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Le monde et son cinéma grondent à Fribourg

Rachel Brulhart, directrice du festival depuis septembre 2001.

(SP/FIFF)

Le carrefour de l’Asie centrale, le chaudron latino-américain, le volcan africain… La planète, dans toute sa rugosité, a rendez-vous à Fribourg.

La 18e édition du Festival international de films s’y tient du 21 au 28 mars. La directrice, Rachel Brulhart, répond à Bernard Léchot.

swissinfo: C’est la 18e édition du Festival, mais la 3e que vous dirigez. Sous votre direction, Fribourg poursuit-il sa route, ou a-t-il abordé un nouveau cap?

Rachel Brulhart: C’est une continuité. Disons qu’il y a eu une réorganisation, parce que le Festival avait pris de l’ampleur: année après année, le nombre de spectateurs a augmenté, on a présenté davantage de films et d’événements.

Le budget a aussi augmenté, de 50% en deux ans. Une nouvelle structure a donc été mise en place. Il y a une sorte de professionnalisation du Festival.

swissinfo: Mais les lignes artistiques, et, dans le cas de Fribourg, politiques, sont restées les mêmes?

R.B.: Oui. On a eu toutefois une interrogation par rapport au mot «Sud». A côté de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Afrique, on s’est ouvert à des minorités d’ici ou d’ailleurs, à des sujets qui peuvent évoquer un Sud sociologique.

Cette année, en compétition, on a par exemple un film américain qui parle d’un émigré chinois à New York. Et dans la compétition documentaire, un film suisse où le réalisateur raconte son histoire personnelle avec son épouse africaine, les problèmes de la mixité dans un mariage.

swissinfo: «Sud sociologique»… cela voudrait dire que pour vous «Sud» est synonyme de difficulté sociale?

R.B.: Cela pourrait être ça, oui. Les sujets sociaux qui touchent le monde actuel. Il y a donc le Sud physique, présenté à travers trois continents, et le Sud sociologique, les nouveaux sujets sociaux, qui peuvent relever du Nord.

swissinfo: Dans les deux compétitions, fiction et documentaire, un continent est souvent prédominant…

R.B.: L’année dernière, l’Amérique latine dominait, avec notamment beaucoup de films argentins. Cette année, nous avons à nouveau une teinte beaucoup plus asiatique. Ceci est dû aux choix de la commission de sélection, des choix qui sont tributaires de la qualité des films produits au cours de l’année écoulée.

On recherche des films inédits, qui explorent de nouvelles approches cinématographiques. Cette année, ce sont surtout les films asiatiques qui correspondaient à cette recherche-là.

swissinfo: Hors compétition, plusieurs régions sont également soulignées. A commencer par l’Argentine, avec «La Memoria del saqueo» («Mémoire d’un saccage»), une coproduction argentino-suisse signée Fernando Solanas et présentée en ouverture, et une section de 7 documentaires sur la crise argentine.

R.B.: On est un Festival engagé. Et le film de Solanas, qui décrypte une crise, la crise argentine, est un film coup de poing. Pour nous, c’était donc une évidence qu’il devait faire l’ouverture. Par les questions qu’il pause, par l’approche du réalisateur. C’est un honneur que de pouvoir le présenter en ouverture.

Les 7 documentaires sont en partie tournés par de jeunes cinéastes argentins. Ils traitent de la même problématique que Fernando Solanas.

swissinfo: Egalement représentée, l’Asie centrale, avec une rétrospective d’une cinquantaine de films. Pourquoi ce choix?

R.B.: C’est une région du monde oubliée. On ne sait pas ce que sont devenus les réalisateurs de là-bas après la chute de l’Union soviétique. La curatrice de cette section est venue en disant ‘c’est une cinématographie oubliée, méconnue, et des choses se passent dans ces pays-là’. C’est donc une découverte et une re-découverte du cinéma de ces 5 ex-Républiques soviétiques.

swissinfo: Et puis il y a un axe étonnant, qui relie l’Amérique et l’Afrique, à travers les «regards croisés» de la critique américaine Joanne Hershfield et de Jean-Pierre Bekolo , cinéaste camerounais qui enseigne le cinéma aux Etats-Unis.

R.B.: On leur a donné une carte blanche. C’est la deuxième année qu’on a cette démarche. Il est important que des gens du Nord et du Sud sélectionnent des films, que cela ne se fasse pas qu’à l’interne, dans le Festival. Pour les 12 films qu’ils ont retenus, ils ont choisi le thème de la frontière, tant physique, géographique, que psychique ou culturelle.

swissinfo: Les moments de cette édition 2004 que vous attendez particulièrement?

R.B.: Je me réjouis de rencontrer Monsieur Solanas, pour qui j’ai beaucoup de respect. Je me réjouis aussi des compétitions: c’est pour le public un moyen de découvrir une production issue de trois continents.

Et puis, derrière les salles de cinéma, il y a un endroit qui s’appelle ‘La Tente’, un endroit convivial où tout le monde se retrouve. Cela donne toujours lieu à des choses incroyables entre public et réalisateurs, ou entre réalisateurs…

Interview swissinfo, Bernard Léchot

En bref

- La 18e édition du Festival international de films de Fribourg se tient du 21 au 28 mars.

- C’est sous le signe de la mémoire que se place cette édition. La mémoire des peuples et celle des conflits, la mémoire des crises et celle des racines.

- Au-delà des compétitions (fiction et documentaire), le Festival propose plusieurs sections.

- «Cinémas d’Asie centrale» présente des films du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan, anciens et récents. La Direction du développement et de la coopération (DDC) soutient cette rétrospective. Elle présentera à cette occasion son projet de festival à Douchambe, au Tadjikistan.

- «Argentine au cœur» fait écho au film de Fernando Solanas, présenté en ouverture. Une sélection de documentaires indépendants plonge dans les racines de la crise en Argentine.

- «Regards croisés» est une carte blanche offerte au cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo et à la critique américaine Joanne Herschfield. Thème retenu: les frontières.

- «Pour Mémoires…» consiste en un retour sur des événements qui ont marqué l’histoire: l’Afrique du Sud dix ans après la fin de l’apartheid, le Rwanda, le Cambodge…

- La Télévision Suisse Romande, partenaire du Festival, fête ses cinquante ans en 2004. Elle présente au Festival une sélection de cinq reportages réalisés en Afrique du Sud et en Haïti.

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