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Le contrebandier présumé charge l'ex-juge

Le procureur extraordinaire (à gauche s'entretenant avec les avocats de la défense) a qualifié de mensongères certaines affirmations de Franco Verda.

(Keystone)

Lourdes accusations et prises de bec virulentes. A Lugano, la deuxième journée du procès contre Franco Verda et le mafieux présumé Gerardo Cuomo n'a pas été payante pour l'ex-juge. Ses réponses ont irrité le procureur extraordinaire Luciano Giudici.

Mardi, devant le tribunal correctionnel de Lugano, présidé avec compétence par la juge Giovanna Roggero-Will, le contrebandier italien présumé n'a pas ménagé ses accusations contre son ancien grand ami.

L'audience a été consacrée aux prêts accordés par le riche Italien à l'avocate Désirée Rinaldi, en l'occurrence compagne de Franco Verda, et à la manière dont le compte bancaire du boss italien présumé Francesco Prudentino a été débloqué par l'ex-juge.

Et c'est à l'évocation de ces épisodes que les premières accusations sont tombées et que les prévenus se sont livrés à de virulentes prises de bec.

A deux reprises, entre fin 1998 et début 1999, Gerardo Cuomo a prêté 50 000 et 100 000 francs à la femme de son ami. Il a raconté mardi, pour la première fois, que les 100 000 francs lui avaient été demandés directement par Franco Verda, dans le bureau même du juge. Une accusation que ce dernier a catégoriquement niée.

La situation de la société administrée par Désirée Rinaldi n'a fait qu'empirer. Gerardo Cuomo, mis en garde par son administrateur, n'a plus voulu verser «un seul franc» dans «le trou noir» qu'était devenue la société. Or, en mars 1999, Désirée Rinaldi se voit signifier un avis de poursuite de 810 000 francs. Il faut trouver l'argent.

Or, c'est plus ou moins à cette période que Franco Verda est chargé, en tant que juge, d'une procédure de déblocage d'un compte bancaire au nom d'une société appartenant à l'Italien Francesco Prudentino.

Recherché par la justice de son pays, l'homme est soupçonné d'être à la tête - aux côtés de Cuomo - d'un vaste trafic international de cigarettes, armes et drogue. A la demande des autorités italiennes, le procureur général Luca Marcellini fait bloquer l'argent.

Mardi, Gerardo Cuomo a accusé Franco Verda de lui avoir demandé des informations sur l'Italien, entre-temps arrêté et écroué en Italie, et de lui avoir soumis le dossier contenant la procédure de déblocage. Le document aurait été montré à Cuomo en mai 1999 à Montecarlo, lors d'un séjour du couple Verda-Rinaldi chez leur ami.

C'est là aussi, a raconté le contrebandier présumé, que Franco Verda lui aurait demandé de contacter Prudentino pour lui proposer un accord: 1,6 million du montant bloqué lui serait rendu à condition qu'il en verse la moitié, «en cadeau», au juge tessinois.

Une version contestée par l'ex-magistrat qui perd son calme. Ses explications toutefois semblent contradictoires et floues. Certaines déclarations sont même taxées de «mensongères» par le procureur extraordinaire Luciano Giudici. Franco Verda raconte qu'il n'a fait que son devoir de juge en proposant une transaction à l'amiable au procureur Marcellini et à l'avocat de Prudentino. Il a catégoriquement nié avoir demandé une partie de l'argent pour lui.

La transaction en question, proposée aux parties en mai 1999, a été l'objet de plusieurs conversations téléphoniques, enregistrées par la police antimafia de Bari et écoutées durant l'audience. Les écoutes confirment la thèse avancée par Gerardo Cuomo.

Les 800 000 francs auraient dû être déposés par Francesco Prudentino dans le coffre d'une banque luganaise. Coffre qui a été retrouvé vide au terme de la transaction. Le boss italien, qui sera entendu mercredi à Lugano - il est actuellement incarcéré en Italie - n'a pas tenu sa promesse. Son interrogatoire permettra peut-être de trancher.

Gemma d'Urso, Lugano

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