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Les déboires d'un banquier suisse au Luxembourg

André Lussi était à la tête de la société Clearstream depuis 1991

(Keystone)

Mis en cause vendredi dernier par la justice du Luxembourg dans une enquête préliminaire pour «blanchiment» et «détournement de fonds», André Lussi, président du directoire de la société Clearstream, a été suspendu «avec effet immédiat» de ses fonctions mardi.

La société de compensation internationale Clearstream, installée au Luxembourg, gère chaque année 11 000 milliards de dollars et traite 150 millions de transactions. Il a fallu la publication en février dernier d'un livre intitulé «Révélations», pour découvrir que ce «monstre», qui gère plusieurs centaines de fois le budget de la Suisse faciliterait aussi le blanchiment d'argent.

Cet ouvrage, écrit par Denis Robert, ancien journaliste à Libération, et Ernest Backes, ancien numéro trois de Clearstream, révèle que cette société, inconnue du grand public, ouvrirait des comptes «non publiés» aux banques et à certaines grandes sociétés. Une technique idéale pour blanchir de l'argent sale.

Jeudi dernier, plusieurs magistrats européens, dont Bernard Bertossa, procureur général de Genève, dénoncent ce genre de pratiques et parlent de «boîtes noires de la mondialisation criminelle». Vendredi, la justice luxembourgeoise ouvre une information judiciaire pour «blanchiment, faux et usage de faux, abus de bien social et détournements de fonds».

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Clearstream ne soutient pas ses dirigeants: dès mardi, la société luxembourgeoise a suspendu de ses fonctions le Suisse André Lussi, à la tête de la société depuis 1991, ainsi que deux de ses collaborateurs, le chef du personnel et un conseiller.

André Lussi est épinglé très sévèrement dans le livre «Révélations». On y lit notamment que cet ancien cadre de l'UBS était à Londres lorsqu'a éclaté une ténébreuse affaire de vente d'armes au profit de l'Iran et de l'Irak. «André Lussi ne sera pas inquiété», précise l'ouvrage, tout en signalant que les policiers chargés de mener l'enquête «seront mutés un peu partout dans le pays, sur intervention politique».

Un cadre de l'entreprise, cité dans «Révélation», évoque les méthodes utilisées par le banquier suisse André Lussi: «Nous n'avons pas besoin de juristes chez nous: nous achetons les lois au mètre, en fonction de nos besoins», avouait-il. La situation vient peut-être de changer.

Ian Hamel

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