Les heures de gloire du foot suisse à Paris

Le président Martin Strebel avec l'un des joueurs, l'ancien international Suisse junior Christophe Marguet. Mathieu Van Berchem

L’Union sportive suisse de Paris (USSP), qui fêté en octobre 2010 le centenaire de sa création, a participé aux débuts du foot en France. Aujourd’hui, le club, qui s’est «francisé» joue encore sur un registre… amateur. Retour sur une époque un peu oubliée.

Ce contenu a été publié le 01 mars 2011 - 08:41
Mathieu van Berchem, Paris, swissinfo.ch

Dimanche matin 20 février, à l'heure du football amateur, deux équipes s'affrontent au stade des Corneilles de Saint-Maur-des-Fossés. L'affiche: Franconville contre l'Union sportive suisse de Paris (USSP). La tribune est vide, mais l'ambiance sur le terrain électrique. Le vainqueur jouera les quarts de finale de la coupe Salis.

Union suisse ? Salis ? Bizarre. On n’a pas l’habitude, en région parisienne, d'entendre le même jour deux noms à consonance helvétique. Le rouge des maillots et quelques «Scheiss !» aussitôt ravalés sur le banc de touche ôtent les derniers doutes. Il y a bien un peu de Suisse dans l'air. À la fin du match, remporté 2-1 par l’USSP,  le président Martin Strebel court embrasser ses joueurs. Il ne pouvait pas rêver meilleure façon de célébrer les 100 ans du club.

La Belle Époque

Strebel, à l'heure de l’apéro bien mérité, raconte l'histoire de cette coupe, créée dans les années 1950 par l’ambassadeur de Suisse à Paris, Pierre de Salis. Et décrit les festivités du centenaire. Colossal. À l'image de ce club au passé aussi prestigieux qu'oublié.

1910. La Belle Époque. Ramuz n'a pas encore quitté Paris. Dans le petit appartement de la rue Froidevaux, qu'il partage avec des amis suisses, l'écrivain vaudois vient d'écrire «Jean-Luc persécuté». Dans le Quartier latin alors déshérité, un jeune pasteur neuchâtelois, Jules Humbert-Droz, assiste, fasciné, aux discours de Jaurès. La communauté helvétique de Paris est suffisamment nombreuse pour qu’un dénommé Daetwyler ait l'idée un peu saugrenue de fonder un club de football.

Les débuts sont prometteurs. En 1914, l'équipe atteint la finale du Challenge international de Paris, perdue contre le Red star. L’USSP milite alors pour la création d'une ligue professionnelle de football, sur le modèle britannique, note l'ethnologue Fabrice Grognet, qui a participé à l'exposition «Allez la France!, foot et immigration», qui s'est tenue récemment à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. C'est donc en partie grâce à l'Union suisse qu'est fondée en 1919 la Fédération française de football.

50'000 Suisses surtout alémaniques

Les années 1920 sont glorieuses. 50’000 Suisses vivent alors à Paris: des banquiers, des assureurs, des commerçants, mais aussi de nombreux étudiants, surtout alémaniques, qui viennent en stage parfaire leur français. Tout ce petit monde se retrouve bientôt le dimanche au «Stade des Suisses», construit à la Porte Dorée, près du bois de Vincennes, grâce au soutien du banquier Charles Courvoisier.

La finale des Jeux Olympiques de Paris, perdue 3-0 par la «Nati» contre l’Uruguay, galvanise les troupes. L’US Suisse comptera jusqu’à 1000 membres et 17 équipes: de foot mais aussi de hand-ball, de basket et d’athlétisme. Certains grands noms du football helvétique - Zehr, L’Eplattenier et surtout Pollitz – décident de rejoindre l’USSP.

En 1926, l'équipe file jusqu’en quart de finale de la Coupe de France. 15’000 spectateurs suivent le match contre Sète au stade Pershing. Perdu, de peu.

