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Les souvenirs de Boris Mange, Suisse de Sibérie

Boris Mange et sa famille ont vécu la famine en URSS sous le règne de Staline.

Etonnante destinée que celle de ce Vaudois dont l'ancêtre émigra en Russie avant de revenir en Suisse en 1933, fuyant la famine et Staline. Boris Mange vit aujourd'hui au Canada, où il fabrique des souvenirs pour les prochains JO de Vancouver en 2010.

«Quand j'étais écolier, à Lausanne, le maître m'avait demandé de raconter ma vie sous le règne de Staline. J'avais écrit combien nous étions pauvres et affamés, mais que, par bonheur, nous avions notre patrie, la Suisse», raconte Boris Mange dans les mémoires rédigées à Vancouver, où il vit aujourd'hui sur la côte ouest du Canada.

«Le maître m'avait demandé si j'avais des preuves, m'accusant d'inventer des histoires. Bien des années après l'ère de Gorbatchev, on m'a demandé pourquoi je n'avais pas témoigné des souffrances de ma famille. Je l'avais raconté, mais personne ne m'avait cru!»

Ferme et moulin à colza

Originaire de Rougemont dans les Alpes vaudoises, une branche de la famille Mange a émigré en Russie tsariste en 1824. Comme des centaines de familles vaudoises contraintes à l'exil au XIXe siècle par les famines qui ont suivi les guerres napoléoniennes, un certain Samuel Mange a quitté le Pays de Vaud pour la colonie suisse de Chabag, près d'Odessa, au bord de la mer Noire.

On retrouve trace de leur fils Edouard, quelques décennies plus tard à Sarata, une autre colonie – allemande celle-là – également située dans la région appelée alors Bessarabie. Edouard Mange meurt de tuberculose en 1916. Son fils Wladimir (qui a gardé le passeport suisse) émigre en Sibérie, à Isilkul, puis à Ekaterinovka, où il a acheté ferme et moulin à colza.

Boris Mange se souvient des vaches, des chevaux, des poules et des oies de ses grands-parents. «Un chasseur avait même tiré un loup. Je me rappelle encore de ses grandes dents qui avaient terrifié l'enfant que j'étais. Notre vie bascula en 1929 quand Staline prit définitivement le pouvoir. Des milliers de familles de la région furent déportées dans les mines et camps de travail du nord et de l'est de la Sibérie».

Les Mange et leurs quatre garçons s'enfuient aussitôt à Koustanaï (aujourd'hui au Kazakhstan), la ville d'origine de la mère de Boris, tandis que le père – gravement atteint de tuberculose- et la grand-mère sont autorisés à quitter l'URSS pour Lausanne, d'où était parti l'aïeul en 1824: «Quand ma mère a appris le décès de mon père en Suisse, elle pleurait des jours entiers. Nous ne savions pas pourquoi. Elle ne pouvait pas nous le dire. Si les autorités soviétiques avaient été au courant du décès de notre père, nous n'aurions pas reçu l'autorisation de quitter l'URSS.»

Des cas de cannibalisme

Sous Staline, les habitants affamés meurent par millions: «A Koustanaï, grande région productrice de céréales, les récoltes étaient confisquées pour ravitailler les centres industriels. Nous ramassions du bois flottant dans la rivière ou celui des maisons abandonnées. Nous nous éclairions avec des lampes à pétrole ou des bougies. C'était aussi la recherche constante de nourriture. Il n'y avait rien à acheter dans les magasins, rien dans les armoires. Il nous arrivait de glaner des grains de blé tombés des trains.»

«Nous mangions des herbes et des fruits sauvages, voire du pain fait avec un mélange de farine et de sciure qui écorchait nos intestins. Heureusement, il y avait les paquets de la Croix-Rouge que nous envoyait notre grand-mère depuis la Suisse: du fromage, du jambon, du chocolat... Il y eut même des cas de cannibalisme. Notre mère nous recommandait de ne pas approcher des inconnus», raconte Boris Mange dans son livre qui sera également traduit en français.

La boucle est bouclée

Après avoir enfin obtenu l'autorisation de quitter l'URSS pour la Suisse, les quatre garçons et leur mère arrivent en train à Lausanne, via Moscou, en août 1933. Boris Mange va apprendre le métier de bijoutier, tout en fréquentant la communauté russe. Il effectue son service militaire dans la DCA en 1944. C'est à Montreux qu'il rencontre sa future épouse avec laquelle il décide d'émigrer au Canada, en bateau, en avril 1955.

Boris Mange a aujourd'hui 84 ans. Avec sa femme Ursula et ses enfants Mike et Jocelyne, il est toujours actif dans sa manufacture de Vancouver, où il emploie une soixantaine de personnes.

Leur société Panabo produit des objets souvenirs pour les prochains Jeux olympiques d'hiver de 2010: cravates, foulards, petites cuillères et autres bibelots revêtus des anneaux olympiques. Ainsi, la «boucle est bouclée» pour ce Suisse de Russie qui a transité par Lausanne, la ville olympique, pour reprendre souche sur la côte ouest du Canada.

swissinfo, Olivier Grivat

fait marquant

«A Long, Long Way», A Life in Siberia, Switzerland and Canada, par Boris Mange, Ed. Tribute Books, www.tributebooks.ca

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La colonie suisse de Chabag

En juillet 1822, juchés sur leurs chariots tirés par des chevaux, une demi-douzaine de vignerons vaudois - accompagnés de leur famille - quittent Vevey avec armes et bagages pour la région d'Odessa, au bord de la mer Noire. C'est Louis-Vincent Tardent, un botaniste des Ormonts, dans les Alpes vaudoises, qui mène le convoi.

Il va mettre trois bons mois pour rejoindre les domaines concédés par le tsar Alexandre II. Des dizaines de familles vont suivre la même route. On y plantera la vigne et produira du vin célébré par le poète russe Pouchkine.

Baptisée Chabag («jardins d'en-bas» en turc), la colonie va croître et multiplier jusqu'à la Première guerre mondiale où elle sera rattachée au royaume de Roumanie, comme la Bessarabie dont elle fait partie. Naissent ainsi des générations de colons suisses dont la langue maternelle sera le russe, puis le roumain.

Durant la Seconde guerre mondiale, l'arrivée de l'Armée rouge force les Suisses à retourner au pays. Retenu au village suite à un accrochage avec un char soviétique, le maire David Besson sera exilé en Sibérie. De rares familles de lointaine origine suisse vivent encore dans le village rebaptisé Chabo.

* «Les vignerons suisses du tsar» ,par Olivier Grivat, Ed. Ketty & Alexandre, Chapelle-sur-Moudon (VD)

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