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Les leçons pour la Suisse Il faut encore améliorer la protection

Des collaborateurs de la Croix-Rouge effectuent des analyses de la radiation à proximité de Fukushima.

(Keystone)

En cas d’urgence dans une centrale nucléaire suisse, les autorités sont certes prêtes à réagir immédiatement. Mais qu’en est-il des risques de contamination à long terme? Les experts sont unanimes: il y a encore beaucoup à faire.

La catastrophe de Fukushima a réveillé les esprits. Après le 12 mars 2011, de nombreux pays ont revu leurs scénarios de crise. La Suisse n’a pas fait exception. Un groupe de travail, IDA NOMEX, a été mis en place avec des représentants des autorités concernées.

La Suisse est neuf fois plus petite que le Japon. Or la taille représente un problème en soi, explique le spécialiste des interventions d’urgence Daniel Storch, collaborateur scientifique de la division radioprotection de l’Office fédéral de la santé (OFSP).

Il n’est par exemple pas si simple d’évacuer une ville. «Nous envisageons davantage la décontamination que la fermeture de zones entières pour des années, voire des décennies», explique le spécialiste. 

Problème particulier: la capitale fédérale, Berne, n’est qu’à 13 kilomètres de la centrale nucléaire de Mühleberg. Toute la ville se trouve ainsi en zone 2. En cas d’incident grave, les mesures de protection sont obligatoires.

«Un abri est prévu en dehors de la zone pour le gouvernement et l’état-major d’urgence», indique Daniel Storch. Pour la population et l’administration fédérale, il faudrait décider «selon la situation» où déplacer la population.

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Les concepts manquaient

Daniel Storch était aussi membre du groupe IDA NOMEX, qui a livré son rapport final mi-2012. La surveillance a été confiée à l’état-major fédéral ABCN.

«Avant Fukushima, de nombreuses tâches et activités étaient déjà prévues. Les préparations de mesures urgentes à court terme étaient déjà très détaillées. Mais nous savions qu’il nous fallait des concepts pour des mesures à moyen et à long terme. La catastrophe japonaise a certainement accéléré les travaux», ajoute le spécialiste. 

L’OFSP est chargé de prévoir des mesures sanitaires en cas d’irradiation après un accident nucléaire. Les questions d’assainissement des zones contaminées, de conséquences économiques et de protection de la population sont prioritaires.

«La première mesure serait probablement de dire aux habitants de rester chez eux», note Daniel Storch. «Selon le taux de radiation, des tablettes d’iode seraient distribuées. Et s’il y a suffisamment de temps à disposition, une évacuation serait certainement prise en considération.»

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«Repoussé aux calendes grecques»

Pour l’organisation environnementale Greenpeace, ces mesures ne vont pas assez loin. «Si une catastrophe survient en Suisse, la probabilité est grande que des infrastructures centrales soient aussi détruites», estime Stefan Füglister, spécialiste des questions nucléaires de Greenpeace. Dans aucun autre pays au monde, l’administration du pays ne se trouve en zone 2 et la capitale économique du pays (Zurich) au bord de la zone 2.

Dans un rapport publié récemment, «Deux ans après Fukushima, beaucoup d’enseignements, peu d’actes concrets», Greenpeace a passé sous la loupe le travail du groupe IDA NOMEX. «Immédiatement après la catastrophe japonaise, les autorités suisses ont bien réagi», ajoute Stefan Füglister.

«Le Conseil fédéral a décidé de faire sorti le pays du nucléaire et le Parlement a suivi», poursuit-il. L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a également «réagi relativement vite» et mis en lumière des lacunes sécuritaires.

Malheureusement, selon Greepeance, les mesures identifiées par IDA NOMEX ont été repoussées aux calendes grecques. Finalement, «la Suisse est aussi peu préparée à une catastrophe qu’il y a deux ans, au moment de Fukushima», avertit Stefan Füglister.

La sécurité de la population n’est plus prioritaire dans les réflexions des autorités et des exploitants de centrales. «La Suisse doit encore tirer les leçons de Fukushima pour réussir la sortie du nucléaire en tout sécurité et correctement», conclut le rapport de Greenpeace.

Secteurs de dangers

Zone 1: 3-5 km

La zone 1 comprend toutes les communes situées dans un rayon de 3 à 5 km autour de la centrale. En cas d’accident, des mesures de protection rapides s'imposent pour mettre la population à l'abri du danger.

Zone 2: jusqu’à 20 km

La zone 2 englobe la zone 1 et s'étend sur un rayon d'environ 20 km autour de la centrale. Elle est divisée en six secteurs qui se chevauchent et correspondent chacun à un angle de 120°. Si les conditions météorologiques le permettent, l'alarme sera donnée uniquement dans les secteurs concernés. Les limites des zones et des secteurs correspondent aux frontières communales.

Zone 3: reste de la Suisse

Selon toutes prévisions, il n'est pas nécessaire de prendre des mesures de protection de la population dans cette zone en cas de formation d'un nuage radioactif.

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«Nous travaillons»

«La préparation n’est pas lacunaire», rétorque Daniel Storch. «Des concepts ont déjà été retravaillés mais le but est d’éliminer toute lacune dans le concept global.» Le groupe de travail avait identifié 56 mesures individuelles. «Le problème est que l’on ne peut pas élaborer toutes ces mesures de façon individuelle, mais qu’il faut travailler en parallèle.»

Un «bloc thématique» concerne par exemple les scénarios dits «de référence» pour les premières mesures à prendre en cas d’accident nucléaire. Le groupe de travail a constaté que de plus grandes quantités de matières radioactives avaient été libérées dans l’environnement que ce qui avait été estimé jusqu’ici.

Diverses divisions de l’administration fédérale sont occupées à élaborer des concepts pour adapter les bases légales en conséquence, souligne Daniel Storch. La plupart des mesures concernent trois ordonnances: sur les interventions «ABCN» (augmentation de la radioactivité, sinistres d’origine biologique ou chimique ou sinistres d’origine naturelle), sur l’irradiation et sur la protection d’urgence.

Ces travaux prennent du temps, explique Daniel Storch. «La Confédération n’est pas inactive. L’état-major ABCN s’est constitué et a confié les travaux à différents groupes de travail. Il s’agit aussi d’assurer une bonne information mutuelle afin que le plan IDA NOMEX puisse être réalisé le plus vite possible.»

Etat-major fédéral ABCN

L'Etat-major fédéral ABCN est constitué de directeurs de divers offices fédéraux et d’institutions cantonales. Il intervient en cas d'événement de portée nationale.

Ses tâches sont les suivantes: évaluer la situation générale et ses développements possibles; piloter la mise en œuvre des mesures de la Confédération visant à maîtriser des événements nucléaires/radiologiques, biologiques, chimiques ou naturels (événements ABCN); coordonner ces mesures avec les services fédéraux et les cantons; élaborer si nécessaire des propositions à l'intention du Conseil fédéral

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(Traduction de l’allemand: Ariane Gigon), swissinfo.ch

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