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Lisbonne se souvient d’Annemarie Schwarzenbach

Sónia Serrano, l'une des deux commissaires de l'exposition de Lisbonne.

(Marie-Line Darcy)

«Autoportraits du Monde», une exposition à Lisbonne en forme d’hommage à l’écrivaine et photographe Annemarie Schwarzenbach. Plus de 200 photographies et des documents racontent l’extraordinaire et courte vie de l’écrivaine suisse.

Plus de 200 photographies d’Annemarie y sont présentées: portraits d’elle ou images prises par elle. Cette exposition sans précédent est le résultat de la détermination des commissaires Sónia Serrano et Emilia Tavares. La première est critique littéraire spécialiste de la littérature de voyages, la seconde historienne de la photographie.

Comme souvent dans ce genre de projet, les événements ont bénéficié du soutien du hasard. Emilia Tavares, qui analyse l’iconographie de la période du fascisme au Portugal dans les années 30 et 40, rencontre l’œuvre d’Annemarie à Paris, alors que presque simultanément Sónia Serrano la découvre dans un documentaire. Les deux Portugaises échangent alors leurs impressions, et peu à peu naît cette idée de «faire quelque chose» autour du personnage d’Annemarie Schwarzenbach.

Une session de lecture publique

En 2008, le 23 janvier, jour anniversaire de la naissance d’Annemarie Schwarzenbach, les deux femmes organisent une session de lecture publique de ses écrits. L’événement est relayé dans la presse par un article abondamment illustré de portraits de la jeune Suissesse.

«A notre grande surprise, la session a remporté un vif succès: on s’y est bousculé. Nous ne pensions pas que le personnage allait déclencher une telle curiosité. Nous avons compris l’extraordinaire pouvoir d’attraction d’Annemarie», raconte Sónia Serrano.

Autre hasard, l’actuel directeur du musée Berardo, le Français Jean-François Chougnet connait Claude Bourdet qui fut ami d’Annemarie. L’ambassade de Suisse, l’Institut franco-portugais appuient le projet. Sónia Serrano et Emilia Tavares se rendent en Suisse pour compiler et choisir les photographies et documents qui vont constituer l’exposition.

«Notre idée de départ était de valoriser Lisbonne et le Portugal dans l’œuvre d’Annemarie, éventuellement en l’associant à ses voyages africains, en Angola et à São Tomé. Mais très vite nous nous sommes aperçues qu’il y avait peu de documents sur ces voyages lusitaniens», explique Sónia Serrano.

L’énigmatique Annemarie avait adoré Lisbonne. L’exposition que lui consacre le musée Berardo au Centre culturel de Belém lui rend un vibrant hommage, comme si par-delà le temps, Lisbonne semblait vouloir dire à la talentueuse jeune femme disparue trop tôt qu’elle sera toujours la bienvenue sur les rives du Tage.

«Autoportraits du Monde» dépasse par sa dimension l’exposition organisée à Zurich en 2008 à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de l’écrivaine suisse.

Le régime de Salazar

Annemarie Schwarzenbach découvre Lisbonne en 1941, pendant la guerre et «l’État Nouveau» de Salazar. La capitale du Portugal, officiellement neutre, est le dernier port «libre» d’Europe, d’où des milliers de Juifs fuyant la terreur nazie tenteront d’embarquer pour les États-Unis.

Pour Annemarie Schwarzenbach aussi, Lisbonne est un havre. Elle y passe en transit, alors qu’elle fuit l’Amérique, des amours impossibles, des internements en hôpital psychiatrique et des cures de désintoxication. Lisbonne représente une brèche dans le continuum autodestructeur de la jeune femme.

«Le Portugal lui apparait comme un pays ensoleillé et elle en fait une description presque paradisiaque dans une Europe dévastée par la guerre. A l’époque, le pays est essentiel à la circulation des marchandises, vers la Suisse notamment. D’une certaine manière, on veille à ce qu’Annemarie Schwarzenbach ne soit pas trop critique envers le régime de Salazar», explique Sónia Serrano.

Rares – précieuses – sont les photographies prises par Annemarie Schwarzenbach à Lisbonne. L’exposition portugaise en montre une vingtaine: la cantine israélite, l’arrivée d’un navire SOS sous pavillon suisse, ou «l’information bureaux», le bureau de la propagande.

Un accueil extraordinaire

Dans «Retour à Lisbonne» un article écrit en 1941, Annemarie Schwarzenbach reconnait qu’elle ignore presque tout du pays tout en soulignant l’accueil extraordinaire qui lui a été réservée.

