Le paquet conjoncturel fixe les fronts politiques

Keystone

Un débat au Parlement sur les mesures à adopter contre la crise économique a permis de constater un certain rapprochement entre la gauche et le centre droit. Les acteurs de la politique fédérale n'y voient cependant pas forcément un bouleversement des équilibres.

Ce contenu a été publié le 15 septembre 2009 - 16:54

Depuis des mois déjà, les observateurs de la politique fédérale pressentent un rapprochement possible entre les partis de gauche et le Parti démocrate chrétien (PDC / centre droit). Si tel devait être le cas, cela signifierait un léger virage à gauche pour un Parlement traditionnellement très ancré à droite.

Lundi et mardi, un débat fleuve sur les mesures à adopter pour lutter contre la crise économique a effectivement laissé entrevoir un tel rapprochement. Unis, la gauche et le PDC ont réussi à sauver le troisième «paquet conjoncturel» proposé par le gouvernement.

Eux aussi au diapason, le Parti libéral-radical (PLR / droite) et l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) sont toutefois de leur côté parvenus à vider ce «paquet» d'une grande partie de sa substance, notamment en torpillant les mesures prévues en faveur des chômeurs.

Faut-il dès lors prendre acte qu'il existe une nouvelle répartition des forces au Parlement avec, d'un côté un PDC de plus en plus proche de la gauche et, de l'autre un PLR qui se rallie de plus en plus aux positions de l'UDC? swissinfo.ch a sondé quelques parlementaires.

Une alliance solide

Pour Christian Levrat, le débat sur le paquet conjoncturel a bel et bien montré que la gauche et le PDC pouvaient parfois faire front commun. «On a assisté à une alliance solide entre le PDC et le PS pour tenter d'imposer un programme conjoncturel face au PLR et à l'UDC qui, visiblement, se moquent du sort des salariés de ce pays», déclare ainsi le président du Parti socialiste suisse.

Cette vision d'un PDC dérivant lentement vers la gauche de l'échiquier est en partie partagée par le député UDC Jean-François Rime. «Ce que l'on constate depuis 2007, c'est que nous avons davantage de difficulté à obtenir des majorités. Il y a en effet au sein du PDC – mais aussi chez quelques PLR – des gens qui ont des sensibilités beaucoup plus écologistes voire sociales au sens politique du terme.»

«La position du PDC dépend des sujets, mais surtout de la provenance de ses membres, poursuit Jean-François Rime. Nous avons en Suisse romande un parti démocrate-chrétien qui est clairement à gauche. En revanche, ses représentants de Suisse centrale sont clairement bourgeois.»

Un parti de droite

Cette idée d'un PDC qui apporte un soutien à la gauche fait bien rire Joseph Zisyadis. «Le PDC n'est pas un parti de gauche; il ne se situe même pas au centre gauche, mais au centre droit», rappelle le député communiste.

«Notre difficulté, c'est que les socialistes et de plus en plus d'écologistes pensent que c'est en se rapprochant du PDC que nous allons introduire des changements dans la politique suisse. Or ce dont la gauche à besoin aujourd'hui, c'est d'une vraie cure d'opposition», conclut-il.

Dans les rangs du PDC lui-même, on ne se sent d'ailleurs pas de gauche. Et pour son vice-président Dominique de Buman, le débat sur le paquet conjoncturel le prouve.

«La situation est extrêmement claire, déclare-t-il. Le paquet proposé est centriste; il n'est pas marqué du signe de la gauche, parce que ce sont des mesures ciblées et limitées dans le temps et qu'elles respectent les règles du frein à l'endettement. On voit par ces trois caractéristiques qu'il ne s'agit pas du tout d'une politique de l'arrosage que l'on pourrait alors qualifier de gauche.»

Par ailleurs, Dominique de Buman rappelle que ce paquet a été proposé par un gouvernement de droite, travaillé par le Secrétariat d'Etat à l'économie – institution pas particulièrement connue pour son gauchisme – et soutenu par des associations économiques. «Donc, venir dire que ce serait un paquet de gauche approuvé par un Parlement et des alliances de gauche est parfaitement ridicule», conclut-il.

Pas d'enseignement

La députée PLR Martine Brunschwig-Graf va plus loin. Pour elle, il n'y a tout simplement aucune conclusion à tirer de ce débat sur le paquet conjoncturel.

«On remarque que l'une des mesures du paquet est tombée parce que certains PDC ont voté avec les PLR et l'UDC. Par conséquent, on ne peux pas dire que la nouvelle alliance – si nouvelle alliance il y a – a bien fonctionné...», commente la députée.

«De la même manière, on ne peut pas dire que les PLR ont viré vers la droite la plus dure, poursuit-elle. Simplement, certains d'entre nous n'étaient pas convaincus de l'utilité du paquet. On proposait des subventionnements de durée limitée en croyant insérer les gens avec des emplois temporaires. L'expérience montre que ce n'est pas ainsi que l'on résout le problème du chômage.»

Nouveau test

L'élection du successeur du ministre de l'Intérieur Pascal Couchepin constituera un nouveau test pour déterminer s'il y a bel et bien une nouvelle donne dans le paysage politique suisse.

Le siège du ministre radical est en effet visé par le PDC. Or, compte tenu des forces en présences, les démocrates-chrétiens ne peuvent prétendre gagner ce siège qu'avec le soutien sans faille de la gauche.

Olivier Pauchard, swissinfo.ch

Le 3e paquet conjoncturel

Le 3e paquet conjoncturel, d'un montant de 400 millions de francs, vise en particulier à lutter contre le chômage.

Les deux précédents étaient des investissements dans les secteurs de la construction et des infrastructures.

L'entrée en matière n'a été obtenue que d'extrême justesse – par 93 voix contre 91 – grâce à une alliance entre la gauche et les démocrates-chrétiens.

Les PLR et l'UDC ont en revanche réussi à vider ce paquet d'un grande partie de sa substance en torpillant une aide de 250 millions prévue pour les chômeurs de longue durée par 94 voix contre 90 et 4 abstentions.

Le paquet retourne maintenant à la Chambre haute qui l'a déjà accepté.

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