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Machines outils: les Japonais veulent déloger les Suisses de leurs «niches»

Les producteurs japonais de machines-outils veulent renforcer leur présence en Europe. C'est une mauvaise nouvelle pour les entreprises suisses de plus en plus réduites à une politique de «niches» sur un marché mondial sous haute influence japonaise.

Le journal économique Nikkei qualifie de «tournant stratégique majeur» la décision des producteurs japonais de machines-outils de défier leurs rivaux européens sur leur propre terrain.

Ils sont forcés de suivre leurs entreprises qui délocalisent de plus en plus leur production sur le vieux continent. Un marché au potentiel de croissance non négligeable. Selon une étude japonaise, l'an dernier, l'Europe - en incluant la Turquie - a absorbé 48% de toutes les ventes de machines-outils dans le monde, contre 20% pour les Etats-Unis.

«Les producteurs japonais représentent déjà une force considérable pour tous les fabricants suisses de machines-outils en Europe. Jusqu'à présent, ils ont accordé la priorité au marché nord-américain. Maintenant, c'est au tour de l'Europe de subir leur formidable concurrence», estime Christoph Enderle, un responsable du département machines-outils au sein de la maison de commerce suisse Nihon Siber Hegner, à Yokohama.

«Ils savent, dit-il, sceller des alliances avec des distributeurs locaux. Les techniciens japonais parlent de plus en plus les langues européennes. Leur contact avec la clientèle devient plus facile. Les firmes suisses ne manqueront pas d'en subir les effets.»

Ces cinq prochaines années, Mori Seiki, l'un des premiers fabricants japonais de machines-outils, entend augmenter le ratio de ses ventes en Europe à un niveau comparable à celui qu'il a atteint en Amérique du Nord et du Sud. A l'heure actuelle, l'Europe représente 19% de l'ensemble de ses ventes, les deux Amériques 28%, le Japon 48%.

D'après une étude de Gardner Publications, le marché japonais de la machine-outil rétrécit sous le coup de la délocalisation accélérée de la production japonaise.

En 2000, il a rétrogradé, en valeur, à la cinquième place mondiale avec 2,8 milliards de dollars, en chute de 60% comparativement au 8 milliards de dollars réalisés en 1990. Les Etats-Unis, l'Allemagne et la Chine sont, aujourd'hui, les trois premiers marchés au monde pour les ventes de machines-outils.

«Les fabricants suisses sont avertis. Ils savent que si les Japonais veulent sacrifier les prix pour gagner des parts de marches en Europe, ils n'auront plus d'autre issue que la spécialisation dans quelques niches du marché. Car la qualité des produits japonais, et leurs prix, n'ont plus rien à envier aux meilleurs fabricants européens», ajoute Christoph Enderle.

L'un des rares avantages qui reste aux producteurs suisses, c'est la faiblesse du franc par rapport au yen. Ce taux de change des plus favorables leur a permis de tenir tête aux Japonais. En volume de production de machines-outils, le Japon est resté, en 2000, le numéro un mondial pour la dix-neuvième année consécutive.

Georges Baumgartner, Tokyo

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