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Le piano d'Elisabeth Sombart pour servir Schubert

Elisabeth Sombart. (Photo de l'album-CD/Service de presse)

Le nouvel album de la concertiste morgienne Elisabeth Sombart sort le 8 juin. Un compact disque sur lequel la blonde pianiste aux yeux de chatte interprète le compositeur de génie viennois, Franz Schubert. Infiniment délicat.

«Je suis né pour composer», disait Franz Schubert. Elisabeth Sombart est née pour interpréter. Les deux êtres se rejoignent, porteurs qu'ils sont tous deux d'un même message aux confins de la grâce et de la peine.

Car c'est bien de ces deux états dont il est question tout au long du nouvel album-CD d'Elisabeth Sombart. Un piano comme suspendu. Un toucher infiniment délicat. Un jeu des plus fluides. Dispensé par des doigts qui n'en finissent pas. Au bout desquels chaque note respire, chaque accord trouve sa juste place.

Comme Franz Schubert, Elisabeth Sombart n'appartient pas tout à fait à ce monde, tant son interprétation du compositeur fait appel à la dimension spirituelle. Celle qui vous porte au-delà du narcissisme et de l'égoïsme propre à l'humain.

Or, dans ce disque, on sent une interprète totalement dévouée à son compositeur. Pourtant belle comme une madone, Elisabeth Sombart ne tire jamais la couverture à elle. Au contraire, elle semble presque exagérément s'effacer pour mieux servir son maître, Schubert.

Chez le compositeur viennois, le mot «sublime» signifie «élevé», car tant de ces mesures vous conduisent vers le sourire d'un ange ou les larmes d'un dieu. Schubert a souffert. Mais il a su transfigurer sa souffrance par la grâce.

C'est sans doute pour cela qu'Elisabeth Sombart a choisi chez Franz Schubert les oeuvres qu'il a composées juste avant sa mort, un véritable testament musical. Le compositeur est en effet décédé du typhus à l'âge de 31 ans (1797-1828).

Ainsi, sur son nouvel album, Elisabeth Sombart interprète la sonate posthume de Schubert en si bémol D 960, composée de quatre mouvements, et le Klavierstück en mi bémol no2. De loin, le morceau le plus diversifié et le plus accompli sur la palette des sentiments. Son thème principal vous déchire le cœur.

Et puis, c'est tellement rare que nous ne passerons pas sous silence le fait que la pianiste morgienne ne joue jamais pour de l'argent. Elle vit de la charité.

Car tous ses revenus sont versés à la Fondation Résonance qu'elle a créée à Morges et qui étend ses racines de Paris à Beyrouth.

En effet, Elisabeth Sombart joue souvent pour les détenues de la prison de Fleury-Mérogis et se rend quatre fois l'an au Liban, pour former gratuitement des professeurs du Conservatoire de Beyrouth, dans le but d'ouvrir une nouvelle école de musique.

Mais que l'on ne s'y méprenne pas, Elisabeth Sombart n'a pas choisi la voie de la charité, faute de n'avoir pu emprunter celle du succès. Loin s'en faut, puisque ses débuts furent salués par le génial et regretté Arthur Rubinstein qui, de suite, vit en elle «un grand talent, une grande sensibilité».

Emmanuel Manzi

Concert d'Elisabeth Sombart vendredi soir 8 juin à la salle Paderewski du Casino de Lausanne.

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