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Le procès du «Ticinogate» s'ouvre à Lugano

Gerardo Cuomo (à gauche) et Franco Verda se retrouvent face à la justice.

(swissinfo.ch)

Le procès de Franco Verda, 60 ans et Gerardo Cuomo, 55 ans, s'est ouvert lundi à Lugano, entouré d'importantes mesures de sécurité. La première journée a été marquée par un malaise de l'Italien, gravement malade.

Gerardo Cuomo n'a plus rien du «boss» qui posait fièrement devant son yacht de 30 mètres avec l'ex-juge Franco Verda, qui a pris place à ses côtés sur le banc des prévenus. Le millionnaire italien, accusé par la justice italienne d'être à la tête d'un trafic international de cigarettes de contrebande, d'armes et de drogue, n'est plus que l'ombre de lui-même.

Atteint d'un cancer avancé du pancréas, actuellement incarcéré dans une cellule de l'Hôpital régional de Lugano, Gerardo Cuomo a perdu 30 kilos en treize mois de détention. Lundi en fin de matinée, dans une salle comble, l'Italien a été victime d'un malaise. Giovanna Roggero-Will, la présidente du tribunal correctionnel formé de quatre jurés populaires, a suspendu la séance plus tôt que prévu.

Auparavant, la juge avait créé la surprise en annonçant l'audition, mercredi, de l'Italien Francesco Prudentino, 53 ans. Ce dernier est accusé par le parquet de Bari d'être le bras droit de Cuomo dans le trafic orchestré depuis le Monténégro. Membre présumé de la «Sacra Corona Unita», la quatrième mafia, celle des Pouilles, Prudentino a été arrêté en décembre dernier en Grèce. Il était recherché depuis cinq ans. Extradé en Italie au début de cette année, il est incarcéré dans une prison de haute sécurité.

Son interrogatoire devrait permettre de mieux définir les rôles de Franco Verda et de Gerardo Cuomo dans la décision de l'ex-magistrat de débloquer la moitié du capital déposé par M. Prudentino au Tessin.

Cet épisode, qui sera examiné mardi par la cour, vaut à l'ex-président du tribunal pénal tessinois les accusations de violation répétée du secret de fonction et de corruption passive aggravée. Franco Verda répond par ailleurs d'incitation répétée à la violation du secret de fonction et d'entrave à l'action pénale.

Gerardo Cuomo est accusé de complicité de corruption passive aggravée et d'infraction à la loi fédérale sur le séjour des étrangers.

Lors de cette première journée d'audience, il a été question de la vie des deux prévenus et de leurs liens d'amitié. L'Italien est né à Naples, dans une famille ouvrière de 12 enfants. Il a émigré tout jeune à Bologne et a fait plusieurs petits travaux avant de se lancer, à la fin des années 70, dans la contrebande de cigarettes au détail.

Dans les années 80, il s'est tourné vers l'import-export et a rapidement accumulé une fortune estimée à plusieurs millions de francs. Lundi, Gerardo Cuomo a répété qu'il s'occupait de commerce de cigarettes de manière légale, en les achetant et les revendant d'un port franc à l'autre. Il s'est dit victime de la justice italienne qui, par ailleurs, l'a condamné à plusieurs reprises dans le courant des années 80.

Franco Verda est né à Lugano dans une famille bourgeoise d'avocats. Il est devenu juge en 1971 et a poursuivi sa brillante carrière jusqu'à l'arrestation de Gerardo Cuomo en mai 2000. S'étant lié d'amitié avec l'Italien par le biais de l'avocate Désirée Rinaldi, femme de l'ex-juge, ce dernier n'a pas ménagé ses efforts pour l'aider.

Ignorant les accusations de la magistrature de Bari, Franco Verda est intervenu à plusieurs reprises pour tenter d'obtenir le renouvellement du permis de séjour de Cuomo, qui n'avait pas été renouvelé. Il est allé jusqu'à demander des informations sur son ami à Carla del Ponte, alors procureure de la Confédération.

Le procès doit durer toute la semaine. La sentence ne devrait pas tomber avant lundi prochain.

Gemma d'Urso, Lugano

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