Les Suisses toujours plus nombreux dans le monde

Les Suisses sont partout, y compris dans le grand Sud chilien. swissinfo.ch

La crise? Quelle crise…? La grande peur dans l’économie mondiale n’a guère entamé une tendance de fond observée depuis des années: la Cinquième Suisse se dilate. Elle a augmenté de 1,3% l’an dernier et compte 685'000 personnes (+8798). Et ce n'est pas tout...

Ce contenu a été publié le 18 février 2010 - 11:22

Cette progression de 1,3% est une petite surprise, affirme Rudolf Wyder, directeur de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE). Malgré la récession, qui aurait pu pousser certains à rentrer, en retenir d’autres, l’accroissement suit son cours.

«C’est la poursuite d’un mouvement que nous connaissons depuis un certain nombre d’années, l’augmentation régulière de l’effectif, entre 8000 et 10'000 unités par année en moyenne.»

Pour être juste, on est dans le bas d’une fourchette qui s’est élargie vers le haut ces dernières années, avec une progression de 1,7% en 2006 et même de 3,6% en 2007. Mais la tendance est là.

Après la fourchette, les pincettes: on ne peut pas parler de 8798 émigrés supplémentaires. Entre le mouvement de va, celui de vient, le solde migratoire se situe ces dernières années aux alentours de 5000 Suisses qui quittent le pays. S’y ajoutent les naissances au sein de familles suisses de l’étranger et les acquisitions de la nationalité par des conjoints.

L’Asie, une tendance lourde

C’est l’Europe qui enregistre la plus forte progression en nombre absolu (+4946), selon les derniers chiffres du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Suivent l’Asie (+1790) et l’Amérique (+1461).

En proportion, l’Asie se taille la part du lion, avec une croissance de la population suisse de 4,7%. La hausse est faible dans les Amériques (+0,8%) alors que l’Union européenne, où vivent six Suisses de l’étranger sur dix, affiche +1,1%.

Cette progression de l’Asie n’est pas nouvelle, indique Rudolf Wyder. «Voyant la manière dont la majorité des pays asiatiques s’en sortent face à la crise, il est raisonnable de dire qu’ils attirent les Suisses qui partent.»

Par pays, la France accueille 1508 Suisses supplémentaires, l’Allemagne 1126, le Canada 666, l’Italie 491 et la Thaïlande 459. Le Japon et l’Inde, par contre, inscrivent des régressions qui surprennent le directeur de l’OSE, sans qu’il puisse apporter d’explication.

En proportion, outre Israël, qui poursuit sur le mode croissance (+4,3%), le Liban (+10,3%) et surtout les Emirats arabes unis (+13,2%) cassent la baraque. Dans ce dernier cas, «la hausse était encore plus forte l’an dernier. Il est apparemment attrayant de s’y établir, car il s’agit vraisemblablement d’un mouvement migratoire.»

Des évolutions distinctes

A lire les tableaux du DFAE, on est frappé. D’abord, l’accroissement des Suisses établis à l’étranger est essentiellement le fait des doubles nationaux, qui sont 72% au total. Une tendance lourde et ancienne, qui n’est pas due à l’émigration actuelle.

«Leur part augmente parce que des citoyens d’autres pays deviennent suisses par mariage, et en raison des naissances dans le pays où les nouveaux-nés sont doubles nationaux», explique Rudolf Wyder.

Mais surtout, dans de nombreux pays, en 2009, les doubles nationaux se sont fait plus nombreux et les Suisses uninationaux plus rares. C’est le cas notamment en Espagne, en Italie, en Irlande, au Mali, à Singapour, aux Etats-Unis, en Libye…

On voudrait y voir une explication politique. Pas raisonnable, selon le directeur de l’OSE. «C’est de la spéculation. Et je ne pense pas que les mouvements migratoires suivent si rapidement l’actualité politique. La décision de s’établir ailleurs est souvent prise à l’avance.»

Rudolf Wyder note tout de même la différence d’évolution entre les chiffres américain (-454 Suisses uninationaux) et canadien (+154). «Cela traduit-il une préférence? Est-ce explicable, pour les Etats-Unis, par des départs de Suisses qui n’ont pas été remplacés par une nouvelle immigration en provenance de Suisse?»

Données manquantes

Aucun chiffre ne permet de conclure. «Nous connaissons l’effectif des Suisses hors du pays, mais pas les mouvements derrière ce chiffre. La Suisse dispose d’une statistique très élaborée pour les étrangers, mais pas pour les Suisses. Nous l’avons signalé à de multiples reprises à la Confédération, sans résultats.»

Pourquoi ce manque? Rudolf Wyder a la formule qui fait mouche: «Les Suisses de l’étranger ne font pas peur, alors que beaucoup de Suisses ont peur des étrangers». En clair, les étrangers sont un thème politique, les Suisses de l’étranger moins…

Parmi les curiosités émergeant des chiffres du DFAE, la Thaïlande enregistre tous pays confondus une des plus forte augmentation du nombre de Suisses uninationaux. Des hommes en grande majorité. On observe une situation assez proche aux Philippines, autre paradis pour solitaires.

«Beaucoup d’Européens s’établissent en Thaïlande, où ils vivent mieux avec leur rente, note Rudolf Wyder. Etant souvent des hommes, comme le montrent les chiffres, c’est peut-être qu’ils trouvent une copine.»

Exercice des droits politiques

L’Argentine mérite aussi le détour. Ce pays d’Amérique du Sud connaît la plus forte proportion de Suisses doubles nationaux: 91,2%. Typique d’une terre d’émigration ancienne, où, d'ailleurs, les migrants suisses de deux ou troisième génération se sentent peu concernés par la vie politique suisse. Ce qu’illustre la faible proportion à être inscrits au registre électoral d’une commune suisse pour pouvoir voter.

A l’autre bout de la grande histoire de la migration suisse, l’Asie attire les nouveaux arrivants. Et comme en Europe, plus du quart des Suisses - proches du pays par le vécu ou partis pour un temps compté - y sont enclins à exercer leur droits politiques.

Fin 2009, 130'000 Suisses de l’étranger au total étaient d’ailleurs inscrits pour pouvoir voter et élire. Un sur quatre en âge de voter. «Il s’agit d’un nouveau record, note Rudolf Wyder. Un chiffre en augmentation bien plus forte que celui de l’effectif. La mobilisation politique des Suisses de l’étranger se poursuit.»

Pierre-François Besson, swissinfo.ch

Chiffres

Total. A fin décembre 2009, 684'974 citoyens suisses vivaient à l’étranger.

Hausse. La progression annuelle se chiffre à 1,3%, soit 8798 personnes supplémentaires.

Tendance. Depuis 2000, la Cinquième Suisse a crû de plus de 15%.

UE. Six Suisses de l’étranger sur dix vivent au sein de l’Union européenne (409'849 personnes).

Dont 179'106 en France, 76'565 en Allemagne, 48'638 en Italie, 28'861 en Grande-Bretagne et 23'802 en Espagne.

Hors UE. En dehors du continent, les Suisses vivent surtout aux Etats-Unis (74'966), au Canada (38'866), en Australie (22'757), en Argentine (15'624), au Brésil (14'653), en Israël (14'251) et en Afrique du Sud (9035).

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