Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

Les Tziganes de Suisse attaquent IBM

Les Tziganes de Suisse espèrent obtenir une juste réparation.

(Keystone Archive)

Plusieurs associations de gens du voyage ont annoncé, mercredi, leur intention de porter plainte à Genève contre la compagnie IBM. Elles accusent l'entreprise américaine de complicité avec le régime nazi dans l'extermination des Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale.

C'est la première fois que des Roms saisissent la justice pour demander réparation, suite aux crimes commis à l'encontre de leur communauté par le régime nazi. Un crime que les gens du voyage qualifient de génocide.

Les estimations les plus basses avancent, en effet, le chiffre de 600 000 tsiganes exterminés par la machine de mort hitlérienne. Un chiffre sous-estimé selon le professeur américain Ian Hancock pour qui la moitié des Roms vivant alors en Europe a été, en fait, massacré par les nazis.

Or, comme l'a rappelé mercredi Rudko Kawczinski qui dirige le «Roma National Congress», sa communauté a toujours été considérée comme une victime de seconde zone. Et à ce titre, elle a obtenu de trop faibles dédommagements lors des précédentes procédures d'indemnisation.

La publication, en février dernier, du livre du journaliste américain Edwin Black intitulé «IBM et l'Holocauste» a fourni à la communauté rom l'occasion de lancer cette nouvelle offensive. Objectif: obtenir enfin une juste réparation et une pleine reconnaissance du drame qu'ils ont vécu durant la 2e Guerre mondiale.

Dans son enquête, Edwin Black a tenté de démontrer que la société IBM a collaboré avec le régime nazi, via sa filiale allemande. Selon le journaliste américain, la compagnie américaine a fourni des machines à cartes perforées ayant permis au régime nazi de recenser rapidement les populations qu'il voulait détruire.

Edwin Black estime surtout que l'entreprise américaine a programmé ces machines en fonction des critères établis par les nazis. Selon Henri-Philippe Sambuc, avocat des Tsiganes de Suisse, IBM transmettait ses directives à sa filiale allemande via son siège européen basé, à l'époque, à Genève.

Ce siège assurait, quant à lui, le suivi des opérations. Et c'est précisément le rôle joué par le siège européen d'IBM - basé à Genève - qui va permettre à un juge suisse d'entamer une procédure conforme au droit helvétique, souligne Me Henri-Philippe Sambuc.

Les personnalités Tziganes, présentes au Club suisse de la presse mercredi, ont affirmé vouloir se battre pour les orphelins des Roms massacrés par les nazis. Des descendants qui seraient au moins 1,2 millions. Ils réclament 12 milliards de dollars d'indemnité à IBM, soit 10 000 dollars par orphelin.

Président du Groupe d'action pour la reconnaissance internationale et le dédommagement des Tziganes (GIRCA), le Suisse May Bittel explique que cette future action judiciaire vise avant tout une pleine reconnaissance par la communauté internationale du génocide subi par sa communauté. Ce processus devrait également permettre de raffermir les liens entre les différents segments de la communauté rom à travers le monde.

Reste qu'avant de lancer une action en justice, le GIRCA veut consolider son dossier. Une première plainte contre IBM, introduite par cinq survivants juifs a, en effet, été rapidement abandonnée. Le GIRCA et plusieurs autres organisations tziganes souhaitent mettre en place une commission de juristes et une autre d'historiens.

Mais le GIRCA, qui espère réunir l'ensemble des communautés roms derrière lu, a besoin de soutien pour faire aboutir son action. L'organisation va donc formellement demander l'aide du gouvernement suisse tout comme celui du canton de Genève.

«Nous demandons que la Suisse nous soutienne de la même manière que le gouvernement américain a soutenu les organisations juives dans leur action contre les banques helvétiques», conclut May Bittel.

Frédéric Burnand


Liens

×