Le télémark, aussi une histoire suisse

Le Suisse Bastien Dayer en action lors d'une épreuve de Coupe du monde de télémark à Thyon. DR

Discipline longtemps tombée dans l’oubli, le télémark connaît un bel essor depuis quelques années. Au sein de l’élite, les athlètes suisses rivalisent avec les meilleures nations. La Fédération suisse de ski verrait d’un bon œil son inscription au programme des Jeux d’hiver.

Ce contenu a été publié le 09 février 2011 - 08:44
swissinfo.ch

Loin de l’effervescence qui entoure les Mondiaux de ski alpin de Garmisch-Partenkirchen, la station valaisanne de Thyon accueillait en fin de semaine dernière deux épreuves de Coupe du monde de télémark. Sur les hauteurs de Sion, les représentants les plus adroits du virage en flexion de la planète se sont retrouvés dans une ambiance conviviale pour se mesurer sur un parcours qui exige à la fois énergie, endurance, coordination et équilibre.

Si le télémark fait figure depuis les années ’80 de véritable sport national en Scandinavie, il séduit également de plus en plus d’adeptes en Amérique du Nord et dans les pays alpins. En Suisse, il n’est pas rare de croiser des pratiquants de la génuflexion sur lattes au détour d’une piste. Bastien Dayer, 25 ans, fait partie des mordus de la première heure. C’est à l’âge de dix ans déjà qu’il a décidé de donner plus de liberté à ses talons.

Aujourd’hui, il se consacre presque entièrement à sa passion. Comme tous les défenseurs du télémark, il fait l’éloge de «sensations uniques, incomparables» avec le ski alpin. «On est plus proche de la neige, et dès qu’on possède une base technique, on peut s’éclater dans la poudreuse et sur les bosses». Vice-champion du monde de «classic», la discipline reine, Bastien Dayer monte régulièrement sur les podiums de Coupe du monde, qu’il partage la plupart du temps avec des Scandinaves ou des Français.

Une surdouée du télémark

Amélie Reymond, 23 ans, autre athlète du cru, apprécie particulièrement la polyvalence exigée par les compétitions de télémark, qui «incluent pratiquement trois disciplines différentes». En «classic», les athlètes enchaînent pendant près de trois minutes des portes de slalom géant, des parcours de skating (skis de fond), sans oublier un saut spectaculaire de plus de vingt-cinq mètres.    

Amélie Reymond est une sorte d’extraterrestre dans le milieu. L’an dernier, elle a décroché 22 succès en 23 courses. Cet hiver, elle a remporté les sept épreuves de Coupe du monde disputées jusqu’ici. Et la plupart du temps avec des écarts abyssaux sur sa principale concurrente, la Genevoise Sandrine Meyer. En transposant le classement d’Amélie Reymond chez ses collègues masculins, qui courent sur la même piste, la Valaisanne se classerait régulièrement parmi les dix à quinze meilleurs.

Une performance qui ne laisse pas indifférent Urs Lehmann, le président de la Fédération suisse de ski (Swiss-Ski): «C’est une réponse à tous ceux qui dénigrent encore le télémark. Montrez-moi des filles capables de faire la même chose en ski alpin ou dans d’autres disciplines. C’est simplement exceptionnel». 

Aux Jeux?

Etudiante en sciences du sport à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich  – elle prépare un master en biomécanique - , Amélie Reymond est la seule athlète suisse qui se consacre presque entièrement à ce sport. Sa préparation physique irréprochable lui permet souvent de faire la différence dans la partie de ‘skating’. Compétitrice dans l’âme, elle ne pratique pas en priorité ce sport pour son aspect convivial ni pour une éventuelle facette historique. «Ca fait bien longtemps qu’on ne ferme plus nos chaussures avec des lanières en cuir», balance-t-elle aux nostalgiques.

