000: première fête sur le chantier de l'arteplage de Neuchâtel. Deux ans plus tard, ce sont les trois lacs qui vont s'embraser.

(Keystone)

Le metteur en scène François Rochaix a dévoilé lundi à la presse son projet pour les cérémonies d´ouverture et de clôture d'Expo 02. La mythologie y tient une place centrale.

Le 15 mai 2002, à 21h00, les arteplages de Neuchâtel, Bienne, Yverdon et Morat s'ouvriront à la fête. Quelque part sur un des trois lacs, le «Jurassien volant» s'y joindra. Et la télévision relaiera et enrichira les images du spectacle, d'un arteplage à l'autre, mais aussi aux quatre coins de la Suisse.

Le spectacle en lui-même sera structuré en 11 séquences. Un prélude évoquera «La Mer du Jura», moment ancestral et néanmoins métaphorique: «l'époque de l'infinité des possibles», explique François Rochaix. Quant au postlude, il mettra la Suisse dans la perspective de «La Mer de l'Europe», «cette mer qui nous entoure et qui finira bien par nous emporter, que nous le voulions ou non», politise le metteur en scène.

Entre deux, l'eau sera omniprésente, bien sûr, ainsi que la mythologie. L'Acte 1 détournera la légende de la Tour de Babel. Ou quand la chute des hommes voulue par Dieu au travers de la multiplicité des langues est dépassée par la possibilité de la traduction, et la richesse que le multilinguisme implique. Quant à l'Acte 2, il se concentrera sur Prométhée, «le champion des hommes», qui se déclinera de façon différente sur chaque arteplage: drame satirique à Neuchâtel, drame-rock à Bienne, récit dramatique à Morat, fresque mimée et dansée à Yverdon-les-Bains et sur le bateau jurassien.

La Tour de Babel et Prométhée, mais aussi les Sirènes, Lilith, le Centaure seront de la partie... La mythologie sera là pour raconter l'humain. «L'Homme en avant, et les histoires pour le dire», précise François Rochaix. Ce que celui-ci refuse, c'est que son spectacle relève de la «world culture». Pourtant, la mythologie, n'est-ce pas justement une forme de «world culture»? «Ce que je déteste, c'est que la culture soit moyenne, c'est-à-dire qu'elle fasse la moyenne des choses. Avec la mythologie, les sources sont extrêmement spécifiques et leur adaptation sera également spécifique à l'esprit du lieu. Si je prends l'exemple de l'ouverture des J.O. de Sydney, il y avait des images fabuleuses, mais la musique relevait de ce que je déteste le plus: la grande soupe globale. Je préfère des choses à la fois plus contrastées et plus spécifiques. Au fond, la world culture, c'est la culture américaine qui nous est imposée. Et ça je n'en veux pas».

Et puis, la satire sera également au rendez-vous: un interlude intitulé «Les guignols de l'Expo» jouera de l'auto-dérision. Sous-titre de cette séquence : «chronique exorcisante d'un psychodrame national»!

L'homme au centre de l'œuvre, la réflexion nationale placé dans un contexte universalisant, la satire comme jouet et la mythologie comme outil premier... Voilà qui n'est pas sans rappeler la démarche d'un certain Dürrenmatt... «C'est un de nos tous grands auteurs, quelqu'un que j'admire beaucoup» répond François Rochaix. «Il a su faire de façon magistrale la traduction de toutes ces mythologies dans une problématique d'aujourd'hui».

Cinq lieux sans compter le travail télévisé, des artistes professionnels, 1500 participants amateurs, des thématiques mythologiques passée au tamis d'une perspective helvétique... Tout cela en guise d'amorce à une exposition aux contenus multiples, et dont la peinture ne sera pas encore sèche! Ce projet inaugural est énorme, aussi bien dans sa forme que dans les points de vue qu'il entend développer.

Il y a beaucoup, il y a tout, il y a trop peut-être. Inquiétant? Sans doute. Mais stimulant également. A l'occasion des volées d'auto-flagellation qu'il s'administre cycliquement, l'homo helveticus aime rappeler son manque d'ambition, la frilosité congénitale qui semble frapper aussi bien ses élus qu'une bonne partie de ses créateurs. Pour la première fois depuis fort longtemps (des années? des siècles?), un projet suisse est excessif. Délirant. Fou. Dans le sens de «déraisonnable». Une bonne raison pour tenter le pari, non?

Bernard Léchot

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