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Les pilotes de Swissair, de la fierté à l'incertitude

Alex Schönenberger voit son salaire baisser de 35%. swissinfo.ch

L'effondrement de la compagnie nationale a été vécu comme un choc. Les pilotes n'ont pas perdu leur travail, mais ils ont perdu un rêve.

Ce contenu a été publié le 29 mars 2002 - 10:12

L'automne dernier, la Suisse a vu s'écrouler l'un de ses mythes les plus chers. Des milliers de personnes se sont retrouvées sans travail ou face à une incertitude totale sur leur avenir. Parmi elles, ceux qui étaient considérés, dans l'imaginaire collectif, comme l'élite: les pilotes.

De Belp à Swissair

«Contrairement à plusieurs collègues, je n'ai pas rêvé de devenir pilote depuis tout petit. Ou du moins pas consciemment», confie Alex Schöneneberger, Senior First Officer chez Swissair. Cela dit, ce co-pilote a grandi à Belp. A quelques pas de l'aéroport bernois.

Enfant, il regardait passer les avions. Une image familière qui ne pouvait pas le laisser indifférent. Il était fasciné par ces grands oiseaux de fer, mais aussi par l'ampleur du ciel. C'est sans doute pour cela qu'il a décidé plus tard d'étudier la physique, la géographie et la météorologie à l'université.

Quand Alex Schönenberger a pris ses premiers contacts avec Swissair, il n'avait pas encore terminé ses études. Il a alors demandé de pouvoir finir l'université avant de commencer sa carrière de pilote. Pour la compagnie, ce n'était pas perçu comme un obstacle, mais plutôt comme un atout.

Swissair, la tradition et l'esprit de famille

«C'était là l'une des grandes différences entre Swissair et Crossair, se souvient le co-pilote. Crossair attendait des pilotes qu'ils aient déjà une licence universitaire et qu'ils soient rapidement opérationnels. Peu importait leur provenance ou le temps qu'ils comptaient passer dans la compagnie.»

Pour devenir pilote de Swissair, ce n'était pas suffisant de montrer que l'on savait voler. Il fallait aussi être disposé à rester plusieurs années dans la compagnie. En fait, c'était un peu comme faire partie d'une grande famille.

«J'étais fier de mon travail, poursuit Alex Schönenberger, qui a environ 5000 heures de vol à son actif. L'identification à la compagnie était très forte. Je ne peux pas dire que ce n'est plus le cas aujourd'hui, mais ce n'est plus tout à fait pareil.»

La faillite et ses conséquences

La crise de Swissair était sans doute dans l'air depuis quelques temps. «Pourtant, parmi les pilotes, personne ne pouvait s'imaginer ce qui allait arriver. Cela a été un coup dur. Nous n'étions pas préparés émotionnellement», confie encore le co-pilote.

Après le grounding, quelques-uns de ces collègues ont eu recours au soutien psychologique proposé par la compagnie. Lui ne l'a pas fait. Mais tout n'a pas été facile pour autant.

Les mois qui ont suivi ont été les plus pénibles. Il fallait continuer à travailler pour une compagnie moribonde. Travailler en équipe, avec des gens tristes, désabusés et stressés. Un véritable test de résistance!

Janvier, février, mars: trois mois de longue attente, de tension. Et enfin le contrat de Swiss, arrivé il y a quelques jours seulement. Désormais, Alex Schönenberger sait qu'il a un emploi, mais son salaire et la caisse de pension ont été réduits de 35%.

Jusqu'ici, un pilote de Swissair ne gagnait pas beaucoup plus que les pilotes des autres compagnies aériennes. Ils étaient dans la moyenne, selon Christoph Ulrich, responsable d'Aeropers, le syndicat des pilotes Swissair. Maintenant le niveau est inférieur de 35% en comparaison européenne. Et l'écart est encore plus net comparé aux Etats-Unis.

La passion des airs

Malgré cela, Alex Schönenberger n'a pas pensé à émigrer. Sa vie est en Suisse, le plus près possible de sa famille et de ses amis. Il songe plutôt à changer de métier.

Mais, pour l'instant, sa passion pour le vol l'emporte. «C'est la physique appliquée qui m'a toujours intéressé. Celle que l'on pratique dans le vent et la tempête, et non dans les laboratoires», précise le co-pilote.

Pour cette passion, il a toujours été prêt à faire des sacrifices. Etre loin de chez lui et faire des horaires irréguliers, par exemple. Ou encore être sous pression en permanence pour être au mieux de sa forme, physiquement et mentalement.

C'était aussi le prix à payer pour avoir des conditions salariales enviables. A une époque. Aujourd'hui, il n'est plus certain que le jeu en vaut la chandelle. Son fils n'a pas encore exprimé le souhait d'être pilote, comme papa. Et s'il le faisait? «Pourquoi pas! Mais je pense qu'il aurait encore le temps de changer d'idée...»

swissinfo/Raffaella Rossello

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