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Les maraîchers n'ont pas les moyens de payer plus

Un travail que les ressortissants de l’Union européenne ne veulent plus faire.

(swissinfo.ch)

Robert et Andréa sont tous deux Polonais. Et ils sont employés clandestinement, depuis plusieurs années déjà, dans des exploitations maraîchères. Pour autant, ils ne reprochent pas grand-chose à leur patron.

«Il y a sept ans maintenant que je travaille au gris, avoue Andréa. Et ça ce passe plutôt bien. Les patrons ont toujours payé les assurances sociales. J'ai donc une couverture en cas d'accident et même une carte AVS. Tout ce qui me manque, c'est un permis de séjour».

Même situation pour Robert. Depuis deux ans, le jeune Polonais travaille chez un maraîcher vaudois. Et, lui aussi, il témoigne: «à plusieurs reprises, mon patron a essayé d'obtenir des papiers, en vain. Alors, j'essaye de ne pas me faire remarquer à l'extérieur. Je n'ai vraiment pas envie d'être renvoyé».

Question salaire, Robert en Andréa n'ont rien à cacher: «dans le canton de Vaud, le salaire minimum légal est de 2745 francs brut par mois, et nous on empoche 2600 francs net, pour une cinquantaine d'heures de travail hebdomadaire».

Et le jeune Polonais de souligner que tous ses compatriotes ne sont pas aussi bien lotis: «dans le secteur de l'hôtellerie ou celui de la restauration, les travailleurs illégaux ont bien souvent des salaires inférieurs à 2000».

Et que pense-t-il des salaires pratiqués dans l'agriculture? «En 1993, lorsque j'ai commencé à travailler chez des maraîchers suisses, se souvient Robert, je gagnais 1500 francs net par mois. Aujourd'hui, plus personne n'accepte de travailler pour ce prix là».

Et d'ajouter: «c'est vrai que certains étrangers - ceux qui se font embaucher au noir pour de courtes durées - se contentent parfois de salaires encore plus bas. Mais ils représentent une petite minorité».

A en croire les travailleurs illégaux croisés dans les exploitations maraîchères romandes, les moins bien lotis sont encore ceux qui bénéficient d'un contrat officiel. Pour preuve, dans les exploitations vaudoises, durant la première année, leurs salaires avoisinent généralement les 2300 francs net par mois. Logement et nourriture non compris.

«Aujourd'hui, les patrons savent qu'ils doivent payer un peu plus s'ils veulent garder les bons éléments». Chef d'équipe dans une exploitation vaudoise, Saso est au bénéfice d'un permis C et il travaille pour le même maraîcher depuis douze ans déjà.

«Au fil des années, raconte ce Macédonien, la main-d'œuvre est devenue rare. Les Portugais qui venaient habituellement préfèrent aujourd'hui s'engager dans le secteur de la construction. Ils acceptent nos contrats seulement lorsqu'ils sont sans boulot. Et, quand ils trouvent quelque chose de mieux, ils nous lâchent».

Saso en sait quelque chose. Trois des cinq saisonniers portugais engagés cette année, avec des contrats de courte durée, ne se sont pas présentés. Et il a fallu les remplacer au pied levé par des sans papiers.

«Aujourd'hui, on a une équipe qui bosse bien, soupire Saso. Il y a des gens qui travaillent ici depuis plusieurs années. Je ne comprends pas pourquoi les autorités refusent de régulariser la situation».

Un refus tout aussi incompréhensible pour Nasim, chef de culture d'origine marocaine. «Dans le secteur, les employeurs n'ont pas les moyens de payer plus. La concurrence étrangère est trop forte. Plus de 50% des légumes vendus en Suisse viennent de l'étranger. Et je peux vous assurer que le travail au noir est bien plus courant et plus sale, à l'étranger».

Et Nasim de conclure: «pour survivre, en Suisse, la profession est contrainte de vivre dans l'illégalité. Il est clair que cette situation permet certains abus».

Vanda Janka

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