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Lear, un roitelet d'opérette

A Lausanne, Fabrice Gorgerat crée une pièce de l'Anglais Howard Barker qui réinvente la trajectoire du héros shakespearien. Entre comique et angoisse métaphysique.

Lear, le roi qui donne son nom à l'une des plus célèbres tragédies de Shakespeare, revoit le jour sur la scène lausannoise. Son auteur n'est pas le grand Will mais Howard Barker, également Anglais, servi ici par le jeune metteur en scène romand Fabrice Gorgerat.

Nombreux sont les dramaturges qui ont voulu multiplier les figures de Lear. Parmi eux Barker qui attribue au monarque shakespearien sept visages. Ses «Sept Lear» marquent, comme les sept jours de la semaine, la marche inexorable du temps qui transforme un homme, le conduisant d'une enfance naïve à une maturité cynique.

Le roi de Barker fonce vers rien parce qu'il s'arrache à tout. Son nihilisme est une souffrance morale dont l'acteur Gaëtan Lejeune (dans le rôle-titre) porte les stigmates sur son corps dénudé.

Une plaie mutile son ventre. Il l'exhibe au même titre que son jeu, très physique, souvent burlesque, qui reste au seuil du questionnement métaphysique dont l'auteur fait l'axe de sa pièce.

Sous la forme d'un conte tragi-comique, le metteur en scène réussit à explorer davantage la métamorphose du théâtre que celle de l'âme humaine.

Sa scénographie est une réussite: une dizaine de tentures coulissantes blanches suivent, mieux que les mots, le cours de la fiction. Tentes d'un campement militaire ou contreforts d'une tour, elles s'élèvent comme des barrières semblables à celles que Lear veut abattre sans jamais y parvenir.

Les huit acteurs qui l'accompagnent contribuent à donner au spectacle un caractère ludique offrant au héros un nouveau statut, celui d'un roitelet d'opérette.

Ghania Adamo

«Les Sept Lear». Grange de Dorigny, Lausanne; jusqu'au 3 juin. Tél: 021/318 71 71

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