Le conseiller fédéral Pascal Couchepin rend son tablier

Keystone

Le ministre a annoncé vendredi sa démission pour le 31 octobre prochain. Agé de 67 ans, Pascal Couchepin avait été élu au gouvernement en 1998. Depuis sept ans à la tête du Département fédéral de l'intérieur, il a été président de la Confédération en 2003 et 2008.

Ce contenu a été publié le 12 juin 2009 - 09:53

Avant son entrée dans l'exécutif fédéral, le radical (droite) valaisan avait siégé de nombreuses années au Conseil national (Chambre basse du parlement) et présidé le groupe parlementaire de son parti.

Ancien président de Martigny, Pascal Couchepin avait dirigé le Département fédéral de l'économie, avant de reprendre le Département fédéral de l'intérieur en 2003.

Au final, une carrière politique de 41 ans, ponctuée de 27 élections, sans échec, par le peuple ou le Parlement. Et 22 campagnes de votation conduites au nom du Conseil fédéral, dont dix-neuf gagnées.

La lettre de démission a été lue vendredi matin par la présidente du Conseil national Chiara Simoneschi (PDC / centre droit) à l'entame de la journée de session.

«J'ai reçu une lettre qui m'a profondément émue», a déclaré Chiara Simoneschi. La Tessinoise a ensuite donné lecture de la lettre de démission de Pascal Couchepin.

Respect envers le parlement

«Je souhaite remercier Pascal Couchepin pour le respect dont il a fait preuve envers le Parlement, a déclaré la Tessinoise. C'est un acte très respectueux que d'avoir informé l'Assemblée fédérale avant d'informer la presse. Je le remercie pour son activité à la tête du Département fédéral de l'intérieur, mais surtout comme magistrat et chef d'Etat.»

Et la première citoyenne du pays de remercier aussi le conseiller fédéral «pour son amitié personnelle toujours basée sur le respect malgré les différences d'opinion.»

Dans sa lettre, le radical valaisan a lui remercié les Chambres fédérales «pour la confiance qu'elles m'ont témoigné.» Il a souhaité à tous les membres «un été enrichissant, prélude à une rentrée politique fructueuse pour notre pays».

En conférence de presse, Pascal Couchepin a indiqué avoir décidé depuis plusieurs mois qu'il démissionnerait pour fin octobre. C'est le «bon moment» car cela laisse à son parti le temps de trouver un candidat pour lui succéder, a-t-il expliqué.

Son annonce avant l'été permet également de ne pas «encombrer» la votation du 27 septembre sur le financement de l'AI de discussions sur sa personne, a-t-il poursuivi.

Le Valaisan a expliqué qu'il ne pouvait pas attendre plus tard. Car il y aura encore des autres votations et il faudrait rester en poste. «Et même de vieux journalistes quitteraient la scène avant moi».

Mal-aimé des sondages

L'un des succès de Pascal Couchepin à la tête du Département fédéral de l'économie restera l'acceptation des Accords bilatéraux avec l'Union européenne (UE) lors de la votation populaire de mai 2000. Son passage au Département de l'intérieur aura été plus difficile, sur fond de hausse des primes maladie (de l'assurance-maladie, obligatoire en Suisse).

Mal-aimé des sondages, Pascal Couchepin est aussi celui qui avait proposé la retraite à 67 ans juste avant les élections fédérales de 2003. Cela avait été perçu par bon nombre comme une erreur stratégique et son parti avait perdu des plumes.

67 ans, c'est aussi l'âge auquel il choisit aujourd'hui de tirer sa révérence, après plus de 40 ans d'une carrière politique entamée à 26 ans au Conseil communal de Martigny.

Avec 11 ans au Conseil fédéral, Pascal Couchepin sera resté en fonction à peine plus longtemps que la moyenne puisque les conseillers fédéraux restent en général une dizaine d'années en poste.

Le Parlement se retrouve à nouveau face à une vacance simple au Conseil fédéral. Ce cas de figure est le plus répandu depuis 1959. Mais, après les élections fédérales de 2007, les observateurs misaient plutôt sur un départ à plusieurs.

Après les spéculations

Le départ de Pascal Couchepin, annoncé vendredi, vient contredire certaines prédictions faites par les observateurs. Les spéculations allaient toutefois bon train depuis un quelque temps.