La jeune femme à la frêle silhouette dit ne pas se fixer d’objectif particulier, et «prendre les courses les unes après les autres». Mais dans un coin de sa tête trotte évidemment le rêve olympique, celui qui obnubile tous les athlètes pratiquant un sport en marge. «J’espère que le télémark aura un jour sa place aux Jeux olympiques. Mais je suis consciente que bien d’autres disciplines nourrissent de telles ambitions», dit-elle.

Le télémark sera présenté en démonstration à Sotchi en 2014. Et Urs Lehmann plaide pour une introduction définitive du télémark aux Jeux, si possible en 2018. «Avant les Jeux de Vancouver, pratiquement personne ne connaissait le ski-cross. Les téléspectateurs ont pu voir tout l’attrait de cette discipline. Le télémark produira le même effet», espère-t-il. Un vœu évidemment motivé par les résultats engrangés par ses poulains: «Sauf incident, la Suisse ramènerait des médailles».

La contribution du télémark

Bastien Dayer préfère temporiser: «Depuis les Jeux de Turin en 2006, on entend tout et son contraire au sujet du dossier olympique. Je préfère ne plus m’en préoccuper et me focaliser sur les courses actuelles». La case olympique représente pourtant l’inévitable étape pour attirer médias et sponsors sur la scène du télémark.

Bastien Dayer, qui bénéficie du soutien de la station de Thyon, est contraint de travailler en été pour financer sa passion. Amélie Reymond, elle, réussit à tourner grâce aux sponsors et aux primes de résultats versés par la Fédération suisse de ski. «Pour s’en sortir, il faut vraiment gagner beaucoup de courses, je suis la seule dans ce cas en Suisse», souligne-t-elle.

Discipline à part entière au sein de la Fédération suisse de ski, le télémark dispose de moyens infiniment plus petits par rapport au ski alpin ou au ski nordique. «Les performances de nos athlètes accroissent l’intérêt pour ce sport. Nous espérons attirer des sponsors pour développer des infrastructures», explique Urs Lehmann, qui refuse de dévoiler le budget de la Fédération dédié au télémark.

Les athlètes ne verraient pas d’un mauvais œil un soutien plus important, soit par exemple disposer d’un entraîneur tout au long de l’année. Mais pas question pour autant de nourrir une quelconque jalousie à l’égard du grand frère alpin. «Pour nous, il est important que le ski alpin fonctionne bien, car nous bénéficions d’une partie des recettes qu’il produit, souligne Amélie Reymond. A l’inverse, le télémark permet à la Fédération d’ajouter quelques médailles et globes dans son rapport d’activité annuel. C’est notre contribution à nous.»

Le télémark

Histoire. Plus ancienne discipline du ski, le télémark a été inventé en 1868 par Sondre Norheim, un menuisier du compté de Telemark, en Norvège. C’est lui qui inventa cette technique de fléchissement de la jambe intérieure, qui disparut avec l’apparition du ski alpin moderne et sa technique du virage sauté. Ce n’est que durant les années 1970 que le télémark fit son retour en Amérique du Nord et dans les pays scandinaves.

Génuflexion. Discipline riche et variée, le télémark comprend sous sa forme compétitive un slalom géant, du skating et des sauts. En course, le coureur s’agenouille sur le ski placé du côté de la montagne en levant le talon du pied arrière et en glissant le ski inférieur côté vallée vers l’avant.

Disciplines. Le slalom géant se déroule comme un géant alpin, auquel s’ajoute un saut de plus de 25 mètres dont la distance et la réception sont notées. Le «classic», discipline reine, est disputé en une seule manche divisée en plusieurs sections, comprenant des portes de slalom, un saut, un virage paroi à pic de 360 degrés, ainsi qu’un parcours de «skating». Le «classic sprint» suit le modèle d’une course «classic», mais se dispute sur deux manches plus courtes.

Pénalités. Le coureur doit respecter la technique télémark correcte au passage de chaque porte, faute de quoi les juges de porte lui infligent une seconde de pénalité. Des secondes de pénalité sont également attribuées en cas de non respect de la distance minimale de saut. Sur un parcours «classic», l’athlète peut se voir infliger au maximum une quarantaine de secondes de pénalité, additionnées au temps total de la manche.

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