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Les aventuriers de la chambre perdue

La pyramide de Chéops (au centre) n’a toujours pas livré son secret.

(Keystone)

Où est passé la momie de Chéops, jamais retrouvée dans la pyramide qui porte son nom? Deux égyptologues amateurs pensent avoir localisé une chambre qui pourrait bien être celle du pharaon.

A Genève, on y croit. Au Caire, beaucoup moins. Hélas, c’est là que se délivrent les autorisations de fouiller.

«Leurs relevés techniques sur la grande pyramide sont les meilleurs jamais réunis à ce jour». Lorsqu’il évoque le travail de Dormion et Verd’hurt, Michel Valloggia, égyptologue à l’Université de Genève, insiste sur la rigueur et le sérieux des deux Français.

Le tandem n’en est pas à son coup d’essai. Depuis vingt ans, l’architecte Gilles Dormion et son ami Jean-Yves Verd’hurt, agent immobilier, auscultent la pyramide de Chéops. La plupart du temps, en payant leur billet d’entrée, comme de simples touristes.

En 1986, ces deux «égyptomanes» reçoivent l’autorisation d’effectuer un sondage dans le monument. Mais au lieu de la chambre secrète, c’est dans une cavité remplie de sable que débouche la mèche de leur foreuse. Nombre d’égyptologues patentés ricanent.

Cet échec n’empêche pas les deux compères de se voir mandatés deux ans plus tard pour superviser l’installation du système de ventilation de la pyramide. Une occasion de plus pour eux de l’arpenter de long en large et de peaufiner leurs relevés.

Ils s’intéressent également de près à une autre pyramide, celle de Meidoum, à une petite centaine de kilomètres au sud du Caire. Et c’est là qu’ils vont pouvoir donner une première preuve de la justesse de leur démarche.

La logique des architectes

Au printemps 2000, devant une assistance d’égyptologues médusés, Dormion et Verd’hurt y mettent à jour deux chambres inviolées depuis 46 siècles.

Une victoire qui doit tout au raisonnement et au calcul. En examinant la structure de la pyramide, Gilles Dormion a compris que la chambre funéraire ne pouvait pas résister au poids colossal de la pierre accumulée sur sa tête si l’on n’avait pas aménagé au-dessus d’autres chambres, dites «de décharge».

De retour à Gizeh, Dormion et Verd’hurt peaufinent leurs hypothèses, qui viennent d’aboutir à la publication chez Fayard de «La chambre de Chéops – analyse architecturale».

Dans sa préface, Nicolas Grimal, professeur au Collège de France et directeur honoraire de l’Institut d’archéologie orientale, loue la démarche des deux auteurs.

Pour lui, l’hypothèse ici présentée, fruit d’une «patiente et attentive observation, sans idée préconçue» paraît teintée de «la clarté de l’évidence». Et d’ajouter que si elle permettait de mettre à jour le vrai tombeau de Chéops, il s’agirait là «d’une des plus grandes découvertes de l’égyptologie».

Fin de non-recevoir

Mais parmi ses pairs, tout le monde ne partage pas l’enthousiasme de Nicolas Grimal. Membre honoraire du même Collège de France, Jean Yoyotte juge «invraisemblable» que son confrère ait déposé une demande de fouille pour vérifier les thèses «tellement aléatoires» de Dormion et Verd’hurt.

Plus direct encore, Jean-Pierre Adam, égyptologue et architecte au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), qualifie l’ouvrage – qu’il s’est contenté de feuilleter – de «calembredaines», «guignolades» et «pet de lapin» (sic).

Mais le soutien de Nicolas Grimal et du Collège de France n’a pas suffi à impressionner le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités égyptiennes. Zahi Hawas a refusé à Dormion et Verd’hurt le droit d’effectuer le moindre trou dans le monument.

«Il existe 300 théories sur des chambres secrètes, mais si je laisse chacun tester la sienne, cela fera des dégâts indescriptibles à la pyramide, qui a été bâtie avec le sang des Egyptiens», clame le grand patron local des antiquités.

Face au gratin

Mercredi, Gilles Dormion et Jean-Yves Verd’hurt présentent leur thèse au gratin mondial de l’égyptologie, réuni en congrès à Grenoble depuis lundi.

Zahi Hawas devrait être dans la salle, mais il a déjà signifié son intention de ne pas adresser la parole à ces deux «amateurs», à qui il refuse le droit de «souiller le sang égyptien».

Michel Valloggia parviendra-t-il à lui faire changer d’avis? Pour lui en tout cas, la thèse de Dormion et Verd’hurt est «très rigoureuse» et «il n’y a aucune raison de ne pas tout tenter pour la vérifier».

Le titulaire de la chaire genevoise de langue et civilisation de l’Egypte ancienne dirige également la mission archéologique franco-suisse d’Abu Rawash, en Egypte.

A ce titre, craint-il que son soutien aux deux Français ne mette en péril sa mission sur le terrain? «J’espère bien que non», répond Michel Valloggia.

Et l’égyptologue d’insister sur les retombées que pourrait avoir la découverte de la chambre funéraire de Chéops. Selon lui, «le monde entier accourrait pour visiter ces merveilles».

swissinfo, Marc-André Miserez

Faits

Seule survivante des sept merveilles du monde antique, la grande pyramide est dédiée au pharaon Chéops
D’une hauteur de 147m sur une base carrée de 230m de côté, elle est faite de 4,7 millions de tonnes de pierre.

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En bref

La thèse de Dormion et Verd’hurt:

- On a retrouvé trois chambres dans la grande pyramide. Mais aucune ne contenait de momie.

- La chambre que l’on a considérée comme celle du roi a vu son plafond se fissurer à l’époque de la construction. Personne n’aurait donc pris le risque d’y loger un pharaon.

- La momie doit se trouver dans une quatrième chambre, qui serait sous la chambre dite de la reine.

- Le dallage de celle-ci a en effet été remanié et devrait cacher l’accès à un couloir, détecté par le radar.

- Un forage de 15mm de diamètre sur 3,5m de profondeur suffirait à introduire une mini-caméra pour en avoir le cœur net.

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