Les délégués du CICR stressés

Un délégué du CICR face aux décombres d'un camp de réfugiés à Jénine. Keystone Archive

Près d'un délégué du CICR sur quatre connaît des troubles de la santé dus à diverses formes de stress.

Ce contenu a été publié le 25 juillet 2002 - 19:02

En 1994 déjà, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) mettait en place une cellule de crise pour faire face au stress de ses collaborateurs. Le CICR entendait alors répondre au situation de conflits particulièrement critiques en ex-Yougoslavie ou en Afrique de l'Ouest.

«Nous avions remarqué que les délégués étaient particulièrement éprouvés par ce que l'on appelle le stress traumatique, essentiellement lié à l'insécurité», explique Barthold Bierens de Haan, responsable des programmes de soutien psychologique du CICR.

Trois types de stress

«Aujourd'hui, nous constatons que la menace sur leurs propres personnes n'est pas la seule préoccupation du personnel humanitaire», poursuit Barthold Bierens de Haan.

«Les délégués souffrent généralement du contexte difficile dans lequel s'inscrit le travail humanitaire. C'est ce qu'on appelle le stress cumulatif».

Et le spécialiste de citer le confinement des délégués piégés dans des situations de conflit, mais aussi les relations avec les victimes auxquelles ils sont confrontés.

Souffrance contagieuse

«La souffrance des victimes est contagieuse», relève Barthold Bierens de Haan. Ainsi l'employé humanitaire qui s'entretient sans témoin dans une prison avec un détenu ou celui qui doit annoncer la découverte du corps d'une victime à sa famille doit aussi être apte à gérer ses émotions.

La perte de son environnement habituelle est aussi une source de stress non négligeable pour le délégué expatrié.

Et ce manque de repères s'accompagne souvent de malentendus et de frictions au sein de l'équipe. «Ce stress de base est commun à tous les délégués quel que soit le cadre de leur mission», souligne Barthold Bierens de Haan.

Capacités réduites

Résultat: aujourd'hui encore près de 25% des délégués du CICR sont affectés par l'une ou l'autre de ces formes de stress. Au point de connaître des troubles de santé ou de voir leurs capacités professionnelles sérieusement réduites.

Pire. Le stress des délégués peut aussi avoir des conséquences sur leur propre sécurité, voire sur celle de l'ensemble de l'équipe.

«Nous savons qu'un délégué stressé analyse moins bien son environnement. Il prend souvent des risques trop importants», affirme le Dr Barthold Bierens de Haan.

«En six mois, précise-t-il, le CICR a enregistré 60 incidents liés à la sécurité. La moitié d'entre eux se sont déroulés en Israël et dans les territoires autonomes».

Renforcer la prévention

Pour faire face au fléau du stress, l'organisation humanitaire a décidé de renforcer ses programmes de soutien aux délégués.

«Nous devons développer les aides psychologiques sur le terrain et au retour des missions. Mais nous devons surtout améliorer la formation des délégués et leur apprendre à mieux gérer leurs émotions», affirme Barthold Bierens de Haan.

L'influence des chefs

Le CICR entend notamment se concentrer sur une meilleure formation des cadres. «Certaines équipes gèrent mieux que d'autres les situations critiques», explique le spécialiste.

Et d'ajouter: «nous avons constaté que la plupart d'entre elles étaient conduites par des chefs capables de maîtriser leur propre stress et d'offrir une écoute attentive à leur collaborateurs».

swissinfo/Vanda Janka

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