Le doyen de fonction du gouvernement Moritz Leuenberger et Hans-Rudolf Merz, victime d'un accident cardiovasculaire l'an dernier, pourraient partir eux aussi avant la fin de la législature en 2011.

Hans-Rudolf Merz devient donc le conseiller fédéral le plus âgé et soufflera sa 67e bougie en novembre. Le gouvernement compte deux autres sexagénaires. Micheline Calmy-Rey a 64 ans, Moritz Leuenberger bientôt 63 ans.

Les trois derniers arrivés sont aussi les plus jeunes: Ueli Maurer a 58 ans, Eveline Widmer-Schlumpf a 53 ans et Doris Leuthard 46 ans.

Des noms circulent

Le Parti libéral-radical devra désormais trouver un candidat de poids pour succéder à Pascal Couchepin. Plusieurs noms circulent. Le respect des traditions voudrait qu'un radical romand, ou du moins latin, succède à un radical romand.

A ce titre, le sénateur neuchâtelois Didier Burkhalter pourrait faire figure de favori. Certains observateurs misent sur lui mais d'autres le jugent trop fade. Le nom de la députée Martine Brunschwig-Graf est aussi sur toutes les lèvres. Elle dispose de plusieurs atouts dont notamment une expérience d'exécutif au niveau cantonal.

Une autre théorie avancée par certains médias serait une candidature du président du parti, le Tessinois Fulvio Pelli, même si cette hypothèse est démentie par l'intéressé. Parmi les autres papables figurent certains conseiller d'Etat comme le Vaudois Pascal Broulis ou le Genevois François Longchamp.

Autres hypothèses

Faute de Latin, le PLR pourrait aussi se tourner vers une candidature alémanique, comme celle de la conseillère d'Etat st-galloise Karin Keller-Sutter. Car il est très important pour les libéraux-radicaux de trouver la perle rare: d'autres partis louchent sur un fauteuil au gouvernement.

Le Parti démocrate-chrétien (PDC / centre droit) n'a jamais caché qu'il souhaitait retrouver un deuxième siège pour laver l'affront de l'éviction de Ruth Metzler en 2003 et sa cible favorite serait le PLR.

Le sénateur fribourgeois Urs Schwaller, le président du parti Christophe Darbellay, voire la conseillère d'Etat fribourgeoise Isabelle Chassot pourraient être sur les rangs.

Une candidature verte, même pour la forme, n'est pas exclue non plus. Les Vaudois Daniel Brélaz et Luc Recordon sont souvent cités. L'UDC pourrait quant à lui réclamer un deuxième «vrai» siège au Conseil fédéral, après l'exclusion du parti de Eveline Widmer-Schlumpf.

swissinfo.ch et les agences

Réactions

Le Parti libéral-radical (PLR / droite) se dit fier d'avoir été représenté au Conseil fédéral par un magistrat doté «des plus hautes compétences professionnelles et politiques, d'un profond sens de l'Etat et d'une hauteur de vue remarquable».

En démissionnant, Pascal Couchepin fuit ses responsabilités, «pris au piège des incompétences entourant la hausse de la TVA et l'explosion des primes d'assurance maladie», selon l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice). Le ministre «a déçu les attentes de l'UDC», qui souhaite profiter de cette décision pour réfléchir à un second siège au gouvernement.

Le député Dominique de Buman (Parti démocrate-chrétien/ centre droit) salue en Pascal Couchepin un homme respectueux des institutions, qui restera dans les annales comme un grand ministre, malgré un bilan qui appelle des nuances, notamment dans le domaine de la culture et sur la question des primes maladie.

Avec le retrait de Pascal Couchepin, c'est un homme d'Etat qui part, souligne le président des socialistes Christian Levrat. Mais son bilan est mitigé. Dans la politique sociale, il était surtout un ministre du démantèlement et dans la politique de la santé, il laisse toute une série de chantiers ouverts, selon le PS.

Le président des Verts Ueli Leuenberger déclare perdre un adversaire de qualité.

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Rente annuelle

Dès qu'il aura quitté le Conseil fédéral, Pascal Couchepin aura droit à une rente annuelle de quelque 208'500 francs, la moitié de son salaire actuel.

Au cas où cette force de la nature reprendrait une activité lucrative, cette somme serait réduite pour éviter, comme le prévoit l'arrêté fédéral sur les traitements des magistrats, qu'un ancien ministre gagne plus qu'un magistrat en place.

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