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Les ambitions européennes du Mouvement Citoyens Genevois

Le president du MCG Eric Stauffer lors des élections municipales du 13 mars 2011 à Genève. Keystone

En Savoie et dans le nord de l’Italie, une série de mouvements veulent se fédérer autour du MCG, la formation genevoise d’Eric Stauffer lors d’un congrès à Aix-les-Bains le 12 juin prochain. Regards croisés de politologues sur une tendance à l’œuvre en Europe.

Ce contenu a été publié le 07 juin 2011 - 18:37
Frédéric Burnand, Genève, swissinfo.ch

Figure de proue du Mouvement citoyens genevois (MCG), un parti réputé anti-frontaliers, Eric Stauffer affiche aujourd’hui des ambitions européennes.

«Nous proposons une confédération des régions, une Europe à l’image de la Suisse. A l’occasion d’un congrès à Aix-les-Bains le 12 juin prochain, nous allons lancer une fédération avec les Mouvement citoyen savoisien, valdotains, piémontais et lombards.

Comme président de cette fédération, une nomination encore en discussion, je compte fédérer ces partis pour les mettre en ligne avec les Mouvements Citoyens des cantons romands», assure le bouillant politicien élu en avril dernier au gouvernement de la ville d’Onex, une commune genevoise de plus de 17'000 habitants.

C’est le Gouvernement provisoire de Savoie qui accueille ce congrès qualifié de fondateur par Eric Stauffer. S’y joindront le Fronte Independentista Lombardia, le Piemonte Stato et celui du Val d’Aoste, des partis marginaux qui devraient donc tous enfiler les habits du MCG et suivre ses méthodes pour attirer de nouveaux électeurs.

Spécialiste français des droites extrêmes ou populistes, Jean-Yves Camus se montre des plus sceptique face à cette fédération naissante. «Le MCG est devenu un parti avec une certaine consistance à Genève et des extensions ailleurs en Suisse qui ne sont pas à prendre à la légère. Quel est donc son intérêt de se lier avec des mouvement qui sont à la marge de la marge?»

Marges bouffonnes

Et Jean-Yves Camus d’enfoncer le clou: «Autant il y a un espace politique pour des mouvements qui jouent le jeu des institutions, comme on le voit en Catalogne avec un parti proche des identitaires, autant les mouvements qui s’allient au MCG sont aux marges bouffonnes de la politique».

Des critiques qui n’entament pas Eric Stauffer: «Ils sont minuscules, comme l’était le MCG en juin 2005. Avec une bonne communication et une détermination à toute épreuve, nous ferons la différence, comme on l’a vu à Genève».

Le président du MCG ne voit pas non plus de contradiction à s’allier avec un mouvement savoyard, alors que son parti s’est fait connaître par son combat contre des frontaliers habitant, entre autre, la Haute-Savoie. «Nous n’avons rien contre les frontaliers en tant que personnes. Nous sommes pour une région franco-valdo-genevoise (en construction, ndlr). Nous défendons simplement les résidents, qu’il soit suisses ou non. Si chacun appliquait ce principe, on aurait beaucoup moins de problème», plaide le leader de ce parti très à droite sur les questions de migration et de sécurité et plus à gauche pour les questions sociales.

Quant à détailler les objectifs de cette fédération des mouvements citoyens de l’arc alpin, Eric Stauffer se montre quelque peu évasif: «C’est un peu tôt pour répondre. Mais du moment où je serai nommé président de cette fédération, il y aura une interaction et une connectivité entre les différents mouvements».

Nouvelles opportunités

Sans préjuger du succès d’une telle entreprise, le politologue tessinois Oscar Mazzoleni l’inscrit dans une tendance à l’œuvre en Europe: «L’affaiblissement des frontières nationales au sein de l’Union européenne, des gouvernements nationaux par rapport à Bruxelles, la montée en puissance des régions et des pouvoirs locaux – fruits des politiques de décentralisation - ouvre la porte au rapprochement de mouvements régionaux qui se découvrent des affinités au-delà des frontières. Face au processus de globalisation, ces mouvements valorisent la dimension territoriale, l’enracinement, l’autonomie des communautés locales et régionales».