Episodes dramatiques

On trouve dans la presse suisse de l'époque des échos de cette aventure, aux épisodes parfois dramatiques: «Au cours d'un match entre l'Union sportive suisse de Paris et le Stade olympique de l’Est, le gardien de but Lebidois a été tué d'un coup de pied à la carotide. Il avait avalé sa langue», écrit ainsi la Gazette de Lausanne en mars 1927. «Le joueur suisse Pollitz, qui a porté le coup de pied involontaire, a eu d'autre part la jambe fracturée.»

La même année, le Journal de Genève rapporte les premiers soucis du club. Battue en huitième de finale de la Coupe, l'équipe de Cannes «demanda la disqualification des Suisses de Paris, en prétextant que le joueur Aron Pollitz résidait en Suisse». La Fédération tranche en faveur de Cannes.

Le cas est révélateur des problèmes qu'allait connaître le club dès la fin des années 20. Avec la crise, les étrangers ne sont plus si bienvenus en France. Alors que l'équipe doit compter au moins huit joueurs suisses, les permis de séjour sont de plus en plus difficiles à obtenir. «Voilà pourquoi l’US Suisse fut toujours brillante sans être jamais éblouissante», résume le magazine L’Auto en 1931.

L’aventure continue 

L'équipe ne retrouvera jamais ce niveau de l'entre-deux-guerres. Mais l'aventure continue. Les bulletins de l’USSP fournissent de précieux témoignages de l'incroyable foisonnement de la communauté helvétique à Paris. Après-guerre, les expatriés se retrouvent volontiers au «Chalet» de J. Steiger, sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Ou à la «Taverne de Genève», où l'on sert la raclette valaisanne et de la «viande sèche» des Grisons. Ou encore au «Libre Échange», que gère E. Butikofer sur l'avenue de Clichy. On se ravitaille chez Schmid, charcutier-confiseur sur le boulevard de Strasbourg, on s'habille chez Reversfix, et les machines à écrire et à calculer Bisseger et Courvoisier sont incontournables.

Une époque révolue… A la fin du XXe siècle, faute de candidats helvétiques, l'équipe se «francise» et s'internationalise. «Elle est devenue multiculturelle», se réjouit Martin Strebel, très fier de ses gars. Et soulagé de trouver, dans l'équipe qualifiée pour les quarts de finale de la Coupe Salis, un Suisse, un seul: Christophe Marguet, ancien international suisse junior, arrivé à Paris par les hasards de son parcours professionnel.

Un siècle...déjà

1910 Création du club. Les rencontres à domicile se jouent au plateau de Gravelle où le terrain devait être préparé chaque dimanche matin avec des buts démontables.

 

1910-11 Finaliste du Challenge international de Paris.

 

1914-18 Les effectifs de l’USSP furent décimés, la plupart des joueurs s’étant mis à la disposition des autorités du pays.

 

1919 L’association fait partie des membres fondateurs de la Ligue Parisienne de Football (LPF) et de la Fédération Française de Football (FFF)

 

1922  Le Ministre Dunant inaugure le Stade Suisse à la Porte Dorée devant une grande foule.

 

1926 La triple confrontation (2-2, 3-3, 5-3) face à Sète en Coupe de France, défavorable aux Suisses, est suivie par une foule enthousiaste. Depuis son installation à la Porte Dorée, l'U.S.S. enregistre en effet d'excellentes affluences.

 

1930 Des réformes administratives au sein de la Fédération française et une réglementation très sévère pour la délivrance des permis de travail aux étrangers modifient de fond en comble les perspectives d’avenir et ruinent d’un seul coup tout le travail de 25 ans d’efforts tenaces. Les années qui suivent sont de plus en plus difficiles et la relégation en Promotion ne peut être évitée.

 

1945 Après la Libération, l’USSP reprend des couleurs sous la présidence de Carlos Niedermann et s’affirme aussi dans d’autres disciplines telles que le handball, le volley-ball et le tennis.

 

2003 L’équipe accède à la Promotion d’Honneur.

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