Le paradoxe du loup

En Suisse, le loup est un animal protégé. Keystone

«La Suisse protège le loup, mais elle autorise son extermination.» Pro Natura dénonce le Projet Loup Suisse présenté mardi par l'Office fédéral de l'environnement. Parmi les mesures, le projet prévoit toujours l'autorisation d'abattre les animaux qui provoquent trop de dégâts.

Ce contenu a été publié le 03 juillet 2001 - 18:51

Le concept de l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP) est basé sur l'information, la prévention des dégâts, l'indemnisation des pertes et la collaboration avec les cantons. Il prévoit aussi une autorisation de tir. Les cantons peuvent abattre le loup s'il tue plus de 50 moutons.

«Le massacre n'est pas près de s'arrêter», s'indigne Pro Natura. L'organisation de protection de la nature dénonce le paradoxe du concept. «Chaque fois qu'un loup arrive en Suisse, il est abattu. Et pourtant, sur le papier, il fait partie des animaux protégés», lance Urs Tester, chef de la division Biotopes et espèces.

En fait, il s'agit en quelque sorte d'une mesure diplomatique. Selon l'OFEFP, c'est un passage obligé pour que le loup soit accepté en Suisse. Une solution provisoire en attendant que des mesures de prévention soient mises sur pied. Mais d'ici là, le loup pourrait bien avoir disparu de nos alpages.

«C'est un risque, à long terme, confirme Jean-Marc Landry, responsable de la prévention pour le Concept Loup Suisse. La question est de savoir quels sont les quottas qu'on peut fixer pour tuer le loup. On arrive très vite à 50 moutons. Mais, pour les éleveurs, attendre d'avoir atteint ce quotta, c'est long.»

De son côté, l'OFEFP est persuadé que le loup n'est pas en danger. «C'est une espèce qui s'adapte facilement et qui a un fort potentiel reproducteur», ajoute Jean-Marc Weber, responsable du Projet Loup Suisse.

A plus long terme, les auteurs du projet misent sur le gardiennage. Une expérience menée sur deux ans en Valais en a prouvé l'efficacité. La présence de bergers accompagnés de chiens diminue les risques d'attaques. D'ailleurs, une douzaine de bergers seront encore engagés cette année. Ils seront ensuite déplacés de région en région en fonction des attaques.

Parallèlement, le concept prévoit aussi l'indemnisation (80% à charge de la Confédération et 20% pour le canton) des propriétaires en cas de pertes dues au loup. Et ceci qu'ils protègent ou non leurs troupeaux.

«Ce système n'encourage pas vraiment les éleveurs à faire appel à des bergers ou à accepter des chiens dans leurs troupeaux», regrette Jean-Marc Landry. «Mais on n'indemniserait personne, si on se contentait de dédommager les éleveurs qui ont pris des mesures», ajoute Willy Geiger, sous-directeur de l'OFEFP.

Enfin, autre point de ce projet mis en consultation jusqu'à fin août: l'information locale. Plus de 40 séances ont été organisées avec les milieux concernés - éleveurs, chasseurs, organisations de protection de la nature. Et ce n'est certainement pas un hasard si la conférence de presse de mardi se tenait en Valais.

Alexandra Richard

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