Oscar Mazzoleni cite en exemple un autre rapprochement: «Depuis 3 ans environ, la Ligue des Tessinois (dirigée par Giuliano Bignasca, ndlr) renforce ses liens avec la Ligue du Nord de l’Italien Umberto Bossi avec des contacts réguliers et des actions communes. Même si ces deux formations gouvernementales ont aussi de fortes divergences, notamment sur les questions fiscales».

Oscar Mazzoleni relève une autre caractéristique qui fait la force du MCG, de la Ligue tessinoise et de l’UDC de Christophe Blocher, la référence en Suisse de ces mouvements protestataires, même s’ils sont en concurrence.

«Ces partis sont en campagne permanente. Ainsi, La Ligue des Tessinois domine depuis 20 ans l’actualité du canton avec son journal Mattino della Domenica (70'000 lecteurs par semaine pour une population de 330'000 habitants environ, ndlr).  L’objectif premier de ces partis est de gagner des électeurs.

Les stratégies des partis qui ont une longue expérience gouvernementale, de droite ou de gauche, tendent à mettre l'accent sur la résolution des problèmes, donnant une priorité au travail institutionnel et à la recherche de compromis.»

Une UE fédéraliste

Reste que la dynamique européenne – pour autant qu’elle regagne en force – est en mesure de freiner le développement de ces mouvements régionalistes formés des déçus de l’UE. C’est en tout cas l’avis du politologue genevois Dusan Sidjanski, conseiller spécial de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne.

«La Commission s’avère être le seul instrument capable de dégager une orientation favorable à l’intérêt commun, comme l’a reconnu le dernier conseil européen. La méthode communautaire, fédéraliste est de retour avec une commission assez indépendante qui consulte, qui dégage l’intérêt commun et qui propose au conseil des ministres et au parlement.

Traduit en langage fédéraliste, la commission  - peut-être un jour le gouvernement de l’UE -  fait des propositions au sénat (conseil des ministres) et aux représentants du peuple (parlement). Une manière de faire qui doit encore s’imposer et se confirmer.»

«Parallèlement, le Comité des régions (formés d’élus, non de techniciens) est peu connu. Mais il fait preuve d’efficacité et dans beaucoup de domaine, il est consulté.  Nous avons ainsi une forme de fédéralisme régional qui est en train de se créer pour des régions autonomes, mais non indépendantes. »

Et Dusan Sidjanski de conclure: «De grande régions d’Europe sont en train de monter: la Ruhr, la région parisienne en plein boom sur tous les plans, Rhône-Alpes, la Lombardie et la Catalogne. Mais ces régions sont inexistantes sans leurs voisins, leurs exportations et leur ouverture. C’est ce cadre qu’offre précisément l’UE qui assure l’équilibre entre les régions».

L’origine fédérale de l’UE

Churchill. Dans un discours retentissant, Winston Churchill déclare à l’Université de Zurich le 19 septembre 1946: «Nous devons créer un genre d’Etats-Unis d’Europe».

14 pays. Dans le même temps, les fédéralistes de 14 pays européens réunis pour la première fois, depuis la guerre, à Hertenstein (Suisse), affirment: «Une Communauté européenne, conçue sur des bases fédératives, est une contribution nécessaire et essentielle à toute Union mondiale».

 

Conseil de l’Europe. L’idée fédérale sera aussi au cœur des débats du «Congrès de l’Europe» de mai 1948 à La Haye. Le congrès donne naissance au Conseil de l’Europe. Deux des revendications des fédéralistes seront suivies d’effets : la Convention européenne des Droits de l’homme, la Cour européenne des Droits de l’Homme.

 

Schuman. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, appelle à «la mise en commun des productions de base et l’institution d’une Haute Autorité, dont les décisions lieront la France, l’Allemagne et les pays qui y adhéreront».

 

Assises. Cette proposition inspirée par Jean Monnet doit «réaliser les première assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix», étant entendu que «l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble» mais par «des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait».

 

Monnet. La finalité fédérale  est bien présente dans la Déclaration de Robert Schuman, même si la méthode préconisée est celle de Jean Monnet : «gradualisme» et «fonctionnalisme».

 

Source: Jean-Pierre Gouzy in L’idée fédérale dans l’histoire de la construction européenne

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