Le patron de Swisscom «a perdu sa crédibilité»

Carsten Schloter (gauche), Markus Rauh (centre) et Jens Alder (droite). Keystone

Pour le président du conseil d´administration de Swisscom, le directeur-général Jens Alder - qui a démissionné vendredi - avait perdu sa crédibilité.

Ce contenu a été publié le 20 janvier 2006 - 16:42

Le départ de Jens Alder intervient après que le gouvernement (actionnaire majoritaire) s'est opposé à sa stratégie de rachat de sociétés de télécoms étrangères.

Lors de la conférence de presse qu'il a donnée jeudi, Jens Alder a déclaré qu'il quittait Swisscom pour laisser une autre personnalité - en l'occurrence le nouveau directeur-général Carsten Schloter – mettre en place la nouvelle stratégie imposée par le gouvernement.

Rappelons que, actionnaire majoritaire de Swisscom, la Confédération a fait capoter les ambitions de Jens Alder qui visait notamment les opérateurs Eircom et Tele Danmark.

A fin novembre, tout en annonçant la privatisation de l'opérateur de télécoms, le gouvernement s'est en effet opposé à sa stratégie d'expansion par le biais d'acquisitions à l'étranger.

Panagiotis Spiliopoulos, analyste télécoms de la banque Vontobel, pense également que Jens Alder ne pouvait pas faire face à la mise en application de cette nouvelle stratégie, qui interdit à Swisscom d'acquérir tout opérateur fixe à l'étranger.

«Une telle situation ne pouvait pas convenir à Jens Alder, dont le but était de faire de Swisscom un acteur des télécoms au niveau européen», constate-t-il auprès de swissinfo.

Pourtant, selon le président du conseil d'administration de Swisscom, Markus Rauh, les tensions avec le gouvernement ont été mises de côté, et Swisscom va suivre un processus de croissance naturelle.

swissinfo: Pourquoi la position de Jens Alder n'était-elle plus tenable?

Markus Rauh: L'actionnaire majoritaire [le gouvernement suisse] a changé de cap en matière de stratégie générale, et Jens Alder a par conséquent perdu sa crédibilité, en particulier auprès des marchés financiers, et en tant que partenaire dans le cadre de négociations avec des tiers.

Nous étions très engagés dans des discussions [concernant l'éventuelle acquisition de compagnies étrangères], et nous avons dû nous en retirer, en déclarant que tout ce qui avait été dit n'était désormais plus valable.

Ce genre de choses vous fait perdre votre crédibilité. Et un top-manager qui perd sa crédibilité a un vrai problème...

swissinfo: Y a-t-il eu trop d'interférences dans les affaires de Swisscom?

M.R.: Il n'y a eu aucune interférence au cours des huit dernières années – sinon le 25 novembre dernier. Nous avons remis les choses en place et travaillons maintenant dans le cadre d'une coopération solide, mais sans influence politique.

Notre collaboration avec le gouvernement est «réparée», et fonctionne à nouveau sur le modèle qui était en place avant le 25 novembre. Nous avons eu des réunions très constructives. Ce qui est passé est passé.

swissinfo: Le nouveau directeur-général, Carsten Schloter, parviendra-t-il à être plus persuasif avec l'actionnaire majoritaire?

M.R.: Nous n'avons aucun problème avec l'actionnaire majoritaire, nous n'avons donc pas à le convaincre de quoi que ce soit. Il nous laisse faire ce que nous avons à faire; nous avons une direction à suivre, et des objectifs stratégiques qui lui sont liés.

Carsten Schloter est un bon communicateur, un analyste pointu, et quelqu'un qui sait mettre les décisions en application. Des qualités qui étaient aussi celles de Jens Alder.

swissinfo: Et où va donc Swisscom?

M.R.: Nous allons rester l'opérateur télécoms dominant sur le marché Nous allons développer notre marché en Suisse, et une croissance naturelle en Europe.

Nous avons largement assez d'argent pour faire ce que nous avons à faire. Nous verrons comment nous pouvons gérer les restrictions qui nous ont été imposées. Pour que le succès soit au rendez-vous, il faudra adapter le profil de l'entreprise, aussi bien en termes de risques que de compétences.

swissinfo: Comment comptez-vous réparer l'image fissurée de Swisscom?

M.R.: Nous avons déjà commence ce travail en déclarant que nous sommes sur la bonne pente, que nous avons une attitude positive et que nous sommes convaincus que nous avons de nombreuses opportunités à saisir.

swissinfo: Avez-vous perdu du terrain face à la concurrence?

M.R.: Pour le moment, nous ne constatons rien de ce genre. La bataille est dure, mais nous y sommes engagés.

Interview swissinfo: Matthew Allen à Zurich
(Traduction et adaptation de l'anglais: Bernard Léchot)

Faits

Jens Alder a rejoint Swisscom en 1998 et a été nommé directeur-général en 1999.
Il a démissionné vendredi, et est remplacé, avec effet immédiat, par Carsten Schloter, actuel patron de Swisscom Mobile.
Jens Alder recevra une indemnité de départ de 1,54 million de francs, qui inclut une année de salaire et un bonus.
Le 23 novembre 2005, le gouvernement suisse, qui détient 66,1% de Swisscom, annonçait vouloir vendre cette participation. Les jours suivants, il interdisait à l'opérateur toute acquisition à l'étranger, mettant brutalement un terme aux discussions en cours avec l'opérateur irlandais Eircom.

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En bref

- A fin 2004, Swisscom détenait 61% du marché des télécoms en Suisse. Suivie par Sunrise (21,3%) et Orange (17,7%).

- La Confédération détient 66% de Swisscom, soit une valeur 17 milliards de francs.

- Il y a au mins 64'000 autres détenteurs d'actions Swisscom, la majorité se trouvant en Suisse. Parmi ceux-ci, 12 d'entre eux détiennent plus de 100'000 actions.

- L'Allemagne détient 37% de Deutsche Telekom, et la France 33% de France Telecom.

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