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Genève internationale

Le visage renouvelé de la Genève internationale

La Genève internationale est une plateforme globale de premier plan. Mais le multilatéralisme a été mis à rude épreuve ces derniers temps. Par l’ancien président américain Donald Trump bien sûr, mais aussi par la pandémie de Covid-19, qui a changé radicalement la manière de travailler des diplomates. Les choses reviendront-elles à la normale, ou la diplomatie numérique va-t-elle devenir la nouvelle norme?

Ce contenu a été publié le 10 mai 2021 - 13:41
Skizzomat (illustration)

En temps normal, les couloirs et les salles de conférence du Palais des Nations, siège européen de l’ONU à Genève, fourmillent de délégués et de journalistes du monde entier. Mais pendant le premier semi-confinement du printemps 2020, on a vu un «Palais sans Nations», presque vide. Aujourd’hui encore, nombre de ses activités se déroulent en ligne, et c’est aussi le cas pour beaucoup d’institutions de la Genève internationale. La manière dont les officiels, les organisations et les États y mènent leurs affaires pourrait se voir totalement transformée après la pandémie.

En plus de l’Office des Nations unies, de ses agences spécialisées et des missions diplomatiques du monde entier, la Genève internationale abrite de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et institutions académiques. Tout cela crée un «écosystème fertile» pour la recherche et la prise de décision internationales, comme le soulignent les autorités locales. Et tandis que certaines ONG, et même l’ONU, peuvent être menacées par les dommages collatéraux de la pandémie, le gouvernement suisse soutient de nouvelles «plateformes» futuristes à Genève. Parmi elles, la Swiss Digital InitiativeLien externe et le Geneva Science and Diplomacy AnticipatorLien externe, regroupés dans le bâtiment du Campus BiotechLien externe, dédié aux start-up tournées vers l’avenir.

L’OMS dans l’œil du cyclone

La pandémie de Covid-19 a braqué les projecteurs sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS), agence onusienne fondée en 1948 et également basée à Genève. Critiquée pour la manière dont elle a géré la crise, elle fait face à des appels à se réformer.

Alors que le monde se débattait avec la pandémie, l’OMS s’est retrouvée dans l’œil du cyclone. On lui a reproché sa lenteur à réagir, et l’administration de l’ancien président américain Donald Trump la trouvait trop proche de la Chine.

Mais l’organisation a aussi été au centre de COVAXLien externe, une nouvelle initiative pour fournir le vaccin contre la Covid aux pays en développement, co-dirigée par l’OMS, Gavi (l’Alliance du Vaccin) et CEPI (la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies). Malgré les nombreux défis auxquels elle a dû faire face, COVAX a commencé à distribuer des doses de vaccin aux pays les plus pauvres dès le premier trimestre 2021.

Autre institution de la Genève internationale critiquée par Donald Trump, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est désormais au centre d’une lutte pour savoir s’il faut renoncer aux brevets sur les vaccins anti-Covid. Elle aussi est appelée à se réformer.

Le précédent président américain avait décidé de retirer les États-Unis de l’OMS et de l’OMC, ainsi que du Conseil des Droits de l’Homme (également basé à Genève), et de leur couper les vivres. Autant dire que la Genève internationale a poussé un soupir de soulagement avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, qui a aussitôt inversé cette politique. Reste à voir ce que le retour des Etats-Unis va apporter à ces institutions.

Problèmes de financement

Les pressions financières sont une préoccupation majeure pour les organisations basées à Genève, et la pandémie n’a fait qu’aggraver les choses, poussant le système multilatéral à ses limites. Les agences onusiennes, les organisations internationales et les ONG se sont démenées pour continuer à fonctionner malgré les confinements. Pendant ce temps, le sort des ONG à court d’argent reste incertain et dépendra largement des donations, comme le soulignent les autorités cantonales genevoises.

À long terme, la tendance pour les grandes agences internationales pourrait être de transférer certaines ressources de Genève, où tout est cher, au terrain ou à des villes meilleur marché, mais l’attractivité de la Cité de Calvin reste forte pour d’autres raisons.

L’une est que les donateurs, les décideurs et les experts sont déjà là. Genève n’est pas seulement le siège européen des Nations unies et de 39 organisations internationales, mais abrite aussi 431 ONG et 177 missions diplomatiques, selon les données du site internetLien externe des autorités cantonales dédié à la Genève internationale. On y trouve aussi des instituts de recherche et 19 plateformes regroupant les compétences de la Genève internationale.

Récemment, elles ont été rejointes par des équipes d’enquêteurs et d’experts de la justice internationale basées à l’ONU pour rassembler et préserver discrètement des preuves et préparer d’éventuelles futures poursuites pénales sur les crimes graves commis en Syrie, au Myanmar et désormais aussi au Sri Lanka.

Alors que l’ONU a eu 75 ans en 2020, il était temps de se pencher non seulement sur son passé et ses liens avec la Genève internationale…

…mais aussi de penser à son avenir en ces temps incertains. Lequel pourrait résider dans sa société civile.

La paix, les droits humains et la justice internationale restent des préoccupations centrales. De Genève, le Conseil des Droits de l’homme, organe intergouvernemental du système des Nations unies, et le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme, soutenus par une myriade d’ONG et d’institutions universitaires, font la promotion et veillent à la protection des droits humains dans le monde.

«Tant que l’ONU et le système universitaire rentent ouverts à la société civile, il y a un effet d’attraction ici à Genève», résume Julien Beauvallet, chef du service des ONG au CAGILien externe - Centre d'Accueil de la Genève Internationale.

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