Les Suisses ont voté

Des quantités de bulletins à dépouiller. Keystone

Les citoyens suisses se sont prononcés dimanche sur trois objets. Le plus émotionnel concernait l'interdiction de construire des minarets. Ils devaient aussi donner leur avis sur une interdiction d'exporter du matériel de guerre et sur un objet plus technique ayant trait à la taxation du kérosène.

Ce contenu a été publié le 29 novembre 2009 - 12:02

Objet le plus débattu des votations fédérales du 29 novembre, l'initiative anti-minarets était soutenue par l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) et l'Union démocratique fédérale (UDF / droite chrétienne). Elle demande que l'édification de tels monuments soit désormais interdite en Suisse.

Les partisans de l'initiative considèrent en effet que les minarets ne sont pas indispensables à la pratique de l'islam, mais qu'ils constituent plutôt le symbole d'un islam conquérant.

Au nom de la liberté religieuse

L'ensemble des autres partis – à gauche comme à droite – rejettent cette proposition.

Ils considèrent notamment qu'une telle interdiction irait à l'encontre du principe de la liberté religieuse et qu'elle aurait pour effet de stigmatiser les quelque 4% de musulmans qui habitent en Suisse.

Le gouvernement a quant à lui fait connaître sa position inhabituellement tôt. Dès le dépôt du texte, il s'y est opposé, insistant par la suite sur le fait qu'interdire les minarets vexerait inutilement le monde musulman et que l'image de la Suisse dans le monde s'en trouverait sérieusement écornée.

Selon les sondages, l'initiative devrait être refusée: 53% des personnes interrogées y sont en effet opposées alors que seulement 37% y sont favorables. Mais, comme souvent s'agissant de thèmes émotionnels et sensibles, reste à voir si les sondés ont réellement livré le fond de leur pensée...

L'armée en ligne de mire

Le second objet concerne également une interdiction. Une initiative lancée par le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) et soutenue par la gauche et des chrétiens engagés demande que la Suisse n'autorise plus les exportations d'armes, de munitions et de savoir-faire militaire vers l'étranger.

Les partisans de l'initiative avancent principalement des arguments moraux. Ils estiment que la Suisse, qui est notamment dépositaire des Conventions de Genève, doit servir de modèle et ne plus se livrer au «commerce de la mort».

Les opposants de droite avancent en revanche des arguments plus «terre à terre». Selon eux, une telle interdiction provoquerait la ruine de l'industrie d'armement suisse – avec à la clef des pertes d'emploi – et mettrait en péril la défense nationale.

Ces arguments ne font pas douter les partisans de l'interdiction. Pour eux, le secteur de l'armement peut se reconvertir dans des activités civiles – l'initiative demande d'ailleurs une aide fédérale de dix ans. Quant à l'armée suisse, il y a bien longtemps déjà qu'elle dépend des fournitures de l'étranger pour ses principaux systèmes d'armement.

Comme ce fut déjà le cas de propositions similaires par le passé, cette initiative ne devrait pas être acceptée. Les derniers sondages montrent que 50% des personnes interrogées ont l'intention de la refuser et que 39% seulement l'accepteraient.

Rendre à l'aviation...

Le troisième et dernier objet soumis au peuple est très technique. Il concerne la taxation du kérosène qui est utilisé pour les vols aériens internes à la Suisse.

Jusqu'à présent, cette taxe – environ 60 millions de francs par an – a été reversée à la caisse fédérale (un tiers) et à la circulation routière (deux tiers). Jugeant cette situation anormale, le Parlement et le gouvernement proposent de «rendre à César ce qui est à César» et de consacrer cette somme au financement de tâches dans le domaine de l'aviation, surtout au niveau de la sécurité.

Malgré quelques réticences du camp rose-vert, qui aurait préféré que cet argent serve davantage à la protection de l'environnement, personne n'a combattu ce projet. Les citoyens sont cependant invités à se prononcer, car en Suisse, les taxes sont inscrites dans la Constitution et doivent par conséquent recevoir l'aval du peuple et des cantons pour être modifiées.

Olivier Pauchard, swissinfo.ch

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