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Le meurtrier du «Gabbiano» échappe à la prison à vie

C'est à l'hôtel Gabbiano, à Lugano, que s'est produit le meurtre.

(Keystone Archive)

Treize ans et quatre mois de réclusion: c'est la peine infligée par le tribunal de Côme, en Italie, au meurtrier de Marcia Cristina Caron. Assassinée en avril 2000 à Lugano la prostituée brésilienne exerçait son métier dans l'hôtel de passe «Il Gabbiano», propriété du président de la Lega, Giuliano Bignasca.

La sentence a été rendue jeudi par le juge des audiences préliminaires, Vittorio Anghileri. Carmelo N. a écouté la condamnation sans sourciller. En tenue de gymnastique, chaussé de baskets, les cheveux ras et paraissant davantage que ses 30 ans, le prévenu était flanqué de ses deux avocats.

La famille de sa victime, qui s'est constituée partie civile, n'a pas fait le déplacement depuis le Brésil. Elle recevra tout de suite, à titre de dédommagement moral, quatre millions de lires (environ 3500 francs) récoltés par les concitoyens de l'accusé, en Sicile.

Les dommages et intérêts à verser à la partie civile - la fillette de sept ans et la mère de Marcia Caron - ont été fixés à 80 millions de lires (environ 64 000 francs). Vu la situation financière de l'accusé et de sa famille, cette condamnation restera sûrement théorique.

L'audience n'a duré que quelques heures. Elle a été menée selon la procédure dite «abrégée». Une formule qui a permis au maçon sicilien d'éviter la prison à vie. Car elle implique que le prévenu plaide coupable et admette tous les faits.

Le juge italien a reconnu les circonstances atténuantes au meurtrier de la prostituée brésilienne. Il a admis que le jeune Sicilien avait agi sous l'effet d'un raptus, lorsque, dans la nuit du 15 au 16 avril 2000, au terme d'un rapport sexuel, il avait assommé la jeune femme avant de l'étrangler.

Un raptus qui a éloigné le spectre de la notion de "cruauté" qui aurait valu à Carmelo N. quelques années supplémentaires derrière les barreaux. Le procureur de la République, Massimo Astori avait requis 16 ans de réclusion.

Carmelo N. résidait depuis peu à Côme lorsqu'il a tué la prostituée du «Gabbiano». Le lendemain du meurtre, il s'est confessé à un prêtre dans le dôme de Côme. Il s'est ensuite livré à la police alors que les enquêteurs suisses avaient à peine émis un mandat d'arrêt international contre lui.

Le meurtre de Marcia Caron - Claudia de son nom d'artiste - avait fait les grands titres de la presse, au Tessin et en Suisse. Le jour où son corps était découvert dans la chambre de l'hôtel de passe «Il Gabbiano», entre-temps fermé, le propriétaire de ce même hôtel, Giuliano Bignasca, était brillamment élu au Conseil municipal de Lugano.

Sans tarder, le comité anti-prostitution du quartier de Loreto, où se trouve l'hôtel en question et une autre «maison close» fermée en juillet dernier, demandait que Giuliano Bignasca renonce à siéger dans l'exécutif de sa ville. Arguant du fait qu'il avait donné son hôtel en gérance depuis plusieurs années et qu'il n'en était pas responsable, le «padre-padrone» de la Lega a refusé de se retirer.

Au Tessin, la fermeture du «Gabbiano» a en quelque sorte accéléré une campagne anti-prostitution menée par la police tessinoise dans tout le canton. Environ 16 établissements qui employaient des prostituées - presque toutes étrangères et travaillant au noir - ont été fermés. Plusieurs gérants et propriétaires ont fini derrière les barreaux et 150 filles environ ont été renvoyées dans leurs pays.

Gemma d'Urso, Lugano

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