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Les «Jeux de la honte» s’ouvrent à New Delhi

Les ouvriers devant le Nehru Stadium travaillent d'arrache-pied pour terminer à temps

(swissinfo.ch)

Travaux inachevés, accidents, corruption, menaces d'attentats et même épidémie de dengue... Les médias indiens ont surnommé ces 19e Jeux du Commonwealth qui s’ouvrent dimanche dans la capitale «les Jeux de la honte».

Compétition créée par l’ancien Empire britannique à laquelle participent ses ex-colonies, ces jeux ne sont pas très connus en dehors du Commonwealth. Et vous n'en auriez peut-être jamais entendu parler si, pour la première fois, ils n'avaient failli être annulés.

Les autorités indiennes en rêvaient pourtant. Après Pékin et ses Jeux Olympiques, l'Afrique du Sud et sa Coupe du monde de football, New Delhi avait l'occasion de briller sur la scène sportive internationale. Les organisateurs bénéficiaient d’un budget quasi illimité et de sept longues années devant eux pour remodeler la ville. Aéroports, autoroutes, métro, stades géants, la capitale voulait en jeter plein les yeux. Malheureusement entre les animations 3D et la réalité, un fossé s'est creusé, que les milliers d'ouvriers sous-payés ont bien du mal à combler.

«L’Inde n’aurait pas dû se voir attribuer les Jeux du Commonwealth » a même osé lâcher le président du Comité olympique australien John Coates.

La phrase a fait l'effet d'une petite bombe en Inde. Et pourtant comment ne pas lui donner raison ? cratères géants, ponts inachevés, routes défoncées, embouteillages monstres, la capitale indienne a offert pendant des mois un visage chaotique. Les installations terminées l'ont été à la hâte et tout le monde s'interroge sur les conditions de sécurité.

Le 21 septembre, la passerelle qui mène au Nehru Stadium, le stade flambant neuf qui doit symboliser les Jeux, s'effondre et blesse 27 ouvriers. Quelques jours plus tard, c'est le plafond de la salle d'épreuves d'haltérophilie qui connaît le même sort.

Accusations de corruption

Même le village des Jeux n'est pas prêt. Lors d'une visite d'urgence, le président de la fédération des Jeux Michael Fennell a jugé les conditions d'accueil «immondes». Pourtant, l'Inde a investi plus de deux milliards d'euros dans ces jeux.

«L'argent n’a pas été perdu mais détourné et il a rempli les poches de contracteurs privés, explique Moushumi Basu, directrice d'une association de défense des droits de l'Homme. Les autorités ont signé des chèques en blanc aux agences qui s’occupaient des chantiers. En plus, il n’y avait aucune autorité centrale pour coordonner les fonds des 20 à 30 agences qui étaient impliquées dans la mise en œuvre des Jeux.»

Pour assombrir encore le tableau, un groupe terroriste, les Mujahideens indiens, a attaqué le 20 septembre dernier un bus de touristes en plein cœur de la capitale, faisant deux blessés.

A la menace terroriste s'ajoute celle d'une épidémie de dengue. La mousson a transformé les chantiers en champs de boue infestés de moustiques porteurs de cette maladie tropicale. Devant de tels risques, de nombreux athlètes ont préféré jeter l'éponge, la star du sprint jamaïcain Husain Bolt en tête. Un sondage effectué par le Times of India, le principal quotidien anglophone indien, indique que 97% de la population estime que les Jeux ont entaché l’image de l’Inde à l’étranger.

Mais toutes ces critiques n’ont pas suffi à démonter les autorités indiennes. Au contraire, elles contre-attaquent. Des mails ont été envoyés à tous les habitants de Delhi qui appartiennent à la fameuse "middle class", l'Inde des nouveaux riches. Une série de photos montrent des installations sportives flambant neuves, le Nehru Stadium brillant de mille feux et des sportifs souriants. En légende, quelques lignes: «Certaines personnes dans le monde sont jalouses des progrès et de la puissance indienne. Ils déforment la réalité. S’il vous plaît, diffusez ces photos autour de vous afin que tout le monde voie, et juge par soi-même.»

A ceux qui critiquent l’organisation indienne, Suresh Kalmadi, le président du Comité d’organisation local assène, indémontable: «Pour les Jeux du Commonwealth à Manchester, en 2002, on était hébergés dans des logements universitaires. Nous, nous avons construit un village 3 étoiles pour les athlètes !»

Pour les observateurs comme le journaliste australien Matt Wade du Sydney Morning Herald, «le problème, c’est que les organisateurs indiens ont conçu un plan beaucoup trop ambitieux. Aujourd'hui, ils accusent la pression médiatique... mais sans elle, ils auraient encore pris moins de mesures pour résoudre les retards.»

Précision suisse

L'entreprise Swiss Timing, une habituée des rendez-vous sportifs, sera le chronométreur officiel des Jeux. 250 professionnels auxquels s'ajoutent 450 volontaires ont été mobilisés pour départager les concurrents des 17 sports en lice.

Malgré les retards indiens, l’équipe se veut confiante: «Le principal défi, explique le PDG Christophe Berthaud, ça va être d'équiper en deux jours le stade Nehru avec les starting blocks, les tableaux d'affichage, tout le matériel pour le début des compétitions d’athlétisme mercredi matin - sachant que le stade est utilisé pour la cérémonie d'ouverture dimanche soir... Il faut même mettre la pelouse... mais ça, c'est pas le rôle de Swiss Timing», ajoute-t-il en souriant.

L'homme, arrivé il y a deux jours, a travaillé sur les Jeux Olympiques de Pékin, et les dernières éditions des Jeux du Commonwealth: «Vous savez, pour nous, il n'y a pas plus de difficultés à Delhi qu'ailleurs. Chaque pays est différent... On va les faire marcher, ces Jeux. Contrairement au comité d’organisation local, pour qui c’est les premiers et sûrement les derniers grands Jeux, nous, on en a l’habitude… »

Les Jeux de l’ancien empire

Les Jeux du Commonwealth ont lieu tous les quatre ans. Ils réunissent les athlètes des anciennes colonies britanniques membres du Commonwealth.
La première édition a eu lieu en 1930 à Hamilton au Canada, avec 11 nations représentées.
Les sports qui y sont pratiqués sont les mêmes que ceux des Jeux olympiques d'été, avec quelques touches britanniques supplémentaires : le rugby à sept, le boulingrin et le netball. En tout, 31 sports et 7 para-sports (pour les personnes avec handicap) sont reconnus par la fédération des Jeux du Commonwealth.
Après New Delhi, la prochaine édition aura lieu en 2014 à Glasgow, en Ecosse.

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Les plus chers de l’histoire

Les 19e Jeux du Commonwealth ont lieu du 3 au 14 octobre 2010 à New Delhi. Les sportifs de 71 nations y participent. 8000 athlètes sont attendus.
Une vingtaine de sportifs ont déclaré forfait pour cette compétition, notamment le détenteur du record du monde du 100m, le jamaïcain Usain Bolt.
Les seuls autres grands événements sportifs organisés en Inde étaient les Jeux Asiatiques en 1951 et 1982.
Le coût d’organisation des Jeux de New Delhi est le plus élevé de l’histoire de la compétition: plus de 15 milliards de dollars, selon la presse indienne.

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swissinfo.ch


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