Les mines menacent la reconstruction de l'Irak

Le déminage est un travail très méticuleux et très lent.

(Keystone)

Pour les organisations humanitaires, il faut plus de 10 ans pour dégager les millions de mines et de munitions non explosées d'Irak.

La Fondation suisse de déminage doit commencer à déminer la semaine prochaine pour sécuriser la distribution de l'aide.

La Fondation suisse de déminage (FSD) a précisé lundi que quatre équipes de cinq personnes chacune ont été prépositionnées dans les pays voisins : deux au Koweït, une en Iran et une en Jordanie.

Les équipes du Koweït font actuellement des incursions sur les champs de bataille irakiens pour établir un premier état des lieux.

«Toutes les informations sont transmises au Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, qui a donné mandat à la FSD de sécuriser les livraisons et la distribution de l'aide humanitaire », précise Eric Vuillemin, chargé des relations publiques de l'ONG.

La FSD, qui a reçu le feu vert de l'ONU pour entamer les opérations de déminage dès la semaine prochaine, s'attend à devoir faire face à toute la gamme des armes utilisées dans le pays, des simples mines et pièges datant de la guerre Iran-Irak jusqu'aux mines anti-char, aux bombes guidées par laser et aux munitions à fragmentation.

Les équipes de la FSD vont aussi commencer à former ces prochains jours environ 80 démineurs irakiens, première étape d'une prise en main du programme par des spécialistes locaux.

La FSD a opéré ou opère en Bosnie, Croatie, Kosovo, Albanie, Afghanistan, Tadjikistan, Sri Lanka, Angola et Soudan. Elle est financée par des dons privés, des contributions de gouvernements ou par des organisations humanitaires internationales.

«Il faut souvent déminer avant de pouvoir acheminer l'aide humanitaire et, à plus long terme, reconstruire et développer un pays», explique Ian Mansfield, directeur des opérations auprès du Centre international - une institution soutenue par la Confédération.

«Simplement en nous basant sur la situation qui existait avant le présent conflit, nous pouvons dire qu'il faudra certainement des années pour déminer la terre irakienne», poursuit-il.

Un processus très lent

Le nettoyage est rendu d'autant plus difficile que les démineurs manquent d'informations. Ils ne savent pas où et comment les diverses munitions ont été employées.

Or le déminage est un travail très méticuleux. «C'est très dur si vous ne savez pas ce qui s'est passé et qui a fait quoi», explique Ian Mansfield.

«Le déminage est également un travail très lent, poursuit-il. Particulièrement lorsque les engins sont enterrés autour des villages, sur les routes et près des points d'eau.»

«Vous devez contrôler le terrain littéralement centimètre par centimètre, dit-il encore. Pour y parvenir, on utilise des détecteurs de métaux, des chiens ou aussi des machines.»

Des millions de mines antipersonnel

Il est impossible de dire combien il y a de mines antipersonnel en Irak. Mais l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch estime qu'elles se comptent par millions.

Le minage du pays a commencé bien avant la présente guerre. Leur dispersion a déjà eu lieu lors du conflit qui a opposé l'Iran à l'Irak durant les années 80 et lors de la première guerre du Golfe en 1991.

«Je suis allé du côté iranien de la frontière, commente Ian Mansfield. J'ai vu des milliers de tranchées avec des fils de fer barbelés et des mines qui sortaient du sol. J'imagine que ce doit être la même chose du côté irakien.»

«En 1991, des mines ont été posées dans la zone kurde au nord de l'Irak, poursuit-il. Il y avait donc déjà un problème de mine dans ce pays et je suis persuadé que le présent conflit ne va pas améliorer les choses.»

Des bombes à fragmentation

Selon Human Rights Watch, les mines ne sont pas les seules armes qui posent problèmes aux démineurs en Irak.

L'ONG a récemment accusé les Etats-Unis d'y utiliser des bombes à fragmentation, des armes qui ont la fâcheuse tendance à enregistrer un nombre de ratés élevé.

«Les bombes à fragmentation sont dispersées en grand nombre, explique Ian Mansfield. Chaque conteneur peut en renfermer 600 ou 700. Et même si elles restent à la surface du sol, elles sont difficiles à voir en raison de leur petite taille.»

«Les Etats-Unis ne devraient pas employer ce genre d'armes, s'indigne Steve Goose, responsable du département armes auprès d'Human Rights Watch. Les civils irakiens en payeront le prix avec leurs vies et leurs membres pendant des années.»

Du côté de l'armée américaine, c'est le silence radio. Les autorités militaires n'ont pas indiqué si elles avaient utilisé ce type de bombes durant leur campagne contre Saddam Hussein.

Une polémique également en Suisse

La polémique sur les bombes à fragmentation est également vive en Suisse. En effet, le fabriquant d'armes RUAG - une entreprise aux mains de la Confédération - continue à fabriquer des armes à fragmentation pour les chars de l'armée suisse alors qu'elles ont été interdites dans les forces aériennes.

«La production a été arrêtée pour des raisons humanitaires et le stock d'armes à fragmentation destiné à l'aviation a été détruit», déclarait récemment le porte-parole du ministère suisse de la Défense Oswald Sigg dans le quotidien Tages-Anzeiger.

Contacté par swissinfo, le service de presse de l'entreprise RUAG n'était pas atteignable.

swissinfo, Anna Nelson, Genève
(traduction: Olivier Pauchard)



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