Les pilotes russes ont reçu des ordres contradictoires

Les pilotes du Tupolev ont obéi à la tour de contrôle et non à leur système embarqué. Keystone Archive

C'est ce que révèlent les boîtes noires des deux avions entrés en collision la semaine passée au-dessus du lac de Constance.

Ce contenu a été publié le 09 juillet 2002 - 00:00

L'examen des boîtes noires fait apparaître que les systèmes d'alerte automatique ont émis des instructions simultanées, ordonnant à l'avion russe de monter et au Boeing 757 de la société américaine de fret DHL de descendre, environ 45 secondes avant la collision. C'est ce qu'ont indiqué lundi les enquêteurs allemands.

Une question de seconde(s)

Mais une seconde après ces alertes automatiques, la tour de contrôle de Zurich-Kloten, en charge de l'aiguillage aérien dans cette zone, a demandé à l'avion russe de descendre, selon les enregistrements des conversations cockpit.

Le pilote du Tupolev des Bashkirian Airlines n'ayant pas immédiatement répondu à l'ordre de la tour, les contrôleurs suisses l'ont répété 14 secondes plus tard. Le pilote russe a alors réagi, mais on n'était plus qu'à 30 secondes du choc à 10'500 mètres d'altitude.

Le chef du bureau d'enquêtes helvétique sur les accidents d'aviation, Jean Overney, a pour sa part affirmé qu'il ignorait les règles à suivre par les pilotes russes en cas de conflit entre les instructions des contrôleurs et le système anticollision de leur appareil. «En Occident, le pilote doit se conformer au système de l'avion», a-t-il toutefois indiqué.

Une pratique confirmée par Sepp Moser. Ce spécialiste de l'aviation parle même d'une «erreur» du pilote russe. Mais il nuance son propos: «il ne faut pas oublier que les pilotes russes ont tendance à obéir plutôt aux contrôleurs, car leurs ordinateurs ne sont pas très fiables».

En conclusion, Sepp Moser estime malgré tout que la responsabilité première de l'accident incombe à Skyguide. Car les systèmes informatiques d'urgence ne sont qu'un filet de secours.

Rôle de Skyguide

En Suisse, le parquet de Bülach a ouvert une enquête pour déterminer le rôle des aiguilleurs de Skyguide dans le drame. Il a confié les pouvoirs correspondants à sa section aéroportuaire.

Le bureau du procureur a refusé de donner plus d'informations sur l'enquête. Il a toutefois laissé entendre que les poursuites se limiteraient à l'homicide par négligence et à la perturbation par négligence du trafic public.

Ligne occupée

Avant l'annonce relative aux boîtes noires, le centre de contrôle de Karlsruhe, dans le sud de l'Allemagne, avait confirmé avoir tenté, en vain, de joindre les aiguilleurs du ciel suisses durant les deux minutes précédant la collision. Les contrôleurs allemands avaient guidé le Tupolev TU-154 et le Boeing 757 avant de passer le témoin à Skyguide.

La seule ligne en service chez Skyguide était occupée, a confirmé Axel Raab, porte-parole du contrôle aérien allemand à Langen. Les aiguilleurs allemands venaient alors de capter une alarme anticollision et voulaient aviser leurs collègues suisses en charge du contrôle aérien dans le sud de l'Allemagne.

Double hommage aux victimes

Rappelons que la catastrophe a provoqué la mort de 71 personnes. Pour l'heure, seuls 43 corps ont pu être identifiés.

Un avion cargo russe en a rapatrié 33 lundi dans l'Oural, à l'occasion de la cérémonie organisée à Oufa, ville de la république russe du Bachkortostan (ex-Bachkirie) d'où étaient originaires les enfants décédés.

Le président Vladimir Poutine, qui était en déplacement hors de Moscou, a fait le voyage d'Oufa en début de soirée pour rendre hommage aux jeunes victimes de l'accident. Selon les agences de presse russes, le chef du Kremlin, dont le programme ne prévoyait pas cette escale, s'est immédiatement rendu au cimetière de la ville.

Le Premier ministre local, Rafaïl Baidavletov, a lu un message de sympathie aux proches des victimes. «Cette terrible tragédie a trouvé un écho non seulement dans le corps des citoyens du Bachkortostan, mais aussi dans toute la Russie et dans le monde entier», a-t-il dit.

Rafaïl Baidavletov a également annoncé qu'une deuxième cérémonie doit avoir lieu vendredi prochain dans la capitale de la république.

Des parents se sont opposés à ce que les enfants soient mis en terre dans une tombe commune, comme la proposition en avait été faite. Les corps devraient cependant être inhumés les uns près des autres au cimetière d'Oufa.

swissinfo avec les agences

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