Les banques suisses sont guéries de la fusionnite

A la Paradeplatz de Zurich, les sièges de Crédit Suisse et UBS. Keystone

Réunis à Zurich pour le Forum financier 2004, des experts se penchent sur les principaux défis que doit affronter le secteur bancaire.

Ce contenu a été publié le 01 novembre 2004 - 20:12

Professeur à l’Université de St-Gall, Beat Bernet analyse pour swissinfo les stratégies internationales des deux grandes banques suisses.

Cette année, le thème du forum porte sur «La banque du futur – Stratégies pour des marchés de plus en plus compétitifs».

La réunion intervient alors que les grandes banques d’Europe sont en train de plancher sur l’idée de fusions et d’alliances transfrontalières, à l’exemple des banques américaines.

Pourtant, l’UBS et le Crédit Suisse, les deux grandes banques suisses et parmi les principales en Europe, semblent avoir d’ores et déjà renoncé à ce genre de développement.

Beat Bernet estime que, malgré la récente reprise de la britannique Abbey par l’espagnole Santander, l’approche helvétique pourrait bien faire tache d’huile en Europe.

swissinfo: Qu’est-ce qui relance le débat sur les regroupements transfrontaliers?

Beat Bernet: Cela s’explique par la recherche d’économies d’échelle d’une part et, de l’autre, de marché élargis – l’espoir que la franchise qu’un partenaire détient sur son marché puisse être étendue à un autre marché européen.

swissinfo: Qu’est-ce qui l’empêche en Europe?

B. B.: Je pense que l’obstacle est constitué d’abord par les réglementations, en particulier les lois sur la concurrence. Mais les institutions financières tiennent compte aussi des coûts énormes impliqués par ce genre de projet. Dans un marché où les marges se rétrécissent, il est de plus en plus difficile de générer des profits substantiels avec ce genre d’opération.

swissinfo: Pourquoi les Suisses se montrent-ils spécialement réticents?

B. B.: Je pense que les grandes fusions appartiennent aux années 90. Aujourd’hui, il faut se concentrer davantage sur la création de nouveaux modèles de travail qui consistent à constituer des réseaux. Cela offre plus de possibilités de réaliser des économies d’échelle… en évitant de payer le prix d’une intégration à part entière.

C’est, à mon avis, la raison pour laquelle nos grandes banques suivent une stratégie différente de celle qu’elles poursuivaient dans les années 90.

swissinfo: UBS dit suivre une stratégie des petits pas basée sur la croissance interne et des acquisitions petites et moyennes. Et le Crédit Suisse?

B. B.: Le Crédit Suisse se concentre également sur la consolidation de ses gains sur le capital. En tout cas pour les deux ou trois prochaines années, avant de passer peut-être à la prochaine étape.

swissinfo: Certaines rumeurs ont laissé entendre que le co-directeur du Crédit Suisse, John Mack, avait démissionné après avoir œuvré pour un rapprochement avec la Deutsche Bank. Est-ce le cas à votre avis?

B. B.: J’ignore ce qui se trouve derrière ce genre de décision personnelle, mais je pense qu’un rapprochement avec la Deutsche Bank serait une très mauvaise idée. Il n’y a rien à gagner avec ce genre de fusion, car la taille ne constitue pas en elle-même une garantie de profit, et encore moins un accès facilité aux marchés.

swissinfo: Quelle est la position des deux grandes banques suisses en comparaison avec les autres établissements européens?

B. B.: Pour cela, il faut se placer au niveau des unités d’entreprise - par exemple la banque privée, de détail ou d’investissement – et la réponse est très différente dans chaque cas.

Dans la banque privée, les établissements suisses occupent une position de force et suivent une stratégie internationale. Dans la banque de détail (retail banking), la situation est très différente. Là, nous avons des marchés encore très locaux qui sont donc très difficile à pénétrer de l’extérieur.

swissinfo: Et du point de vue de la puissance financière?

B. B.: De nouveau, il faut vous référer aux unités d’entreprise. Dans la banque privée, les deux établissements ont une position très favorable en comparaison avec les banques allemandes ou même britanniques.

Dans la banque de détail, les britanniques sont bien meilleures, mais c’est dû surtout à un comportement différent de la part de la clientèle. En comparaison avec les marchés allemand, français ou italien, nos banques sont pour leur part au top niveau.

Dans la banque d’investissement, par contre, la situation est moins favorable, mais la stratégie du Crédit Suisse – concentrée sur des entreprises européennes de taille moyenne – devrait l’aider à améliorer ses parts de marché et ses résultats.

swissinfo: Comment l’UBS et le Crédit Suisse peuvent-elles rivaliser avec les grandes banques américaines?

B. B.: Je pense que le marché principal de nos banques se trouve désormais en Europe et en Asie. Les deux établissements suisses y occupent une bonne position, compte tenu de leur puissance financière et de l’amélioration des résultats enregistrée ces dernières années.

En termes stratégiques, elles ont connu des problèmes, mais je pense qu’elles ont maintenant rectifié le tir. On ne peut en dire autant de nombreux concurrentes européennes, voire même américaines.

Interview swissinfo: Chris Lewis
(Traduction de l’anglais: Isabelle Eichenberger)

Faits

Des fusions ont été enregistrées aux Etats-Unis entre Banke One et JP Morgan Chase, et entre Fleet Boston Financial et la Bank of America.
Ces «superbanques» disposent d’un capital très supérieur à leurs concurrentes européennes.
Mais ces dernières, comme HSBC, Royal Bank of Scotland, Deutsche Bank, UBS et Crédit Suisse, n’ont pas suivi le mouvement jusqu’ici.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article