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Le Kunsthaus de Zurich révèle «Giacometti l'Egyptien»

La sculpture égyptienne «Tête Verte» avec «Lotar II» en arrière-plan au Kunsthaus de Zurich.

(Keystone)

Le Musée égyptien de Berlin et le Kunsthaus de Zurich réalisent ce dont Giacometti aurait vraisemblablement rêvé: placer ses oeuvres et ses modèles – égyptiens – côte à côte. Grandiose leçon d'appropriation et de transformation en style personnel.

Les projets les plus fous sont parfois rendus possibles par des événements bien éloignés. L'exposition qui vient d'ouvrir au Kunsthaus de Zurich, «Giacometti l'Egyptien», «est un effet collatéral de la chute du mur», a dit, avec un sens aigu du raccourci historique, le commissaire d'exposition allemand Dietrich Wildung, lors de l'ouverture.

La réunification allemande ayant, en effet, aussi entraîné celles des collections muséales de Berlin, les deux Musées Egyptiens seront réunis dans un musée rénové, probablement prêt pour le 20e anniversaire de la chute du mur en novembre. La collection actuelle a donc fermé ses portes le 23 février.

«Grâce à cela, nous avons pu obtenir non pas des objets d'art secondaires, mais des pièces maîtresses qui ont occupé Alberto Giacometti toute sa vie», a souligné Dietrich Wildung.

Le passionnant face à face qui en résulte a déjà été exposé à Berlin où, paraît-il, certains visiteurs ne se rendaient pas compte que Giacometti s'était glissé dans les collections...

En cinq chapitres

Connue, la parenté entre le Grison et ses lointains modèles n'avait pourtant encore jamais fait l'objet d'une exposition. La démonstration entreprise par Dietrich Wildung et son collègue de Zurich, Christian Klemm, est une leçon d'appropriation d'un style par un artiste génial qui le malaxe obsessionnellement toute sa vie pour en faire son propre langage artistique.

L'exposition compte cinq salles, cinq «chapitres», selon Christian Klemm, qui mettent en lumière l'évolution de Giacometti dans sa confrontation avec l'art égyptien. L'artiste grison (1901-1966) était un copieur passionné.

L'exposition en atteste avec des dizaines de dessins faits d'après les originaux ou d'après des reproductions. On y voit la quête sans répit menée par l'artiste pour rendre la présence humaine de façon aussi vivante que possible. Un paradoxe, apparent, lorsque l'on sait – d'après les photos et les témoignages – que son atelier ressemblait à un tombeau de la Vallée des Rois.

Portrait en Akhenaton

En 1921 déjà, après un séjour en Italie, Giacometti se donne les traits d'Akhenaton dans un autoportrait en train de peindre. La construction même – un profil rappelant les reliefs égyptiens – ne laisse aucun doute sur la parenté des oeuvres.

L'influence égyptienne se manifeste encore plus nettement dès 1934, lorque Giacometti revient à la figuration après les années surréalistes. Avec le «Cube» (1933/34), il reprend les proportions de la statue cubique de l'architecte Senemut (vers 1470 av. J.-C.), exposée dans la même salle.

Sur une face supérieure du «Cube», il y grave, discrètement, son portrait. Cette figure réflexive montre la conscience aiguë qu'il avait de son propre cheminement.

Recréer la vie dans la mort

Selon les commissaires d'exposition, «Giacometti s'est inspiré du message même de l'art égyptien, qui voulait recréer la vie dans la mort. Lui a toujours cherché à reconstruire la vie dans le processus de vision du spectateur».

Le mouvement est la parfaite illustration de ce dialogue: Giacometti comprend la signification profonde du bloc, typiquement égyptien, où les pieds sont comme encastrés tout en donnant l'impression de le survoler.

Sans bloc, la figure ne tiendrait pas. Il stylise aussi à l'extrême la différence entre figures masculines et figures féminines. Chez les Egyptiens, le pas de la femme est plus petit. Giacometti rassemble les pieds féminins, qui semblent immobiles.

Annette en Néfertiti

Jusque dans les dernières oeuvres, «Annette VIII» (1962), proche d'un visage de Néfertiti, ou «Diego assis» (1964), où l'on retrouve la composition d'une figure assise égyptienne, Alberto Giacometti ne cessera jamais d'explorer ses modèles. La juxtaposition réussie au Kunsthaus révèle cette fascinante fraternité.

«Tout va bien, je travaille», écrit Giacometti sur son lit de mourant, à l'Hôpital de Coire, alors qu'il est toujours en train d'annoter son livre de reproductions égyptiennes. Son livre de chevet depuis 45 ans...

swissinfo, Ariane Gigon, Zurich

CONFRONTATION EXISTENTIELLE

1917. La première rencontre entre Alberto Giacometti avec l'art égyptien est documentée: le 20 octobre 1917, à l'âge de 16 ans, le jeune étudiant tient un exposé où il soutient que l'art égyptien l'emporte sur l'art grec ou sur l'art contemporain.

1920. Il le redira à son père quatre ans plus tard, dans une lettre.
En automne 1920, il est à Genève où il fréquente la petite section d'art égyptien du Musée d'art et d'histoire. Mais la véritable rencontre date de 1920: outre Cézann,e qu'il admire à la Biennale de Venise, avec son père, le Grison découvre, à la fin de l'année, ses premiers originaux égyptiens à Florence.

1950. Il réalise ses premières copies, notamment celle d'un char de procession à deux roues que l'on retrouvera dans le «Chariot» de 1950. Et c'est à cette époque qu'il s'achète le livre «Die Plastik der Ägypter», de Hedwig Fechheimer, qu'il annotera toute sa vie. Des reproductions de son exemplaire sont exposées au Kunsthaus.

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L'EXPOSITION

L'exposition a été préparée en commun par le Kunsthaus de Zurich, qui abrite la plus importante collection Alberto Giacometti dans un musée, le Musée égyptien de Berlin ainsi que par les deux commissaires Dietrich Wildung et Christian Klemm.

Dix-huit oeuvres antiques proviennent de Berlin et deux du Musée national d'art égyptien de Munich. L'exposition est ouverte jusqu'au 24 mai.

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