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Le pôle français de SAirGroup sacrifié

SAirGroup ne veut plus débourser 80 millions de francs par mois pour ses participations dans AOM, Air Littoral et Air Liberté.

(Keystone)

SAirGroup ne veut plus débourser 80 millions de francs par mois pour ses participations dans AOM, Air Littoral et Air Liberté. Mais cette décision passe mal dans les milieux syndicaux français qui sont en colère. Pour sa part, le Premier ministre, Lionel Jospin, peut difficilement rester les bras croisés.

La direction zurichoise tire donc un trait sur une partie de ses activités en France: elle annonce avec effet immédiat l'arrêt pur et simple de tout apport de liquidités dans Air Littoral.

A Paris et en province, les syndicats cachent mal leur colère et leur consternation. Pour Raymond Besco, responsable CGTà la Fédération française des transports, il «faut demander au gouvernement Jospin de faire payer le retrait de SAirGroup le plus cher possible».

Au sein du personnel d'Air Littoral, on fait remarquer que la Suisse ne fait pas partie de l'Union européenne. Dans le cadre des accords bilatéraux, Paris pourrait faire pression sur Berne ou mettre en avant des mesures de rétorsion et une action en justice n'est pas à exclure.

«Les Suisses ont eu les yeux plus gros que le ventre», estime Jean Immediato, président de la section du Syndicat des pilotes de ligne (SNPL) qui qualifie l'attitude de SAirGroup «d'immorale et d'inacceptable».

Il faut dire que l'abandon d'Air Littoral intervient au plus mauvais moment: Matignon vient de condamner très vigoureusement les plans sociaux annoncés par Danone et Marks & Spencer. Dans ce dernier cas, ce sont les méthodes néolibérales des entreprises anglaises sur sol français qui sont dénoncées à mots couverts.

Dans ce contexte, Lionel Jospin, déjà affaibli par les mauvais résultats du parti socialiste aux élections municipales, peut difficilement rester les bras croisés. Un silence du Premier ministre pourrait être compris comme un satisfecit donné à SAirGroup et surtout, au patron des patrons français, Ernest-Antoine Seillière, actionnaire majoritaire du deuxième pôle aérien de l'Hexagone.

Jusqu'à présent, le Premier ministre a tardé à prendre position sur un dossier très complexe et rien n'a filtré des discussions qui ont opposé dernièrement le ministre communiste des Transports, Jean-Claude Gayssot à Mario Corti nouveau patron du groupe.

Alors que les syndicats estiment qu'une reprise d'Air Littoral par Air France est une impérieuse nécessité, le gouvernement français doit tenir compte des réserves exprimées par Bruxelles qui sont nombreuses: il y va notamment de la dérégulation du marché aérien européen et du bon équilibre de la concurrence.

Quant à la direction d'Air France, elle a toujours dit qu'elle n'avait pour vocation de reprendre tous les canards boiteux du ciel et de la terre.

Pour ce qui est de l'avenir d'AOM et d'Air Liberté, un plan de restructuration est en cours et une décision sera prise d'ici le 25 avril. Mais là, aussi, les syndicats estiment que les jeux sont faits.

«Seuls les tours de passe-passe de l'actionnaire majoritaire, le patron des patrons français Ernest-Antoine Seillière, empêchent pour l'instant SAirGroup de se désengager totalement», souligne Paul Fourier de la CGT.

Et les syndicats de préciser: «Il est aujourd'hui évident que les deux partenaires cherchent à sortir du pôle, mais ils ne savent pas comment s'y prendre, tant la construction financière est complexe est floue du côté de Monsieur Seillière. Mais pour nous, un désengagement total des Suisses dans le ciel français est acquis».

Jacques Allaman, Paris


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