Le réseau suisse des mafieux russes

swissinfo.ch

A Genève, Saint-Gall et au Tessin, plusieurs sociétés et hommes d'affaires sont impliqués dans la vaste opération anti-blanchiment lancée par l'Italie.

Ce contenu a été publié le 11 juin 2002 - 21:15

Spider-Man lui-même aurait de la peine à y retrouver son chemin. L'opération «toile d'araignée» lancée lundi par la police italienne est tentaculaire.

Les quelque 600 pages de l'acte d'accusation du Parquet de Bologne, que swissinfo s'est procuré, mentionnent 150 inculpés et des centaines de sociétés dans toute l'Europe.

Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées. Quelque 300 perquisitions ont eu lieu. Et des biens d'une valeur totale de 100 millions d'euros ont été séquestrés.

En Suisse, ce sont surtout les cantons de Saint-Gall, du Tessin et de Genève qui sont concernés.

Cœur du système à Rimini

L'affaire touche la mafia russe. Et l'opération de police vise à démanteler un réseau de blanchiment d'argent provenant d'activités illicites.

Les fonds étaient expédiés des républiques de l'ex-URSS vers des banques en Europe occidentale par le biais de fausses factures ou de fausses bonifications bancaires.

Une fois blanchi, l'argent était renvoyé aux expéditeurs ou transformé en marchandises de toutes sortes: meubles, machines agricoles, vêtements, etc. Le système mis en place utilisait un important réseau de société reliées entre-elles comme des boîtes chinoises.

Au centre du processus de blanchiment, on trouve la société Prima. Basée à Rimini en Italie. Sa raison sociale lui permettait d'être active dans de multiples secteurs: du marketing à la gestion, en passant par l'informatique, le commerce, l'immobilier, etc.

Dirigée par les frères russes Oleg et Igor Berezovski, Prima servait de plaque tournant pour blanchir l'argent. Selon l'acte d'accusation italien, la société italienne disposait de plusieurs relais

30% du marché russe des cigarettes

Les enquêteurs mentionnent notamment Transrail Holding à Saint-Gall et Camasa au Tessin. Mais ils citent aussi deux sociétés financières genevoises.

Il s'agit, en l'occurrence de Olympia Investments and Management et de V&I Financial. Des entreprises qui ont d'ailleurs été perquisitionnées par les enquêteurs helvétiques.

Plusieurs dirigeants de ces sociétés ont été inculpés en Italie. Notamment pour association de malfaiteurs et pour blanchiment d'argent sale.

Il s'agit d'hommes d'affaires saint-gallois, tessinois et russes résidents en Suisse et en France (Haute-Savoie) dont l'Italie a demandé l'arrestation en vue d'une extradition.

Entendu par la police helvétique en mai 2000, un ancien dirigeant russe d'Olympia a affirmé que cette société genevoise avait obtenu l'exclusivité de la distribution des cigarettes Philip Morris pour Moscou et sa région, soit 30% du marché soviétique.

On peut se demander pourquoi cette petite société genevoise - qui ne possède même pas de locaux propres puisqu'elle est domiciliée auprès d'une fiduciaire de la place - a obtenu ce contrat mirifique.

Lien avec la Bank of New York

Cette vaste opération italienne est en fait la suite de l'enquête menée depuis l'été 1999 sur les transactions financières effectuées par les sociétés Benex, Lowland et Becs via les comptes qu'elles détenaient auprès de la Bank of New York.

Pour rappel, sept milliards de dollars ont transité sur les comptes de ces sociétés écrans. Des sociétés en fait contrôlées par des banques russes.

Lucy Edwards, vice-présidente de la division Europe de l'Est de la Bank of New York, et son mari, Peter Berlin, ont servi d'intermédiaire pour blanchir des fonds criminels provenant de Russie.

L'argent quittait illégalement le pays. Il passait par New York. Puis il était ventilé sur divers comptes offshore. Au moins 850 millions de francs en provenance de la Bank of New York ont ainsi transité par la Suisse.

Apparemment peu inquiets face aux enquêtes en cours, les mafieux ont poursuivi leurs opérations de blanchiment.

Ils ont simplement attribué à la société italienne Prima le rôle centralisateur que jouaient Benex, Lowland et Becs avant que le pot aux roses soit découvert aux Etats-Unis.

swissinfo/Luigino Canal

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