Les patrons ne sont pas à la fête

Le crash de Swissair et l'"affaire" Mario Corti ont servi de détonateur. Le crash de Swissair et l'"affaire" Mario Corti ont servi de détonateur.

Depuis la débâcle de Swissair, les actionnaires et les salariés n'hésitent plus à mettre les chefs d'entreprises sur la sellette. Notamment le 1er mai.

Ce contenu a été publié le 30 avril 2002 - 20:38

Reproches de mauvaise gestion, critiques sur le cumul des mandats, incitations à dévoiler leur salaire. Depuis plusieurs mois, les patrons helvétiques traversent une zone de fortes turbulences.

La faillite de Swissair a servi de détonateur pour mettre à jour les dysfonctionnements du système suisse de «gouvernement d'entreprise», c'est-à-dire les relations entre les patrons, les actionnaires et les salariés.

Après 70 ans d'histoire, la compagnie aérienne intercontinentale s'est écroulée comme une banale entreprise locale. Un désastre pour l'image d'excellence de la Suisse et pour la réputation de ses dirigeants.

Chute de crédibilité

Mais le crash de la compagnie nationale n'est que la pointe de l'iceberg du mal suisse. Les bouillons retentissants se sont multipliés. Banque, industrie, tourisme, commerce, aucun secteur n'a échappé aux problèmes et aux remises en causes.

Résultat, les réflexions critiques se sont multipliées en Suisse sur les capacités des organes dirigeants des sociétés et sur leur salaire. Même economiesuisse, la très conservatrice organisation des milieux patronaux, a admis que le fonctionnement des entreprises posait un problème.

Une analyse confirmée par le rapport 2002 sur la compétitivité dans le monde que vient de publier l'institut lausannois IMD (Institute for Management Development). En un an, la Suisse a régressé de la 17e à la 31e place en ce qui concerne la crédibilité des conseils d'administration et des managers.

«Le succès des entreprises suisses leur a donné le sentiment d'avoir trouvé des solutions performantes qui les mettaient à l'abri des difficultés rencontrées dans d'autres pays. Les dirigeants se sont endormis sur leurs lauriers», résume Raphaël Cohen, qui enseigne la création d'entreprise à l'Université de Genève.

Le tabou de l'argent brisé

«Il y a souvent une inadaptation entre le marché dans lequel évolue l'entreprise et son conseil d'administration qui raisonne selon un mode de pensée trop suisse», ajoute le sociologue Pierre Weiss.

Face à la pression des actionnaires et du monde politique, de nombreux patrons ont levé un tabou suprême et dévoilé leur salaire. Une situation impensable il y a encore un an. La pression des investisseurs a aussi forcé, par exemple, Rolf Hüppi à quitter son poste à la tête de Zurich Financial Services.

Les économistes considèrent que les crises sont des opportunités pour rebondir. Reste à savoir si ces bouleversements vont définitivement sonner le glas du système suisse de management qui privilégie la recherche de consensus, la prudence face aux modes ou aux changements, les amitiés, le pragmatisme et un goût marqué pour l'indépendance.

Régulièrement des voix s'élèvent pour réformer le modèle helvétique et ses structures économiques. Entre 1991 et 1997, alors que le pays subissait sa pire récession depuis les années 30, on dissertait déjà sur la nécessité d'un changement en profondeur. En vain.

swissinfo/Luigino Canal

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