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Les sirènes francophones attirent les pays de l’Est

Dans les pays de l’Est, la francophonie se mesure à l’aune de l’enseignement du français. La Roumanie remporte le pompon avec 9300 professeurs.

(AFP)

Depuis la chute du Mur de Berlin, 5 ex-pays socialistes sont devenus membres de l’Organisation internationale de la francophonie et 11 membres observateurs. Cet élargissement a profité à l’UE, qui compte 14 Etats francophones. Un intérêt pas si étrange qu’il n'y paraît.

Gilbert Casasus, directeur du centre d’études européennes de l’Université de Fribourg, ne s’étonne pas: «Il y a un élément de conjoncture politique évident, mais d’autre part, on oublie le rôle de la fascination pour le français dans les pays de l’Est durant la Guerre froide, surtout dans les années 50 et 60.»

Et de rappeler le succès de «Nathalie», la chanson de Gilbert Bécaud (1964). «Plus sérieusement, poursuit l’historien, le voyage de Charles de Gaulle à Moscou en 1966 avait laissé un souvenir très vivant et, surtout, les liens avec le Parti communiste français ont créé un terreau favorable.»

Depuis 1989, les «petits frères» ont dû se désenclaver et créer un réseau international. Nombre d’entre eux privilégient le français comme langue administrative et ont besoin d’un outil de travail diplomatique. Mais en réalité, les choses sont un peu plus compliquées.

«Ils sont antirusse, langue qui leur avait été imposée, mais il est difficile d’affirmer que c’est au bénéfice du français, plutôt que de l’américain et de l’allemand, poursuit Gilbert Casasus. D’autant que les gens qui parlaient français autrefois étaient liés à la nomenklatura, et donc au passé communiste, voire aux élites aristocratiques d’avant la Révolution.»

UE et francophonie: même combat

«Au niveau de l’Union européenne (UE), le français reste une langue de travail pour des pays non francophones et se voit ainsi considérablement renforcé à Bruxelles», affirme David Bongard, chef (suisse) de l’antenne régionale de l’OIF pour les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO).

Pas besoin d’être francophone pour adhérer à l’OIF, il suffit d’«œuvrer pour le rayonnement de la langue française, le dialogue des cultures et la culture du dialogue», précise la Charte.

«L’intérêt pour la francophonie est à géométrie variable, poursuit David Bongard. Il y a des pays où les locuteurs sont traditionnellement importants (les pays Balkaniques) et d’autres quasi-inexistants. Mais ces derniers s’intéressent aux autres missions de l’OIF: droits de l’homme, éducation, diversité culturelle et développement durable. L’OIF participe donc aussi à la diversité linguistique puisqu’elle travaille en français dans ces domaines.»

Francophonie «post-soviétique»

Membre de l’OIF depuis 1991, la Roumanie est traditionnellement proche de la francophonie, relève David Bongard, lui-même stationné à Bucarest. «On estime qu’il y a 5 à 6 millions de francophones pour 22 millions d’habitants. L’allemand (les minorités sudètes sont parties) et le russe ont décliné au profit de l’anglais, mais le français, 2e langue enseignée, a résisté.»

De manière générale, les professeurs de français (la France en a recensés 700'000 dans le monde entier) jouent un rôle important dans le rayomment de la langue de Voltaire.

«La Slovaquie n’a pas de liens traditionnels avec le français mais, depuis une dizaine d’années, cette langue est très bien enseignée dans toutes les grandes villes, à l’initiative notamment de la France», relève Jacques Hoflack, journaliste de la Radio slovaque internationale.

Mais les Slovaques obéissent surtout à un intérêt géopolitique, poursuit ce dernier: «En s’insérant dans de grands groupes linguistiques, ils peuvent mieux se faire entendre, d’autant que l’OIF cherche à accroître son poids politique au niveau international.»

Il y a donc un grand pragmatisme. «Ces pays savent très bien ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, confirme Gilbert Casasus. Sur les questions stratégiques, l’OIF n’offre pas les meilleurs atouts, mais sur le plan économique et politique, elle permet de se créer un énorme réseau international.»

Stopper le déclin du français

Autre exemple: la Serbie, où le français est aussi la 2e langue étrangère enseignée. «C’est un instrument important, à commencer pour notre intégration à l'UE. Mais le français prolonge aussi notre position de pays non aligné du temps de la Yougoslavie, indique Vladimir Nesic, ministre-conseiller de l’ambassade de Serbie à Berne. Nous avions alors déjà établi d’excellents rapports avec nombre de pays africains et asiatiques francophones. Notre intérêt déborde donc sur le monde entier.»

L’Ukraine surfe elle aussi sur le français pour parvenir à son but: adhérer à l’UE, confesse Alexandre Plevako, diplomate. «L’anglais est la langue des affaires, mais le français est la langue de la culture, de la politique et de la diplomatie.»

L’attaché à l’ambassade d’Ukraine à Berne évoque lui aussi la piste extra-européenne: «Nous voulons nous implanter en Afrique, où nous avons déjà une dizaine d’ambassades dans des pays francophones.»

Certains, notamment en France, craignent que l’élargissement à ces nouveaux Etats rende la communauté francophone de plus en plus hétéroclite. Mais Alexandre Plevako riposte avec ce paradoxe: «La France étant en perte de vitesse, notre soutien à l’OIF nous permettra de contribuer à faire progresser à nouveau le français dans le monde».

«Le grand problème, c’est que le monde francophone n’a pas développé de vision politique et en est resté à une vision un peu passéiste, relève encore Gilbert Casasus. L’OIF doit évoluer et sa grande chance est de jouer à la fois la carte politique et culturelle. Je suis convaincu que ce n’est pas par des biais économiques ou commerciaux qu’elle y arrivera.»

CQFD: pour éviter que la crise de l’espace francophone ne se répercute aussi dans les pays de l’Est, l’OIF doit se donner une nouvelle image afin d’acquérir un réel poids politique comparable à celui du Commonwealth des Anglo-Saxons.

Organisation mondiale de la francophonie

Forte d’une population de plus de 870 millions de personnes et de 200 millions de locuteurs de français dans le monde, OIF a pour mission de donner corps à une solidarité active entre ses membres.

Présidée depuis 2003 par Abdou Diouf, ex-président du Sénégal, elle réunit 70 États et gouvernements (56 membres et 14 observateurs), soit plus du tiers des États membres de l’ONU et 14 qui sont également membres de l’UE.

Fondée en 1970 sur la base du Traité de Niamey (Niger), sa mission est de promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique; promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme; appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche; développer la coopération au service du développement durable.

En 2007, son budget s’élevait à 79,3 millions d’euros et elle employait 328 personnes au siège de Paris ou dans les unités externes.

Les quatre opérateurs spécialisés sont: l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), la chaîne internationale de télévision TV5, l’Association internationale des maires francophones (AIMF) et l’Université Senghor.

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Pays de l’Est à l’OIF

Membres:
Albanie (depuis 1999)
Arménie
Bulgarie (1991)
Macédoine (2001)
Moldavie (1996)
Roumanie (1991).

Observateurs:
Autriche (2004)
Croatie (2004)
Géorgie (2004)
Lettonie (2008)
Lituanie (1999)
Pologne (1997)
Tchéquie (1999)
Serbie (2006)
Slovaquie (2002)
Slovénie (1999)
Ukraine (2006).

Etat associé:
Arménie (2008).

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