Le général Musharraf renforce son pouvoir au Pakistan

Le général Musharraf s'est imposé comme un acteur incontournable de la coalition antiterroriste, en particulier dans la perspective de l’installation d’un nouveau régime à Kaboul. Keystone

Les islamistes pakistanais n'ont pas réussi à mobiliser la population en faveur du régime taliban. Une situation qui renforce le pouvoir du président Pervez Musharraf. L'homme fort du pays a désormais les coudées franches pour imposer ses vues sur l'avenir politique de l'Afghanistan.

Ce contenu a été publié le 08 octobre 2001 - 21:00

Toujours spectaculaires, parfois violentes, les manifestations anti-américaines organisées lundi par les partis islamistes radicaux n'ont toutefois pas reçu l'écho redouté.

Le plus important rassemblement s'est tenu à Quetta, ville de l'ouest du pays, à la frontière afghane, où environ 10 000 personnes, essentiellement des étudiants, se sont opposées aux forces de l'ordre.

Les manifestants ont incendié plusieurs bâtiments, dont des banques et des cinémas. Selon un premier bilan, ces heurts ont fait un mort et 28 blessés.

La mobilisation a même été inférieure

Dans les autres villes du pays, les islamistes n'ont pas mobilisé au-delà de leurs troupes habituelles, c'est-à-dire essentiellement les élèves et étudiants des établissements d'enseignement coranique.

Selon les observateurs, la mobilisation a même été inférieure à celle du 21 septembre quand 100 000 Pakistanais étaient descendus dans les rues pour crier leur soutien aux taliban et leur hostilité aux Etats-Unis.

Un chiffre à relativiser à l'échelle pakistanaise: lors de la guerre du Golfe, 500 000 personnes étaient descendues dans les rues de Karachi pour dénoncer l'opération alliée contre l'Irak.

Pendant des années, les Pakistanais ont longtemps vécu au rythme des violences religieuses, qui, dans les années 80, faisaient quotidiennement des dizaines de morts.

Aujourd'hui, l'audience des mouvements fondamentalistes est ultra-minoritaire et les dizaines de partis religieux pakistanais n'ont jamais, lors des élections, obtenu plus d'une dizaine de députés dans un Parlement qui en compte près de 220.

Maintenir sa tutelle sur l'Afghanistan

Lundi matin, lors d'une conférence de presse diffusée en direct à la télévision nationale, le président s'est d'ailleurs prévalu du soutien d'une «vaste majorité» de la population.

Pendant près d'une heure, le général Musharraf, qui intervenait en grand uniforme militaire, est apparu plus déterminé que jamais, s'imposant comme un acteur incontournable de la coalition antiterroriste, en particulier dans la perspective de l'installation d'un nouveau régime à Kaboul.

Ancien «parrain» des taliban, dont il a financé l'ascension, le Pakistan ne semble pas du tout résigné à laisser échapper sa tutelle sur le pays et entend bien faire valoir son ascendant sur son voisin.

Le général Musharraf a ainsi exclu que l'Afghanistan post-taliban soit confié à l'opposition armée de l'Alliance du nord, qui selon lui, conduirait le pays de nouveau à l' «anarchie».

Il a de nouveau prôné une «organisation équilibrée du futur système politique afghan», autrement dit intégrant toutes les composantes ethniques du pays, au premier rang desquelles les Pachtounes, qui, a-t-il affirmé, constituent «50 à 60%» de la population.

Comme l'Afghanistan, le Pakistan compte une forte communauté pachtoune, très largement représentée dans le nord du pays.

Corinne Le Petit, Islamabad

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