Machines-outil: des Suisses font salon à Tokyo

Un énorme bâtiment accueille le 28e salon de la machine-outil de Tokyo.

Une soixantaine d'entreprises suisses participent à Tokyo au JIMTOF, le plus grand Salon de la machine-outil à se tenir en Asie. A l'exemple de leurs grands rivaux japonais, elles refusent de vivre la récession à venir comme une fatalité.

Ce contenu a été publié le 04 novembre 2008 - 13:52

Christoph Rennhard, le président de Fischer SA, le fabricant de broches de précision d'Herzogenbuchsee, exporte la moitié de sa production en Asie. La plupart des autres fabricants suisses dépendent autant ou presque pour leur prospérité de cette région devenue l'usine du monde.

Christoph Rennhard se doute que 2009 sera une année horrible pour le marché de la machine-outil. «Même les géants japonais, les leaders du secteur, doivent admettre que la croissance économique a des limites», constate-t-il.

La récession, une chance

L'an prochain, il s'attend à une baisse des ventes de machines de 30% a 50% dans le monde. Celles utilisées dans la fabrication de composants pour l'automobile, les téléphones mobiles, les ordinateurs portables, les téléviseurs à écran plat subissent déjà un méchant coup de frein.

Mais le patron de Fischer SA qui produit un élément clef des machines-outils dit s'être préparé à l'impact de la crise financière née aux Etats-Unis sur l'économie réelle.

Certaines industries se servent des phases de récession pour améliorer la productivité de leurs usines. En période de pleine production, elles n'ont pas le temps de remplacer des machines par d'autres plus performantes.

Pour Christoph Rennhard, cette récession représente une chance de proposer des solutions nouvelles à ses clients. «Par exemple, nous leur offrons, ici, à Tokyo, une broche à la puissance augmentée dotée d'un périphérique sophistiqué. Et nous allons installer des prototypes sur des lignes de production qui fonctionnent au ralenti», explique-t-il.

Technologie prioritaire

Hajime Yasutomo, le directeur général de GF AgieCharmilles au Japon, refuse, lui aussi, de céder à la mélancolie face à une récession qui force, pourtant, déjà, Nissan et Toyota à licencier plusieurs centaines d'ouvriers temporaires dans l'archipel.

La société genevoise vend au Japon des machines à électro-érosion, la Rolls Royce de la machine-outil, et des fraiseuses à haute vitesse. Ces produits restent demandés dans un Japon qui demeure un énorme marché de hautes technologies.

«Récession ou pas, les entreprises japonaises continuent d'investir dans les technologies du futur comme celles liées à l'environnement, au domaine médical, aux composants pour l'industrie aéronautique. Et elles ont besoin de nos machines», déclare Hajime Yasutomo.

Automobile et électronique

Laurent Castella, le responsable de GF AgieCharmilles pour la Chine, remarque que les affaires restent, pour le moment, plus soutenues dans l'Empire du Milieu que dans le reste de l'Asie.

«Certains de nos clients chinois qui n'ont pas d'avantages compétitifs particuliers ont moins de travail, note-t-il. Mais ceux qui sont leaders dans leurs domaines d'activité ne souffrent pas encore de la récession.»

La Chine est le marché le plus hétérogène au monde pour la machine-outil. Il est constitué d'entreprises publiques ou privées chinoises. Mais aussi de groupes européens, japonais et nord-américains qui y ont délocalisé leur production.

«Dans l'automobile, la Chine est en train de devenir le deuxième marché au monde. Il y a encore une forte croissance pour nos machines dans ce secteur», assure Laurent Castella.

Dans l'électronique, par contre, le recul de l'activité est sensible. Et pour cause, les Américains, les Européens, les Japonais entendent acheter moins de gadgets électroniques «made in China» durant les fêtes de fin d'année.

Coopération nippo-suisse

La récession pousse aussi les géants japonais à se rapprocher de leurs concurrents suisses. Jusqu'à ces dernières années, ils s'obstinaient à vouloir fabriquer seuls tous les éléments constitutifs de leurs machines. Aujourd'hui, Fischer SA réussit à vendre ses broches de précision qui nécessitent une maitrise supérieure de la mécatronique à un groupe comme Mori Seiki.

Pour sa part Tornos se rapproche de Tsugami, une entreprise d'une taille équivalente à celle du fabricant de Moutier. La complémentarité entre leurs différents produits les incite à travailler ensemble tout en restant concurrents.

«Dans les machines d'entrée de gamme, ils sont plus forts que nous; dans les machines multibroches de haute productivité, ils n'en font pas, nous en produisons, d'où cette entente avec eux», note Raymond Stauffer, le président de Tornos.

Aujourd'hui, dans ce salon du JIMTOF, Tsugami et Tornos partagent le même stand. Le premier est très implanté au Japon, le second beaucoup plus présent en Europe: une autre raison pour les deux partenaires de s'entendre.

swissinfo, Georges Baumgartner, Tokyo

Tsugami / Tornos

Aujourd'hui, Tsugami fabrique au Japon des machines de Tornos qui sont vendues en Europe et ailleurs dans le monde. Tsugami distribue au Japon des produits de Tornos. D'autres collaborations sont envisagées une fois que les ingénieurs des deux entreprises auront mis en commun leurs talents respectifs.

Les ingénieurs jurassiens tendent à être plus créatifs, les ingénieurs japonais accordent la priorité aux utilisateurs des machines. Et privilégient la simplicité aux solutions plus complexes.

Raymond Stauffer, le patron de Tornos n'envisage pas une fusion avec Tsugami. Ce n'est pas nécessairement avantageux pour chacune des deux sociétés, aussi complémentaires soient-elles. Elles doivent d'abord apprendre à mieux se connaitre compte tenu de culture d'entreprises différentes. Et du fait que leur coopération vient de commencer.

Reste que les entreprises japonaises sont de plus en plus tentées de s'implanter en Europe, en Amérique du Nord et dans le reste de l'Asie. Faute de trouver de trouver de nouveaux gisements de croissance dans un Japon où le vieillissement de la population s'accélère. Et où le nombre d'habitants à même commencé à diminuer.

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