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Les musulmans ne doivent pas être des boucs émissaires

(Keystone)

La Commission fédérale contre le racisme (CFR) lance un appel à la tolérance face aux 340.000 musulmans de Suisse.

Dans une prise de position publiée vendredi à Berne, elle dénonce la discrimination que subissent ceux-ci et réclame un engagement actif contre les préjugés.

La situation politique mondiale a fait des musulmans de Suisse «les nouveaux boucs émissaires dans le débat public», constate la CFR. Ils «sont souvent calomniés à titre collectif pour des événements lointains», constate la CFR, qui s'inquiète de l'islamophobie ambiante.

Elle appelle la population, l'économie et les autorités à la tolérance et à l'égalité de traitement, notamment pour la construction d'édifices religieux et dans le domaine scolaire.

La discrimination en raison de la confession musulmane «est un fait». Elle touche les musulmans - plus de 340.000 personnes originaires de plus de 100 pays - davantage que d'autres minorités, a relevé la vice-présidente de la commission Boël Sambuc, vendredi devant la presse. Alors que seuls 15 % se disent pratiquants, l'aspect religieux domine dans le débat, a-t-elle déploré.

Pour la CFR, «les hommes et les femmes appartenant à cette minorité religieuse se voient parfois refuser la naturalisation à cause de leur confession». En outre, «les préjugés anti musulmans rendent aux jeunes la tâche difficile lorsqu'il s'agit de trouver une place d'apprentissage».

«S'il est évident que toute atteinte à l'ordre juridique suisse doit être punie, les actes qui pourraient être commis (crimes d'honneur, mariages forcés, mutilations sexuelles) par des individus isolés ne doivent pas être interprétés comme étant la preuve de l'infériorité culturelle et de l'incompatibilité de l'Islam avec la société suisse», expliquent par ailleurs les responsables de la CFR dans leur prise de position.

Engagement contre les préjugés

Le rapport montre les mécanismes de discrimination dans la vie de tous les jours, ainsi que le poids du soupçon collectif pesant sur les musulmans, a souligné Mme Sambuc. L'analyse est accompagnée de recommandations, dans le sens du slogan «Tous différents - tous égaux».

Outre un engagement actif contre les préjugés, le respect des obligations légales et la reconnaissance juridique des communautés musulmanes, des améliorations dans des domaines spécifiques comme les constructions sont demandées.

Pour la commission, aucune autre minorité ne jouit d'aussi peu de compréhension à l'égard de ses besoins en matière de lieux de culte. La controverse autour du minaret de Wangen (canton de Soleure), notamment, en est un exemple.

En relation avec la controverse sur la construction de minarets à Berne et Soleure, la CFR recommande aux autorités cantonales et communales d'interpréter «avec souplesse» le règlement des constructions et les plans de zone pour permettre la création de centres religieux et de bâtiments de culte. Dans ce contexte, la commission en profite pour encourager les autorités à ne «pas plier devant la pression populiste».

Les règlements sur les cimetières, eux, doivent être modifiés de sorte que les musulmans puissent être enterrés selon leurs rites dans les cimetières publics. Leur ouverture aux besoins d'autres minorités religieuses doit aussi être discutée.

Enseignement et médias

La commission est par ailleurs favorable à la création de chaires d'enseignement des sciences religieuses islamiques dans les universités publiques. De manière générale, la scolarité doit être adaptée à la réalité multi-religieuse, ce qui peut toucher l'organisation de l'école, l'enseignement, les programmes, les moyens didactiques et la conception des disciplines.

Il faut encourager sans discrimination l'enseignement religieux dans les locaux de l'école en prévoyant l'infrastructure nécessaire. L'égalité de traitement de toutes les religions doit être garantie dans l'octroi de dispenses et la mise en œuvre d'une règlementation des jours fériés.

Quant aux médias, la commission aimerait qu'ils évitent les stéréotypes et les formulations reflétant un soupçon collectif à l'encontre des musulmans.

A noter que le document ne demande pas l'élaboration d'une loi sanctionnant les discriminations, à l'instar de celle existant sur l'égalité. L'absence d'une telle loi, qui serait le prolongement des droits fondamentaux garantis, constitue certes une «lacune». Mais il serait «vain», vu la situation actuelle, de poser cette exigence à ce stade, explique Boël Sambuc.

swissinfo et les agences

En bref

- Au début des années 90, la Suisse a dû réviser son Code pénal pour pouvoir adhérer à la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

- En 1994, le référendum lancé par les opposants a été repoussé par près de 55% des voix.

- Depuis 1995, le Code pénal interdit la discrimination et l'atteinte à la dignité d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, et il punit le négationnisme.

- L'infraction concernée par cet article est poursuivie d'office par les autorités judiciaires.

- Une nouvelle loi révisée est en préparation. Elle vise à lutter plus efficacement contre le hooliganisme et la propagande incitant à la violence.

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Commission fédérale contre le racisme

La Commission fédérale contre le racisme (CFR) a été créée en 1995. Elle est l'expression concrète de l'engagement du gouvernement (Conseil fédéral) en faveur de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie et l'extrémisme de droite.

Elle est chargée de combattre toute forme de discrimination raciale directe ou indirecte et elle attache une importance particulière à la prévention.

La CFR s'emploie aussi à promouvoir une meilleure entente entre les personnes de race, couleur, provenance ethnique ou religieuse, et religion différentes.

C'est Service de lutte contre le racisme (SLR) qui l'interlocuteur privilégié de la Confédération en la matière.

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