«Elle a été sollicitée pour écrire des reportages, et nous montrons le manuscrit de l’éditeur américain qui se dit déçu des premières photos envoyées par Annemarie Schwarzenbach sur la vie quotidienne d’une petite réfugiée juive à Lisbonne.

Visiblement, elle n’a pas eu la liberté de mener à bien cette enquête», explique la commissaire Sónia Serrano, qui se dit convaincue qu’Annemarie aurait changé son point de vue sur le régime de l’Etat nouveau s’il elle avait pu passer plus de temps au Portugal.

L’épisode portugais de la vie de l’écrivaine intègre l’une des cinq sections de l’exposition. Elle est intitulée «L’efficacité de l’image des fascismes», pour stigmatiser en creux l’engagement antifasciste précoce de la jeune aventurière: le «fascisme ensoleillé» qu’elle évoque rend encore plus sombre ses témoignages iconographiques ou lyriques sur l’époque de l’entre-deux guerres.

Une héroïne contemporaine

«Il n’est pas question d’en faire une figure mythique à la James Dean. Annemarie est écrivaine, pas actrice. Mais la fascination qu’elle exerçait, sa beauté androgyne, ses voyages aventureux, son envie de bouger à une époque où une femme voyage rarement seule, font d’elle une icône du XXe siècle, entre Greta Garbo et David Bowie. Sa manière de vivre a quelque chose de très contemporain.

C’est une femme jeune aux multiples talents, qui traverse le Proche et le Moyen-Orient au volant d’une voiture et en compagnie de femmes dont certaines sont des amantes. Sans oublier sa toxicodépendance. Je m’étonne qu’elle ne soit pas plus célèbre !», souligne Sónia Serrano.

Au centre culturel de Belém, un vaste ensemble moderne, les grandes salles du musée Berardo contiennent à peine la vaste photo-biographie d’Annemarie. Elle aimait photographier et être photographiée, jouant de son image pour séduire et convaincre.

En 1942, elle avait émis l’hypothèse de venir vivre et travailler à Lisbonne. Sur sa route, la grande faucheuse en a décidé autrement. Annemarie avait 34 ans.

Marie-Line Darcy, Lisbonne, swissinfo.ch

Annemarie Schwarzenbach

Zurich. Elle est née en 1908 à Zurich, dans un milieu aisé.

Fascisme. Elle rencontre les enfants de Thomas Mann, Klaus et Erika et prend conscience de la montée du fascisme.

Voyageuse. Excellente pianiste, passionnée de littérature et d’histoire, elle se choisit un destin peu commun à l’époque: voyageuse et reporter.

Planète. Elle se rend au Moyen et au Proche-Orient, visite la Turquie, l’Iran la Lybie, la Palestine, l’Irak. Mais aussi l’Espagne, la France le Portugal la Russie et les Etats-Unis. Elle fera aussi plusieurs incursions en Afrique: en Angola, São Tomé et au Congo d’alors.

Homo et mariée. Pour échapper à une mère possessive, elle épouse un diplomate français. Tous deux sont homosexuels et sauvent les apparences. Malgré l’amitié qui les unit, ils ne vivront que quelques mois ensemble.

Tragique. Alors qu’Annemarie épuisée par ses cures de désintoxication envisage d’aller s’installer à Lisbonne, elle meurt tragiquement d’un accident de bicyclette en 1942.

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Autoportraits du monde

Photos. L’exposition «Autoportraits du Monde» se compose de cinq sections et regroupe environ 200 photographies.

Pays islamiques. Les documents photographiés ou écrits par Annemarie Schwarzenbach invitent à porter un regard différent sur les pays islamiques, que cette aventurière a parcouru en pionnière.

Livres. L’exposition comprend aussi des éditions originales de ses livres, et ses commentaires sur les photos. Elle est complétée par une importante biographie illustrée.

Catalogue. Le catalogue de l’exposition abondamment illustré a été réalisé par les commissaires Emilia Tavares et Sónia Serrano. L’ouvrage est bilingue portugais-anglais.

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Musée Berardo d’Art contemporain

Le musée Berardo appartient au capitaine d’industrie et amateur d’art Joe Berardo et est dirigé par le Français Jean-François Chougnet.

Une fondation a été crée pour pouvoir exposer les œuvres contemporaines au sein du Centre culturel de Belém, un pôle culturel attractif.

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