Le procureur Bernard Bertossa accuse la justice allemande

Des pots de vins auraient été versés à l'Allemagne, lors du rachat par Elf de la raffinerie de Leuna. Keystone Archive

Depuis une année, des magistrats suisses interpellent la justice allemande sur l'affaire Elf-Leuna. En vain. Pourtant, leurs investigations démontrent les malversations d'ex-collaborateurs de l'ancien chancelier Kohl. Jeudi, l'hebdomadaire die Zeit a publié une partie des documents explosifs rassemblés par le magistrat genevois Bernard Bertossa.

Ce contenu a été publié le 05 juillet 2001 - 18:15

Le magistrat suisse accuse la justice allemande de fermer les yeux sur les prolongements du scandale en Allemagne même. Une accusation soigneusement détaillée qui compare l'Allemagne à une république bananière et la justice allemande à une institution aux ordres.

Les services du procureur de Genève, avec à leur tête le juge d'instruction Paul Perraudin - ont patiemment démêlé pendant trois ans cette affaire. Un véritable labyrinthe de comptes bancaires avec un dédale de sociétés off-shore ayant emprunté 65 millions de francs de pots de vins versés par le trust pétrolier Elf Aquitaine à l'Allemagne, lors du rachat de la raffinerie de Leuna.

La conclusion des enquêteurs suisses est limpide: il s'agit là d'un système bancaire et financier conçu et organisé pour le lavage de l'argent sale. A sa tête, Dieter Holzer, agent des services de renseignements fédéraux allemands, le BND.

Cheville ouvrière de cette enquête, le juge d'instruction Paul Perraudin a identifié les principaux comptes bénéficiaires des pots de vin qui ont été distribués par le biais des circuits financiers de Dieter Holzer.

Dans un rapport de 17 pages, adressé le 14 septembre 2000 au parquet d'Augsbourg, en Allemagne, le magistrat genevois souligne que les sommes versées lors du rachat de la raffinerie allemande Leuna par la compagnie française Elf, ont suivi «un cheminement insolite, inusuel, à caractère occulte».

Et surtout, une partie des sommes ont été perçues par Ludwig-Holger Pfahls, ancien secrétaire d'Etat allemand à la Défense de 1987 à 1992, et donc membre du gouvernement d'Helmut Kohl. Il note notamment que l'équivalent de 4,7 millions de francs suisses a été transférés au Luxembourg au profit de Pfahls.

Très curieusement, ni la justice, ni la presse allemande n'ont réagi à l'époque à ces accusations très précises. Et puis, coup sur coup, deux importantes publications, Stern, à la fin juin, et Die Zeit, aujourd'hui, mettent en cause la passivité de leur pays.

Stern, dans un dossier de trois pages, rappelle que les services secrets allemands avaient mené une intense campagne en 1999 pour dénoncer la passivité du Liechtenstein. Or, Vaduz, pour sortir de la liste noire des paradis fiscaux, a nommé des magistrats beaucoup plus pugnaces.

Ces derniers, après des investigations dans trois banques et dans sept fiduciaires de la principauté, ont retracé les transferts de dizaines de millions de marks, perçus lors du rachat de la raffinerie Leuna en 1992, vers une cinquantaine de comptes en Allemagne.

Fort curieusement, la justice allemande se désintéresse totalement des investigations liechtensteinoises et n'a toujours pas adressé de commissions rogatoires internationales à Vaduz.

Dans Die Zeit, Bernard Bertossa, procureur général de Genève, prend à son tour le relais pour rappeler à la justice d'outre-Rhin que le système mis à jour par la Suisse révèle «un système de redistribution de produits criminels». Dieter Holzer, un proche du parti d'Helmut Kohl, aurait perçu ces dernières années «plus de 200 millions de francs suisses».

Ian Hamel à Genève avec Michel Verrier à Berlin

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