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Lukas Mühlemann sous la critique des actionnaires du Credit Suisse

Lukas Mühlemann, ce vendredi à Zurich, a été la cible de nombreux reproches.

(Keystone)

La grande banque suisse tenait vendredi son assemblée générale. L'occasion, pour certains actionnaires, de multiplier questions et critiques. Dans la ligne de mire, en particulier: le président du conseil d'administration, qui occupe aussi les fonctions de directeur-général. Un cumul que lui reprochent certains, justement.

Pas de révolution au Credit Suisse Group. Pas de révolte, non plus, des actionnaires. Loin de là. Le conseil d'administration a en effet été suivi dans toutes ses propositions, notamment dans son projet de rachat d'actions, pour 5 milliards de francs suisses.

Et pourtant. Certains actionnaires ont profité de l'occasion pour appuyer là où cela fait mal. Ainsi, l'un d'eux a dressé la liste des bévues et des scandales accumulés ces dernières années par le groupe, en particulier par sa filiale Credit Suisse First Boston (CSFB): ses démêlés avec les autorités japonaises.

Ou, plus récemment, les soupçons de pratiques douteuses lors d'opérations d'entrée en Bourse qui pèsent sur certains collaborateurs du CSFB aux Etats-Unis. Seule allusion de Lukas Mühlemann à ce propos: l'accent mis au CSFB sur «le perfectionnement des contrôles internes».

L'ombre de Swissair, dont Lukas Mühlemann est administrateur depuis plusieurs années, a également plané un instant sur l'assemblée générale de la banque.

Hans-Jacob Heitz, président de l'Association de défense des actionnaires de Swissair, est venu rappeler à Lukas Mühlemann sa part de responsabilité dans la débâcle de la compagnie aérienne et le danger de conflit d'intérêt qu'implique le cumul des mandats.

Autre type de cumul que personnifie Lukas Mühlemann: celui des fonctions à la tête du CSG, puisqu'il dirige l'entreprise au jour le jour, en tant que directeur général, mais qu'il s'occupe aussi de contrôler ce travail, en tant que président du conseil d'administration.

Et c'est en fait la Fondation Ethos, qui gère les fonds de 90 caisses de pension suisses, qui a nourri le débat, avec sa proposition d'inscrire dans les statuts de la banque le principe d'indépendance du conseil d'administration. Proposition faite au nom d'un meilleur «gouvernement d'entreprise», la «corporate governance» en anglais.

«Pour nous c'est extrêmement important que la majorité d'un conseil d'administration soit composée de membres indépendants, explique Dominique Biedermann, directeur d'Ethos, et ceci spécialement quand il y a cumul des fonctions entre le président du conseil et le président de la direction générale».

Proposition pourtant refusée par le conseil d'administration, qui la juge superflue. «L'entreprise est dirigée de telle façon que l'indépendance entre le conseil d'administration et la direction est en tout temps garantie» a argumenté Lukas Mühlemann. Celui-ci a toutefois précisé que le cumul de ses deux fonctions n'était pas «un dogme».

Au final, les élans réformateurs d'Ethos sont très largement balayés. «On sait très bien qu'en Suisse la majorité des actionnaires s'exprime automatiquement dans le sens du conseil d'administration», explique Dominique Biedermann.

Pour lui, beaucoup de chemin reste à faire pour établir des règles reconnues en matière de gouvernement d'entreprise, même si les choses bougent, comme le prouve le débat de vendredi.

Pierre Gobet, Zurich


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